dimanche 4 mai 2008

ça commence toujours de manière légèrement insidieuse, les heures sont vides devant nous, on peut les prendre et les modeler comme on veut. aujourd'hui contrairement aux formes plates de chaque samedi soir elles ont pris des formes étranges de soirée imprévisiblement parfaite. ça a commencé avec philippe qui m'écrit sur msn pour savoir ce que je fais de ma soirée. je lui dis "rien", il est déjà 21h, il veut qu'on aille à la maroquinerie à une soirée myspace, il suffit d'imprimer son profil pour rentrer.
il n'a pas d'imprimante et rodolphe et loïc non plus, ils viennent avec nous. j'imprime pour tout le monde est au dernier moment il me dit que ça va craindre, qu'on risque de ne pas pouvoir rentrer, rendez-vous chez lui, on verra après ce qu'on va faire.

je marche à pied jusqu'au pont de levallois, j'ai passé ma journée dehors, il faisait vraiment chaud, je sentais la sueur sans odeur sur des zones de mon corps, j'ai d'abord marché, j'ai regardé les personnes au soleil puis je suis allée voir l'exposition de Valérie Mréjen au Jeu de Paume. le musée fermait à 19h et je n'ai pas eu le temps de faire la deuxième exposition, je devrais revenir, repayer 4 euros, c'est pas trop grave.

quand je suis revenue à la maison il y avait ma mère qui bloquait l'entrée avec une de ses valises, elle m'a faite la bise et puis elle m'a dit "waaw" en me voyant, elle m'a dit que mes cheveux étaient beaux, je sais que j'étais plutôt belle ce jour-là, j'avais pu le voir à plusieurs reprises dans mon reflet sur les vitres des voitures.
elle avait mis les cadeaux sur mon lit, je lui avais pourtant dit de ne rien m'acheter, je voulais vraiment rien des etats-unis, j'imagine toujours qu'ils n'ont rien de beaux dans les boutiques, les meufs sur mtv s'habillent toujours trop mal.
il y avait deux sacs ralph lauren que je n'ai pas aimé, 3 débardeurs de chez gap que sa tante m'offrait, un t-shirt las vegas avec lequel je ne me voyais que dormir, des pantoufles en fausse fourrure rose qui allait bien avec mon jean, je les ai tout de suite aimées.
je regarde ma mère ranger les affaires tout en mangeant un esquimau aux fruits rouges et à la glace à la vanille, ceux qu'on a acheté hier chez franprix.
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je suis chez philippe, c'est la deuxième fois que je viens chez lui, la troisième fois que je le vois. je suis la première a arriver, depuis sa pendaison de crémaillère il y a des meubles et ses livres. beaucoup de camus, de jack london (lol), un sweig, les bukowski, des mangas, les boris vian et dans sa chambre tous les john fante et "nouvelles" de salinger dans le tas.

il a une idée, il va faire un brownie et moi je vais l'aider, on sort les ingrédients, il me dit qu'il fait la vaisselle au fur et à mesure qu'elle arrive et qu'il attend pas que ça s'empile, je lui dis que c'est ce qu'il faut faire mais comme tous les garçons qui font la vaisselle il ne frotte pas assez vigoureusement et il gâche beaucoup d'eau, je lui apprends qu'il faut plutôt mettre le liquide vaiselle sur l'éponge que sur les objets, ça en gâche moins. je lui propose aussi de faire la vaisselle et il me répond "non c'est bon, mais tu peux essuyer", je lui rétorque que c'est le truc le plus nul.
on fait le brownie à partir d'une recette écrite sur un bout de carton, il en a environ 5 comme ça, elles sont appuyées contre le mur, je lui dis "oh c'est mignon, c'est ton livre de cuisine".
on fait chauffer le beurre et le chocolat, on met le sucre, les oeufs, la pincée de sel, on discute un peu de son mini-four, du fait qu'il soit végétarien.

une fille qui s'appelle sarah arrive, elle a emmené une bouteille de jus de pomme et une autre de vodka, elle reste seule au salon, elle fume par la fenêtre pendant qu'on fait le gâteau, je pense qu'elle regarde ce qui se passe à l'intérieur des autres appartements car quand j'étais venue c'était ce que j'avais fait sauf que moi c'était justement pour éviter la fumée des autres.
c'est assez calme, parfois personne ne parle mais on s'en fiche, on est ensemble, je ne les connais pas très bien mais je suis contente d'être ici, j'aimerais passer une grande soirée.

benjamin arrive, il sonne comme un épileptique, on peut vite le reconnaître. on est amis MSN depuis assez longtemps, peut-être 3 ans ou 2 ans et demi alors. ça fait aussi la deuxième fois que je le vois, il s'est coupé les cheveux, il porte une chemise à carreaux et un sweat à capuche, un jean un peu serré et des converse basses toutes noires avec des lacets blancs trop fins.
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vers 23h on sort de l'appartement, on a un peu discuté, ils ont bus des cocktails avec des dégradés de couleur, on a regardé une vidéo sur youtube qui était drôle, philippe a dit qu'il fallait laisse reposer le brownie 2 heures alors on l'a laissé se reposer pendant que nous on allait faire la fiesta, j'ai appelé ma mère, elle ne veut pas que je passe la nuit dehors, elle veut que je rentre avec le dernier métro, mais elle me le dit gentiment.

on a rejoint rodolphe et loïc dans un bar plus petit que ma cuisine à bastille. rodolphe était content de me revoir et moi aussi j'étais assez impatiente, je ne l'ai vu qu'une fois le jour du nouvel an, je ne le connaissais que depuis, je sais pas, 4 jours sur internet, j'avais oublié qu'il était beau comme ça, une petite tête vraiment adorable, des yeux un peu brillants. j'aime vraiment ce qu'il est, son indépendance et sa gentillesse.
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on va chez "Les Disquaires", j'avais entendu parler de ce bar dans Technikart. on rentre et on danse presque directement, quand je vois rodolphe ou benjamin le plus souvent je sais qu'on va danser, j'ai toujours dansé quand ils étaient là, je suis connue pour ça. au début je suis dans mon coin, je me réapproprie mes pas préférés, à un moment je sens qu'il n'y a plus grand monde sur la minuscule piste et que je suis un peu au milieu, je ne lève pas la tête, je danse avec benjamin, loïc ou rodolphe, je donne tout, j'ai très mal au corps et au coeur mais j'apprécie la douleur, je me sens en vie et des gens me regardent, par respect pour eux je continue mais je me sens vraiment à bout. parfois je m'écrase sur le mur pour reprendre mon souffle, je demande un verre d'eau au barman, tout le monde est là pour discuter et boire de l'alcool et moi je suis là pour danser et boire de l'eau, je n'ai pas encore tout compris. quand je commande mon verre d'eau j'entends un rabat-joie à côté qui dit à son copain "de l'eau...mais plus personne n'en boit aujourd'hui", il se moque un peu mais j'ai pas le temps de m'occuper de lui je dois aller danser sur les tubes des années 80.
après une de mes danses un mec qui porte un masque de nounours s'approche de moi et me parle, j'entends rien alors je lui enlève son masque, il porte des lunettes et il me demande "t'es danseuse?" je suis très flattée et je lui réponds "non c'est juste que je sors pas souvent" et il rigole un peu, je retourne sur la piste, il est dans les 01h30 du matin, je dois bientôt y aller, quitter mes amis. rodolphe me dit qu'il peut parler à ma mère, que pour une fois qu'il est là il veut que je passe la soirée avec eux, mais je suis raisonnable, je fais la bise à tout le monde, benjamin exige un bisou sur la bouche, je suis triste de partir alors je le lui donne. je prends ma veste et traverse la petite foule.

ensuite ce qui se passe c'est que je me perds, je ne trouve pas le métro ou alors je le trouve trop tard et il est déjà 02h, 02h15, je sais qu'inconsciemment je voulais le rater pour rester avec mes copains et que mon corps a obéit. je les rappelle pour qu'ils m'aident à les rejoindre, qu'ils viennent me chercher.

on se retrouve devant le passage du cheval blanc, le truc de technikart, je suis sur le trottoir d'en face, il se moque gentiment de moi, la fille qui a raté le métro et qui va se faire taper par sa mère. je lui écris un texto et je lui mens "je vais dormir chez une fille qui s'appelle sarah".
il y a rodolphe, un ami à lui, loïc, philippe, benjamin, sarah, moi et deux autrichiennes qui trainent depuis 3 jours avec rodolphe et loïc, elles parlent pas français, elles ont 17 ans et elles sont souriantes, parfois rodolphe embrasse son autrichienne dans la rue.
on marche pendant près d'une heure, je sais pas où on va, benjamin parle à tous les gens qu'ils croisent, il chante sa chanson serbe, il apprend le serbe en ce moment, il nous parle que de ce pays et on rigole.
après il fait n'importe quoi comme ci la rue était à lui, il mange des restes de mcdo qu'ils piochent dans les poubelles, des frites et des bouts de fromage tout en me tenant par l'épaule, il me dit "mais c'est gratuit, c'est gratuit" et il me parle de ce mouvement aux états unis, des gens qui mangent que des invendus ou des trucs dans les poubelles. je lui dis que j'avais vu un reportage là-dessus dans tracks, c'était y'a très longtemps, je regarde plus tracks.
je finis par lui dire que c'est moi ou les poubelles et c'est là qu'il arrête, il insiste pour m'embrasser, il me tend ses lèvres et je lui dis "non pas maintenant pas devant les autres". on marche une heure, on prend aussi le bus, je suis à côté de lui dans la lumière bienveillante du bus, autour de nous des gens vivants et éveillés, benjamin qui est très beau et qui est à côté de moi, la nuit parfaite qui nous appartient. ça doit être là qu'il a commencé à prendre mes mains et à les trouver jolies. parfois il parle des autres filles et de moi qui suis différente, je sais qu'il ne me connait pas bien et je finis par lui dire qu'il n'est pas obligé de me flatter, qu'il peut me parler normalement et il me dit "d'accord".
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on va dans un bar qui s'appelle le Hide Out, je suis souvent passée devant, c'est à Chatelet, ça fait un peu peur vu de l'extérieur. à l'intérieur tu entends de la musique souvent nulle, il y a un dancefloor très petit et très sombre au sous-sol, le sol est sale et mouillé, le son trop fort, je reste sur les tables en bois avec les verres de bière brune et blonde, il y a l'ami de benjamin, maurad. un garçon super beau que j'avais déjà vu en photo, il y a son pote à côté, personne ne m'a dit son nom mais on a parlé ensemble pendant la nuit avec deux autres garçons, j'ai oublié leurs noms mais j'étais souvent avec eux.

de notre arrivée jusqu'à environ 05h30 du matin tout s'est passé ici, soit dehors, soit sur les tables, soit sur le dancefloor, le sol pour danser. en y repensant ça avait quelque chose de magique et d'idéal, on se regardait tous, on parlait, les gens sortaient dehors pour fumer, j'arrivais toujours à en trouver un pour aller danser avec moi même si j'y suis pas allée souvent, c'était sincère et tendre, j'arrivais enfin à ne plus me poser de questions.
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il y a les hommes autour que je croise plusieurs fois dans la soirée, il y en a partout. les quelques regards que j'arrive à attirer n'attestent peut-être pas d'un désir mais d'un intérêt et de ma présence en ces lieux. voir et être vue, entendre et être entendue, et ma mère qui n'appelle pas, qui dort pendant que sa fille a les yeux ouverts dans un endroit dans lequel elle ne devrait pas et même jamais se trouver, interdit aux moins de 18 ans, comme les films pornographiques, qui est dans paris, dans l'obscurité, entourée de garçons qui ont tous plus de 20 ans. viens l'inévitable moment où je m'imagine ce matin et ce que j'aurai répondu à la personne qui m'aurait annoncé le programme de ma nuit, je pense à ma télé éteinte, à mon lit fait, à ce qu'on rate quand on est raisonnablement chez soi mais qu'on ne peut pas faire autrement. je veux alors être une clubbeuse, une meuf de la nuit, david guetta.
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depuis le début, depuis chez philippe benjamin me fixe et me sourit benoîtement comme si j'étais une demeurée. j'étais là et je ne l'ai pas vu boire tant que ça, chaque minute je lui demande s'il est bourré ou si ça va et il me répond "nan ça va". il prend un tabouret et s'assied en face de moi, il me tend sa paume et je colle la mienne dessus. il approche sa tête et je le repousse plusieurs fois, je lui dis encore "pas devant les autres, pas devant tes potes, c'est trop déplacé". j'ai passé ma soirée à dire ça, "pas devant les autres, pas maintenant".

philippe veut y aller, il me dit qu'il veut pas être décalé et se réveiller tard alors il s'en va.

10 minutes plus tard benjamin m'embrasse très doucement avec la langue, j'en ai envie autant que lui, c'est l'un des plus beaux et des plus gentils garçons que j'ai pu croisé, il est tout ce que je ne suis pas, végétarien et libre comme ça se fait plus. il ne m'aime pas et je l'embrasse pour me consoler de tout ce qui n'est pas cette soirée. philippe revient juste à ce moment là, il a eu une embrouille avec des mecs dans la rue alors benjamin part l'accompagner jusqu'au noctilien, il va faire le tour du quartier pour retrouver le mec qui a embrouillé philippe, il est trop drôle.

pendant ce temps je parle à maurad et les autres, ils sont sympas j'aimerais bien être leur amie. j'ai dû sortir ma carte d'identité pour leur prouver mon âge et puis ensuite ils ont parlé de mes lunettes qui ne me vont pas et j'ai essayé celles de ceux qui en avaient et ils étaient tous d'accord pour me dire que ça m'allait mieux, après benjamin revient et on va danser un peu sur "upside down", le stroboscope c'est vraiment de la merde, je vois benjamin qu'une fois toutes les deux demi-seconde.

ils fument dehors et je les rejoins, la nuit est doucement fraiche comme un verre de lait froid, il y a du monde dans le bar d'en face, il y a du monde partout encore à 4h du matin, ça redonne foi en la vie, tu peux aller leur parler, c'est comme un mcdo qui ne ferme jamais, tu sais que tu peux y aller quand tu veux, que tu n'es plus seul, qu'il survivra au reste. on parle avec un couple trop beau, ça fait 4 ans et demi qu'ils sont ensemble, ça m'impressionne toujours autant les couples qui durent, je trouve ça émouvant. ils me disent que j'ai un petit air de Daria mais qu'il faut pas que je le prenne mal et je leurs dis que c'est pour moi un compliment.

à suivre

3 commentaires:

ashorlivs a dit…

• Il m'a un peu foutu la pression ce Benjamin en même temps bah content pour toi

• J'ai surkiffé ton jugement sur les conséquences de la lumière stroboscopique. La prochaine fois que je m'amuserai avec j'essayerai de placer ton anecdote et si j'ai du succès je te copyrighterai

• J'ai la flemme de vérifier si ce que tu as écrit à propos de Napoléon dans ton précédent post est correct, je te fais aveuglément confiance cela présage que tu dois être au top de ta crédibilité du moment et à propos tu as bien fait d'arrêter Ouaisbon.

Ouais, enfin, bon...

ashorlivs a dit…

(j'avais oublié de cocher la case "suivi d'e-mail")

Anonyme a dit…

j'avais vu aussi ce truc dans tracks, ça me fait rire de le relire ici
( c'est tout oui )