lundi 22 septembre 2008




l'ordinateur portable combiné à la wifi fait qu'à chaque fois qu'on a envie de dire quelque chose, d'émettre une opinion, une pensée, un sentiment ou une information, on peut se débrouiller pour trouver un endroit où le communiquer et des personnes pour nous écouter. c'est rassurant

Myriam est rentrée d'un voyage d'un mois à new york. je bossais mon histoire, mes cheveux étaient encore mouillés, je ne savais pas s'il fallait que je fasse un effort de présentation. Tout les dimanches je fais un masque à mes cheveux, la crème sent bon, la texture est rigolote, c'est vraiment un plaisir, après je sais pas si ça marche vraiment mais j'ai besoin de plaisirs programmés comme des punaises sur ma semaine, des points précis où je sais que tout sera bien.
Elle est entrée, le roulement de sa valise, papa qui l'annonce, j'appréhendais un peu, il y a quelques jours j'avais fait un rêve où on s'entendait pas bien. Avec Emile on se l'imaginait revenir obèse ou je sais pas quoi, un changement. En fait elle avait pas changé, peut-être même qu'elle avait maigri, elle portait un nouveau jean, des nouvelles baskets reebok et une nouvelle montre casio, toute petite, je veux la même, en ce moment je porte une montre à mon frère, il me dépanne.
On s'est planté devant elle, Emile tenait ses exercices de français, mon père nous a dit "vous l'embrassez pas?" et j'ai répondu "nan mais on s'embrasse jamais avec Myriam", je crois qu'il l'a mal pris, il comprend pas encore bien comment on fonctionne, nous on trouve ça normal, jamais j'ai fait la bise à ma soeur, je veux dire, je suis pas folle.
C'était dur de reprendre les choses là où on les avait laissées, ça remonte à loin, jamais on a fait passer autant de temps. On est resté bien une heure dans l'entrée, elle vidait sa valise en parlant et moi j'étais debout et je faisais rien de précis, juste je l'écoutais et je répondais, à un moment elle a essayé de dire un truc à la hauteur de ce qu'elle éprouvait : "chui contente de vous voir...vous êtes marrants", dans notre famille les marques d'affection se résument à ça et tout le monde se porte bien. Elle a sorti un truc de sa valise, avant qu'elle ne parte je lui avais bien dit "me prends rien surtout, je veux rien, garde ton fric pour toi franchement", le truc c'était un t-shirt de Stewie Griffin, le truc que je cherche depuis longtemps, il est noir avec deux dessins de Stewie, l'une de profil et l'autre de face avec une légende comme quoi c'est le mec le plus dangereux du monde, etc, etc. J'étais contente, ça me suffisait. Mon père a eu une écharpe en cachemire, ma mère aussi, elle avait pas eu le temps de prendre du beurre de cacahuètes à Emile alors il a eu droit à un gros tube de M&M's et à un Toblerone géant, le genre de choses qu'on trouve qu'à l'aéroport et que ma mère n'a jamais voulu nous acheter. Pendant longtemps ça nous a été refusé et maintenant quand je suis dans une boutique duty free je les regarde comme si aujourd'hui encore pour une raison qui m'échappe je pouvais pas les acheter. Ca sert à ça d'être adulte, tu repasses sur les lieux de ton enfance et tu refais les choses en mieux parce que t'en as les moyens.

J'y avais pensé mais c'est vrai que je m'attendais pas à ça, Myriam qui rencontre trois garçons pendant les vacances, dont un où ça ressemblait de près à une relation sérieuse. Elle a dit "ça fait 20 ans que je suis ici et personne ne me regarde et en un mois là-bas...", elle m'a raconté un peu, il y avait un Danois qui était son voisin dans l'avion et qu'elle a recroisé par hasard dans Central Park puis un batteur d'un groupe de jazz qui est venu lui parler et puis un autre mais je m'en souviens plus. Dans ma tête c'était un peu comme dans un monde parallèle, un peu le Magicien d'Oz, la nana qui suit son chemin et qui y rencontre des personnages improbables. Je crois qu'elle a réussi a me communiquer l'ambiance dans laquelle tout ça s'est produit, une ambiance propice aux rencontres, de liberté, de total enrichissement, d'un enrichissement qui ne laisse la place à rien d'autres, elle a travaillé des semaines au Mcdo pour se faire de l'argent de poche et elle a dépenser sans compter, c'est à dire qu'elle a dépenser selon ses besoins, elle a pas trop fait de folie, vraiment rien, une paire de desert boots marrons comme celles que portait Baptiste (ces chaussures me font automatiquement penser à lui alors je peux pas ne pas le dire, ça doit bien avoir son importance), des Reebok, deux pantalons, une montre, des trucs pour ses copines, un fer à lisser parce que moi j'avais pris le nôtre au liban. Le reste pour la nourriture, les sorties, le théâtre, le cinéma, les musées, les comedy club, les transports, un mois comme ça, comme on veut que ce soit. Elle a dû vivre trop de choses, et notre truc à nous c'est de ne rien raconter, enfin de raconter mais que ce qu'on veut et un peu espacé dans le temps, à notre rythme, et on fait l'impasse sur les photos parce que c'est insupportable pour tout le monde. Si elle a envie de raconter des choses je l'écouterai jusqu'au bout et je ferai des blagues.

Maman avait fait une tarte aux pommes, j'en avais déjà fait disparaître plus de la moitié, nan vraiment, le reste, son poulet, ses pommes de terre, que tout le monde les prenne, mais sa tarte aux pommes je peux pas, c'est trop pour moi et je me sens bien qu'après l'avoir fini. Là j'avais réussi à en laisser un peu en me forçant à penser à ma soeur affamée et à ma mère qui m'aurait frappée avec sa tong. J'ai sorti des assiettes en parlant un peu d'Emile,

"ce con au petit déjeuner il a mangé des pâtes, tu sais que maintenant il veut devenir écrivain? Il écrit pendant les permanences et il vient me voir et il me demande si ça peut faire le début d'un livre. Il s'est acheté des pulls trop beaux chez Gap, Emile montre lui tes nouveaux pulls. Tu sais qu'on s'échange nos Converse? On fait la même pointure, c'est coul hein. Pendant les vacances il a pas arrêté de nous saouler avec le Japon et les sushis, mais vraiment tous les jours, c'est un malade, il pense qu'à bouffer, il dîne trois fois par jour."
Moi là j'ai pas mangé, un peu plus tôt j'avais déjà déjeuné toute seule, un gratin de choux fleurs et de pommes de terre, j'étais encore debout pendant qu'elle et Emile mangeaient du poulet et des pommes de terre, je la voyais découper le blanc de poulet, il avait l'air tendre et sensationnel mais je me suis dit "stop murielle". Maman avait très bien fait la maîtresse de maison, parfois, pour ne pas dire tout le temps, elle me fait penser aux ménagères américaines sur les photos qu'on peut voir dans les livres d'histoire et qui illustrent la société de consommation et tout ça, elle tient le gros poulet avec des serviettes pour pas se brûler, Norman Rockwell.

Je me battais pour qu'on me file le dernier carré de tarte aux pommes. Puis on a papoté et je lui ai montré mon nouveau PC, mon nouveau sac à dos et les nouveaux trucs qu'il y avait dans la chambre, elle faisait "waaw, waaw", ça lui faisait bizarre, sa chambre, ses affaires, alors c'est là où je vis le reste de l'année. Il n'y a qu'un lit qui est à elle sur cette terre et il est dans cette chambre alors tu m'étonnes que c'est important. J'avais pensé à lui faire la blague "alors là c'est ta chambre" et tout mais j'avais déjà fait la blague de genre nous présenter moi et Emile quand je l'ai vu dans l'entrée.
Elle regardait la télé puis elle s'est endormie, j'étais partie réviser l'histoire dans la salle à manger, quand mon père est rentré il est venu me dire de la couvrir, d'abord j'ai étalé un châle sur elle, mais il était trop petit alors j'ai pris le plaid qui était sur mon lit sous mes affaires, c'était la première fois que je la voyais un peu comme une femme, avec sa vie et ses talons, elle était vraiment blanche, ça fait un an qu'elle a pas bronzé et ça se voit, c'est un beau blanc. Je me souviens de mon dermato qui disait à ma mère "le soleil est responsable de 80% du vieillissement de la peau". Après le soir avec Emile on a mangé de la soupe aux oignons et de la viande, on a encore dit les mêmes choses comme la fois où on en avait mangé après There will be blood, à minuit, "on dirait du miel liquide", "nan on dirait de l'or", "la viande c'est plus bon que le caviar", "la cuisine ça doit se faire avec amour" il a dit, et ma mère est intervenue "la cuisine ça doit se faire dans une cuisine propre", "nan avec amour parce que bon tu peux cuisiner tout le temps mais si c'est pas fait avec amour", etc etc etc.

Après j'étais dans mon lit, sur les coups de minuit, j'avais la soupe aux oignons que j'ai toujours du mal à digérer, je portais un sweat en velours rose et je pensais un peu à mon bac, je sais pas bien pourquoi, j'étais un peu perdue, à ce niveau-là de ma vie je me sens un peu seule, je sentais que quelque chose devait arriver, une averse, un imprévu dans ma vie, ça fait longtemps qu'une crasse ne m'est pas tombée dessus, et là le coup du "je foire mon bac", je le sentais venir. Ce serait dur pour tout le monde autour de moi et ça finirait bien par m'atteindre aussi, déjà ce serait dur de l'annoncer sur mon blog et puis aussi aux gens que je connais, ils jugeraient et demanderaient des explications qu'ils ne sont pas en droit de réclamer. Je pense à des personnes précises qui s'en réjouiraient, comme la preuve indubitable que je suis une grosse conne.

Red Hot Chili Peppers - I could die for you
cette chanson c'est mes 11 ans, c'est aussi le premier album que j'ai acheté avec mon propre argent, il coûtait environ 23,75€, je pense que mon père m'avait avancé les 3€ et quelques, sinon je vois pas comment j'aurai fait pour me l'acheter.

vendredi 19 septembre 2008

emile m'a réveillée en chantant à travers la maison une histoire improvisée sur la vie d'un toutou qui mourrait, c'était il y a plus de 16 heures, alors je ne me souviens plus des paroles, ni du rythme, vraiment je ne m'en souviens plus.
j'ai approché mon lit du bureau, comme ça je peux aller sur l'ordi ou travailler sur le bureau depuis mon lit, je m'assois en tailleur au bord du lit et je suis en face du bureau et de mon personal computer. En faisant ça j'ai essayé de faire se joindre deux espaces essentiels, c'est confortable, une idée comme une autre qui arrange un peu la vie, par contre ça bloque mon tiroir à culottes.

ma mère voulait rentrer dans ma chambre, j'étais en train de m'étaler de la crème sur les épaules, les bras et les jambes, parce que je pèle énormément, comme si ma peau recrachait tout le soleil engrangé pendant les vacances, alors j'hydrate et parfois en cours, une dizaine de fois par jour, j'approche le bras de mon nez pour sentir les dernières effluves de crème hydratante, j'aime aussi glisser une main à l'intérieur de mon pull, sur mon épaule, pour sentir la chaleur qui s'en dégage, une chaleur un peu parfumée de gel douche quand je m'y prend tôt dans la journée, une chaleur féminine, quelque chose qui me réconcilie avec moi, avec mon corps, je pense pas être mon corps, je pense être mon écriture, et encore.

ma mère voulait rentrer dans ma chambre pour voir si ma soeur avait un gilet gris ou noir, j'ai enfilé une tenue descente et je lui ai ouvert la porte. je lui ai dit que moi j'en avais, j'ai deux gilets noirs, un h&m et un petit bateau, j'ai mis du temps à les lui trouver. dans les penderies certaines choses sont plus visibles que d'autres, des chemises sont mises en évidence, plus en avant que d'autres carrément écrasées et recluses au fond,
résultat
on ne les voit pas
on ne pense plus à elles
on ne les met plus
et par un hasard du rangement on les redécouvre et on les porte comme d'anciennes médailles, et ça les gens ne le savent pas. cette semaine j'ai dit à julie "dans la classe y'a personne qui sait que j'ai changé de pantalon à midi, y'a que moi qui le sait", elle a rigolé du genre "mais allez qu'est-ce que tu racontes", c'est pas la première fois que je pensais ça. on entreprend des modifications sur notre corps, elles nous paraissent importantes mais aux yeux des autres elles ne valent absolument rien, nous sommes nos propres centre du monde, chez les autres cette constatation me dégoûte et me déprime un peu, quant à moi j'essaye de faire autrement, d'aimer les autres autant que moi mais c'est dur parce que pour ça il faudrait que les gens se comportent parfaitement, d'une manière que j'estimerai parfaite et cohérente. je crois qu'il serait temps que je tombe amoureuse pour un peu moins me soucier de moi et de mes pantalons.

je marchais sur le trottoir, un trottoir à courbevoie, et je me disais que les trottoirs courbevoisiens n'avaient rien à envier aux trottoirs parisiens, le claquement de talons y est de la même qualité, la mélancolie tout aussi bonne, non vraiment on était bien. Paris a juste eu la chance d'être élue capitale.

septembre c'est incroyable, tout les jours je suis émue par tout, j'ai reçu un coup, quelque chose s'est passé, je suis devenue une peau sensible comme dans les pubs nivea, c'est pas possible, c'est pas possible, la tranquillité d'un cours m'émeut, le silence dans le bus je n'en parle même pas, j'ai vu un type galèrer à cause de son nez qui devait être en train de couler, ce n'est pas les soldes mais les femmes achètent des habits, elles aiment s'habiller, j'ai vu dans des vitrines "c'est beau! c'est nouveau! il vous le faut!" et aussi "poitrines généreuses et formidables", et sur des escalators "vêtements longs attention!", un petit est tombé et la chute a été encore plus brutale à cause de mon pied qui lui a fait comme un croche-patte, je n'ai pas tout de suite eu le réflexe de le relever, je ne sais pas pourquoi, je me suis dégoûtée, ensuite quand le bus s'est un peu vidé je me suis éloignée, j'ai soulevé mes cheveux pour poser ma nuque contre la vitre froide du bus, j'avais chaud.

mardi les copines sont venues déjeuner à la maison, on a mangé des biscuits apéritifs italiens, des spaghettis bolognaise, des cornets de glace et des yaourts, il y avait aussi un litre et demi de oasis mais du auchan à cause du pouvoir d'achat et aussi du coca. Charlette et Cécilia on regardé mes livres et mes cds pendant que je réchauffais les pâtes, c'était la première fois qu'on regardait mes trucs, moi je le fais chez les autres mais personne ne peut le faire chez moi, j'invite rarement des gens, je n'ai jamais été "tu dors chez moi/je dors chez toi", j'aime quand les gens restent à leur place, dormir chez les autres me terrorise je crois. On a papoté, on a rigolé, on a bien mangé, ensuite on est retourné en cours avec nos petites vies dans les poches.

Jens Lekman - Jens Lekman's Farewell Song to Rocky Dennis

samedi 13 septembre 2008

Arrive toujours un moment où je me sens économe, où je n'ai besoin de rien et où j'arrive à accumuler plus de 50 euros, je range alors quelques billets dans mon porte-monnaie, le strict minimum pour un achat pas plus grand qu'un coca ou qu'un livre, et la plus grande partie est rangée dans une petite pochette cartonnée à rabats qui se trouve dans le tiroir de ma table de nuit et ceci dans le but de me piéger devant la tentation. Mais à choisir entre l'énervement à l'idée que quelques billets mieux rangés que d'autres auraient pu me faire acquérir l'Objet qui serait à l'origine d'un bonheur parfait et sans embûches et celui d'acheter compulsivement l'éternel pull bleu marine dans lequel on sera à l'aise et pas trop moche à condition de se retrouver sans argent pendant quelques semaines, je choisis l'option deux.
Aujourd'hui j'avais emmené la petite pochette à rabats, dedans il y avait 30 euros économisés pour de grands projets futurs, tel un nouveau manteau ou un coffret DVD, ceci reste encore à voir.

Chez h&m, initialement partie pour acheter un jogging j'y ai trouvé un jean taupe et un pull bordeaux que j'ai pris taille XL, ainsi qu'un jogging, bleu marine. Il y avait énormément de monde et on était tous à la recherche du même Graal vestimentaire, je me suis dit "heureusement que nous n'avions pas tous les mêmes goûts", voilà ce que je me suis dit. J'ignore pourquoi mais aujourd'hui j'étais d'excellente humeur, on m'aurait poussée, jeter du haut de l'escalator et doubler en caisse que je serais restée souriante. Ce jour-là je crois que j'étais un peu émue par les gens et que, plus que d'habitude, je devinais en chaque personne la vie qu'elle mérite qu'on lui réattribue avec toutes les choses compliquées que ça implique (les cours de flamenco, les crèmes de jour, les gens thé, les gens café, les métiers bizarres, les enfants surdoués, les chaussettes trouées, j'aurai très bien pu me trouver à quelques mètres d'une chaussette trouée sans le savoir).

Il y avait une femme qui essayait d'extirper le plus délicatement possible des collants de leur emballage devant une caissière parce que celle-ci lui avait dit qu'il était possible de les rendre mais seulement bien emballés et non portés. Devant moi il y avait deux filles, une brune et une fausse rousse peut-être, elles devaient avoir la vingtaine, elles étaient minces et habillées en jean et en ballerines, la brune appuyait du pouce les épaules de la robe sur celles de son amie pour voir si la longueur était bonne.

En me dirigeant vers la sortie et en voulant exécuter le geste de mettre mon écharpe autour de mon cou j'ai vu qu'elle n'était plus là, ni accrochée à mon bras comme aurait pu l'être une amie (certaines font ça je crois), ni dans mon sac, ni dans mon sac monoprix (j'ai dû m'acheter un paquet de mouchoirs de poches parce que j'oublie tout le temps d'en prendre à la maison et même je crois qu'on n'en avait pas mais j'aurai pu prendre quelques kleenex d'une boîte et les plier comme je le fais souvent mais ça aussi j'ai oublié), je suis redescendue, catastrophée, c'était la plus belle écharpe bleu marine qui puisse exister, soyeuse et au tombée impeccable et en plus de ça payée 4 euros, en redescendant les escalators j'ai vu ma vie sans elle défiler devant moi, qui voudrait encore de moi sans ce bleu autour de mon cou? je vous jure que sur le moment c'est précisément ce qui me passait par la tête, je vivrai avec cette blessure toute ma vie, le sujet en deviendrait tabou, parfois au détour d'une rue j'aurai l'impression de la voir. Il était donc hors de question que je remonte sans. Je m'étais souvenue d'un moment où posant mes futurs achats sur un tas de fringues j'avais sans doute pu la perdre.
Quand je perds un objet, c'est simple, je mets le prix qu'il faut pour retrouver la copie la plus proche, parfois même plus belle. Pendant les vacances j'ai failli perdre mon cardigan bleu marine préféré, là aussi payé 9 euros au lieu de 58, le cardigan bleu marine universel. J'étais prête à y mettre le prix jusqu'à que mon petit frère qui se sentait impliqué le retrouve dans le sèche-linge, je suis actuellement toujours en train de payer ma dette envers lui.

Bref, ensuite pendant que les femmes cherchaient des fringues à acheter j'étais en train d'en chercher une que je possédais déjà. J'ai vu des vendeurs réparer les dégâts d'une bataille qui consiste à chercher sa taille dans une pile de trente pantalons. Ces plieurs, en temps normal on ne les remarque pas mais en fait ils sont assez faciles à repérer, étant les seuls à ne pas regarder les habits avec convoitise et d'ailleurs, plus simplement : ce sont des hommes dans un rayon pour femmes.
"excusez moi, est-ce qu'il y a un endroit pour les objets trouvés par hasard? parce que j'ai perdu une écharpe, bleu marine"
il appelle son collègue qui n'est pas loin, je marche vers lui, "bah j'ai perdu une écharpe bleu marine"
il semble savoir quelque chose et ses propos finissent par se préciser, il en a trouvée une tout à l'heure, il me demande de le suivre, le bonheur a un visage, j'étais soulagée comme c'est pas permis, ayant déjà commencé à penser à ce qu'on met à la suite d'une phrase comme "mais y'a beaucoup plus pire que ça, comme par exemple..."
je le suis jusqu'aux cabines, d'un tiroir en plastique il me sort le tissu sombre et magique
"ah merci, merci beaucoup", comme si je venais de reprendre par la main ma chipie de petite fille égarée, le regard plein de reproche et de soulagement.

Late of the Pier - Broken

mardi 9 septembre 2008




Je n'ai pas vraiment le temps d'écrire mais il n'est pas question que la fatigue me fasse faire l'impasse sur les rudiments à une journée réussie.
Je comprends maintenant pourquoi la plupart des écrivains ne sont qu'écrivains, il est juste impossible de passer sa vie à enchaîner les actes utiles et à côté de ça, écrire régulièrement, autant qu'on veut. Car le plus important est là : pour celui qui veut écrire l'idéal est qu'il puisse le faire jusqu'à l'épuisement. J'ai toujours aimé ces nuits d'écriture qui commençait tard dans la nuit et ce finissait tôt le matin, avec la ville lavée et blanche, le sentiment d'avoir dit l'essentiel pour au moins une semaine. Francis Ponge en parlait très bien, j'avais copié le texte qui figurait dans "le parti pris des choses", il expliquait que de retour de son travail il ne disposait que de précisément 20 minutes pour écrire.
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Quand je reviens du lycée j'ai comme des noeuds de fatigue plantés dans le corps, à cause des chaussures serrées, du jean accroché à la taille, du sac sur l'épaule, de la queue de cheval, des efforts de concentration et de socialisation qui ont jalonnés ma journée, et même, je pense que tout ça deviendrait supportable si j'arrivais à dormir plus de six heures par nuit.
Tirée et sollicitée dans tous les sens, les quelques gouttes d'énergie restantes seront employées à défaire précautionneusement ces noeuds, un par un, les doigts cherchant une issue tout autour du noeud, palpant, grattant, se concentrant sur la structure. Réhabiliter le corps à un état antérieur, passé sa soirée et sa nuit à travailler à sa réparation, avec le sommeil, la nourriture, le lavage de chacun de ses membres, la distraction, le repos devant la télé, "se détendre devant la télé", comme si tout s'évacuait par on ne sait où, on ne sait comment.

La fatigue ne permet rien, sinon d'avoir un regard un peu plus pessimiste sur le monde, la nuque de Lucia que j'aime tant regarder commence alors à m'irriter, la scolarité, la vie entière et les forces qui la régissent deviennent des mascarades, se vident de leur sens, il n'y a alors plus qu'un seul but à atteindre : le lit.
L'ennui est la principale cause de ma fatigue, je sais qu'en présence d'autres personnes et dans un autre environnement il en serait autrement, à la veille de certains rendez-vous je ne dors pas beaucoup mais une fois éveillée je me sens poussée des forces pour la journée et seul l'habituel café du matin me suffit. La fatigue dépend donc de ce que nous nous apprêtons à faire de notre journée, l'organisme est conscient de l'emploi du temps et il réagit en fonction de ce qu'il en pense. La fatigue n'est que l'expression de son opinion.

Je vous parle depuis mon lit, Emile regarde les Simpsons sur le lit de Myriam qui est encore à new york, hier je suis tombée malade en début d'après-midi, une gêne dans la gorge qui s'est maintenant muée en rhume, j'ai une boîte de mouchoirs et un paquet de bonbons au miel pas loin de moi, Marie m'en avait donné un en cours et ça m'avait drôlement soulagé, en revenant chez moi j'ai appelé ma mère pour lui demander de passer à la pharmacie pour m'en acheter, Marie, la certitude dans la voix m'avait affirmé que le paquet coûtait 1,50€, en revenant ma mère un peu sur les nerfs par l'effort que ça lui avait demandé de passer par la pharmarcie, avait protesté "quel 1,50€? C'est 3 euros le paquet", je crois qu'au fond je m'en doutais.
Ils sont beaucoup trop bons mais je les soupçonne d'être caloriques alors je fais mine de cacher le paquet au fond de mon sac, comme pour y rendre plus difficile l'accès, me décourager.
Je dois encore recopier des cours au propre, je dois aussi faire mes cheveux, préparer mon sac. mais pour l'instant je n'ai ni envie de m'extraire de mon lit, ni envie de m'extraire de cette ambiance pure et lumineuse de fin d'après-midi, quand le jour nous offre ses derniers éclatements, son dernier lait, comparable à celui que je côtoie le matin très tôt, quand je descends de chez moi et qu'il fait un peu froid, que je regrette d'avoir fait l'impasse sur une veste, car on s'habille tous en fonction du temps de l'après-midi.
Emile et moi avons alors conscience de la chance de la possibilité du repos et du réconfort après ce que nous estimons être de dures journées.

Il est aux toilettes et demande à ce que je hausse le son de
Metronomy - My heart rate rapid, c'est notre tube de la rentrée,
ça peut facilement devenir le vôtre.
On aime bien danser dessus dans le couloir comme des automates.

dimanche 7 septembre 2008

Aujourd'hui j'ai reçu mon nouvel ordinateur, c'est ma mère qui m'a dit qu'on attendait un colis et que cela ne pouvait qu'être lui, elle m'a dit ça pendant que je dormais, ses paroles se sont infiltrées dans mon rêve, comme d'habitude, quand elle me la redit en préparant mon café je me suis alors vaguement souvenue du moment où elle me l'annonçait, son corps posté au dessus de mon lit.
J'ai appelé Emile, quand un grand nouvel objet est adopté par la maison on y convie le plus de membre de la famille, ouvrant avec une patience affectée le gros colis enveloppé dans du plastique noir, on a bien fait les choses, bien ouvert la boîte du bon côté, ni par le milieu ni avec les griffes, ni avec les dents.

L'écran fait 17 pouces, il est gigantesque, comme ceux devant lesquels je passe à la Fnac, les géantes machines calmes et brillantes à 2000 euros, parfois tu passes devant et elle te mitraille avec leur webcam, tu te retrouves sur l'écran et ça t'amuses, j'avais fait confiance à mon père pour le choix, il me disait "diiix SEPT poouuces, diiixx SEPT pouuces ton ordinateur", je ne réalisais pas encore tout à fait, en fait c'est vrai que c'est grand, que ça dépasse de mes grosses cuisses quand je le pose dessus. Il était convenu qu'on ne parle plus de problème d'ordinateur pendant au moins 2 ans, c'est mon père qui l'a dit, je devrais donc faire attention, par contre je ne peux me résoudre à arrêter de télécharger des films malgré les risques que cela comporte.
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Vers les 14 heures il y a d'abord eu ce mail de A. après peut-être deux mois de silence, je n'espérais plus rien, cachant non seulement mon attente aux yeux des autres comme aux miens. Une attente sourde et lucide. J'avais été contrainte de ne plus en faire ma priorité, il fallait bien vivre avec une frustration de plus, un manquement. Il disait qu'il viendrait peut-être ce soir, que je devais l'appeler. Je l'ai appelé, j'ai bien respiré avant de le faire, j'avais peur de bégayer, d'avoir des absences à cause du stress, il fallait avoir un discours précis, l'apprendre par coeur, le prononcer avec naturel, en attendre la réponse et puis se décrisper. Ça s'est bien passé, il comptait venir, je lui ai redonné l'adresse, c'était lui avec sa voix pleine de fumée de cigarettes, après la Chine et le reste.

Tout de suite après le coup de fil un mail incroyable a décidé de poser pied dans ma boîte, un mail d'autant plus émouvant qu'il venait d'être rédigé et que je sentais le clavier encore chaud de son expéditeur, la tête encore plongée dans les mots qu'il venait de taper, j'ai été très vite submergée d'émotions, d'une émotion qui part du bas du ventre et qui roule sur ses parois, monte insensiblement jusqu'à la gorge, bloque la respiration, atteint les joues pour finir aux bords des yeux, c'était l'Inespéré, mais j'en reparlerai. J'ai plongé ma tête dans mes mains pour faire retomber vers le bas toute la poudre pétillante de ma surprise.

Vers 16 heures je devais rejoindre ma mère pour m'acheter un sac à dos, je n'étais alors plus la même et quelque chose avait radicalement changé dans ma vie, presque pour toujours.
J'ai légué mon Eastpak bordeaux à Emile, il m'en faut un nouveau, j'ai réfléchi aux divers choix qui s'offraient à moi : besace, porte-documents, sac à main, cuir, nylon, toile, j'ai pensé même aux besaces Freitag que j'aime bien mais qui coûte 150 euros, je sais qu'il y en a aux galeries Lafayette. Ma mère m'attendait au 8ème étage du Printemps de la maison, à mi-chemin du parcours A. m'appelait, j'y ai répondu entre deux stands de vaisselles de luxe, il me disait qu'il n'avait finalement pas trop envie d'y aller mais qu'il me proposait de me voir avant, prendre un café, je ne pouvais pas refuser même si l'emploi du temps qui jusque là s'annonçait sous le signe de la marche, devrait à partir de maintenant s'effectuer au pas de course.
Je disposais d'une heure et demi pour acheter mon sac, rentrer chez moi, me préparer pour la soirée et être à Stalingrad pour 18h30. Bougie sur le gâteau, ma mère ne comptait pas m'acheter le sac aujourd'hui, il s'agissait d'un repérage, elle reviendrait lundi, elle aurait alors -15%.
J'aurai dû rester chez moi et quand j'ai couru vers la gare, que je me suis retrouvée devant les horaires pour les trains vers Bécon-les-Bruyères j'ai décidé que le reste de la journée se ferait dans cette tenue, avec ce sac et cette tête et qu'on contrebalancerait avec de l'humour ou de la gentillesse, on trouverait bien. Je portais un polo bleu marine, un jean foncé, des chaussures bateau bleu marine, une veste marron en velours côtelé et une écharpe bleu marine assez soyeuse, une queue de cheval aussi, avec ma frange.

J'avais une heure devant moi et plusieurs missions à remplir : l'achat de cahier d'école, de livres et d'un gâteau pour ce soir. C'était M. du forum qui faisait une soirée pour la rentrée, quelque chose d'informel avec des aller et venues, une soirée-moulin.
Les cahiers étaient très chers au monoprix et je me suis rachetée une paire de ces stylos country qui écrivent comme des dieux et que tout le monde m'envie, de P. à mon grand-père, l'encre coule sur le papier de façon idéale. J'ai aussi pris un paquet de carambar mini pour accompagner le gâteau, ensuite je suis allée chez Paul et pour 13,50€ il y avait une bonne tarte aux fraises et aux framboises que la nana m'a emballée, elle est même sortie de son comptoir pour me donner le sac. Il fallait que j'aille à Stalingrad avec une tarte dans les mains et des cahiers dans le sac. A la fnac, les livres au programme de littérature de cette année en main, j'avais avorté toute tentative de paiement à la vue des queues longues comme des serpents devant les caisses, j'ai tout posé n'importe où, sur un coffret de Kurosawa aussi abandonné par son futur propriétaire, ça me gêne un peu de faire ça mais je ne me voyais pas remonter. J'étais à la fnac saint lazare.

Je suis à Stalingrad, j'ai un peu couru pour être à l'heure, ça devait se voir sur mon visage, quand je cours, que je transpire un peu, quelque chose se passe au niveau de mes pores, ma peau se nettoie. Rétrospectivement je ne me souviens pas avoir eu une sensation de stress ou d'anxiété, la lucidité prenait toute la place, tout allait calmement se passer. J'ai appelé A., il a commencé par me donner des indications pour que je le rejoigne à un café, j'ai coupé court à tout ça en lui demandant s'il ne pouvait pas venir me chercher. 5 minutes plus tard il était là, un pantalon beige, une veste chinoise en lin beige, un haut noir, des chaussures noires, ses lunettes de soleil. Je n'ai revu que très tard ses yeux, bien après le café et nos discussions. En marchant vers moi il avait dans ses mains un sac en toile avec un gros chat mignon aux traits triangulaires, il m'a dit que c'était pour moi et qu'à l'intérieur il y avait mes six contes moraux de Rohmer, il avait donc, à un moment où à un autre, pensé à moi quand il était en Chine. Ce n'était pas à négliger.

On s'était assis sur la terrasse d'un café, A. fume énormément alors on ne peut qu'aller en terrasse quand on est avec lui, il m'a dit qu'il fumait 3 paquets par jour. Au début il y avait un peu de soleil et plein de gens partout puis progressivement et sans qu'on s'en rende compte il n'y a eu plus qu'une table autour de nous, les autres ayant été rentrées à l'intérieur, et il faisait froid, je serrais ma veste et mon écharpe contre moi pendant qu'A. commandait un autre vin blanc. Il est beaucoup allé en boîte quand il était en Chine.

Avec ses lunettes il avait clairement un avantage sur moi, je veux dire, je connais ça, parler avec des lunettes de soleil, scruter le visage de la personne à côté de nous, tout y comprendre, tout y deviner. peut-être que ça me mettait mal à l'aise, je ne savais pas trop où regarder, quand je savais qu'il ne me regardait pas je le fixais, je crois que son visage avait changé, du repos y était peut-être à l'origine. Je me revois encore il y a deux mois en train de penser à tout le temps qui devrait passer pour qu'on arrive au mois de septembre, pour que ce que j'estime être une vie normale recommence, j'avais vraiment pensé à une disparition définitive d'A. et puis là j'étais avec lui, il m'avait choisi et invité, le temps avait filé vite et ces deux mois avaient été comme un long ruban de temps qu'on pliait et qui faisait se rejoindre les deux extrémités comme si le temps qui s'était écoulé entre l'abattement devant le constat de deux mois à tuer et celui où je m'étais retrouvé à côté d'A. et de sa présence chaude n'était que de 24 heures. Un long ruban plié dont on ne soupçonne plus la longueur.

Je savais que d'une façon où d'une autre j'aurai réussi avec pas grand chose à convaincre A. de venir chez M., je n'ai eu qu'à lui demander s'il était sûr de ne pas venir pour qu'il me dise qu'en fait peut-être qu'il viendrait. Et puis je n'avais pas noté l'adresse, n'ayant pas pu rentrer chez moi, alors il fallait qu'il m'accompagne. Il est allé dans une épicerie acheter trois bouteilles de bière et une bouteille de vin, pendant ce temps je regardais les sucettes rangées sur le comptoir, le pain derrière l'épicier. Vous savez je sentais qu'il manquait quelque chose à ma préparation et que je n'étais vraiment pas très belle mais A. m'a dit qu'il me trouvait rayonnante, que j'avais moins de cernes, je crois que ça a mis fin à tout mes doutes. Quand on était encore au café il avait réussi à détecter le rose foncé sur mes lèvres, par pudeur, sentant qu'elles devenaient le centre de son attention je les avais mordues, je n'assumais pas, et il venait de mettre un doigt sur les vestiges d'une coquetterie balbutiante. Il s'agit en fait d'un feutre à lèvres rose framboise bourjois très léger avec pas la moindre sensation de pâte à tartiner sur les lèvres et les dents.

Dans le métro, j'étais assise, A. était debout devant moi, il y avait un mec qui chantait derrière moi, je ne le voyais pas mais il était drôle, il disait par exemple "si vous n'avez pas 1€, donnez 2." les gens s'étaient alors rués sur leurs portes-monnaie. J'avais sorti une pièce de 50 centimes et A. avait aussi sorti quelques pièces, j'avais le regard posté devant la poche de son pantalon, j'y ai vu plein de pièces, c'était certainement les restes des billets qu'il avait sorti pour payer les différentes additions et l'épicier. C'était le moment de descendre et l'homme rigolo était trop loin de nous, A. a dit que c'était le destin, on est redescendu avec nos pièces.
Dans le métro, au moment où on se déplace d'un point à un autre, c'est toujours là que je me rends compte silencieusement du bonheur que je ressens ou non, j'étais parfaitement heureuse, il était dans les 20 heures, tout un horizon de possibilités s'étalait devant moi, j'allais passer une bonne soirée, A. planté devant moi, vraiment grand, la masculinité même, le métro était plein de présences joyeuses, je ne pense pas pouvoir en demander plus avant longtemps. Être heureux quelques heures c'est des années de travail et d'accomplissement, cela demande un certain nombre de rencontres, un positionnement idéal des étoiles, du temps libre de chacun.

M. nous a ouvert, on avait les mains pleines de sacs, de denrées, la tarte, les boissons, les Carambar avec les blagues d'elie semoun, un monde de douce profusion.
Dans le salon, assis sur des coussins autour d'une table, D., R. et B., il habite en Russie 9 mois sur 12, il est prof de français là-bas, aussi il fait de la musique, plus tard dans la soirée il a sorti de son sac un exemplaire de "soleils brillants de la jeunesse" de Denton Welch, je lui ai demandé s'il avait écouté mes conseils, lu mon blog, il m'a dit que non, qu'il ne savait pas, qu'il venait de l'acheter, ça m'a scié, parce que je l'avais aussi acheté par un grand hasard. Il n'avait pas dormi depuis longtemps aussi je me suis proposée de lui faire un café, M. m'a appris a utiliser la cafetière italienne.

Entre temps X. était venu, je ne m'attendais pas à ce que A. vienne et encore moins X. Disons que M. m'avait annoncé sa possible venue et que je m'étais chargé de lui envoyer un sms pour le convaincre de venir. Quand je me suis retournée pour le regarder, dans sa veste en cuir, parlant et souriant aux autres, je l'ai trouvé exceptionnellement beau, j'ai eu comme une surprise, un léger sursaut. J'ai passé la soirée près de mes deux hommes préférés, je n'avais même plus à me les figurer l'un à côté de l'autre, ils l'étaient, et ils parlaient ensemble, dans leur coin, pendant ce temps j'étais tourné vers D., on a toujours des trucs à se raconter, il m'a félicité pour le mail que j'avais reçu, on a parlé de secret story et des émissions qui passaient pendant les vacances sur m6,
"de toute façon M6 ils sont fascinés par les célébrités et les riches",
"on a tous ce côté voyeur mais c'est pas bien de le cultiver".
Il a dit qu'il aimerait bien partir à miami pour échapper à l'automne, il a encore ce projet de blog d'interview, je lui ai dit que maintenant, avec internet on pouvait interviewé par mail absolument n'importe qui, avant de partir de chez lui il avait tenu a enregistré "On n'est pas couché" pour pas rater les interventions de zemmour, je lui ai dit que de toute façon ça allait se retrouver sur dailymotion tellement il fait toujours des polémiques ce gars-là mais lui il ne voulait pas rater les phrases assassines entre deux interviews. On a aussi parlé du décalage entre nous sur internet et nous en vrai, qu'on était toujours un peu plus meilleur dans l'un des deux contextes, je lui ai dit que je parfois je me détestais sur le forum mais que ça ne m'empêchait en rien de ne pas continuer. Je me pardonne pas mal de choses.
M. portait un sweat avec un drôle de gribouillage, je lui ai dit "on dirait du keith haring", il m'a répondu "c'est jean michel basquiat", j'ai rigolé en lui disant que j'aimais pas ce mec mais que j'avais quand même été forte de trouver qu'il s'agissait d'un peintre.

Il y avait de la pizza, mes carambar mélangés avec des crackers dans un même bol jaune, des boissons, la copine de M. avait pensé à acheter un litre et demi de coca light spécialement pour moi mais ce soir elle n'était pas là. On a été définitivement sept personnes, dont six hommes, et moi au milieu, c'était sûrement imprévu, peut-être que M. avait invité beaucoup de personnes sans se soucier de la parité, d'un semblant d'équilibre.
On était autour de la table et on en a pas bougé, jusqu'à la fin, jusqu'à une heure du matin. A. avait considérablement bu, je ne sais pas comment il l'a fait, il l'a fait devant nous tous, n'ayant rien caché de ses intentions, profitant de notre négligence, on ne lui aurait, de toute façon, rien dit. Pendant la soirée je ne lui ai pas trop parlé, quelque chose d'hostile à lui était né en moi. X. avait les yeux rouges, les autres somnolaient un peu, j'ai coupé ma tarte n'importe comment, M. refaisait de la pizza, il y avait des cd qui défilaient dans l'air : madonna, beastie boys, pink floyd, led zeppelin. Rien de très important était en jeu, aucune rivalité, aucun secret, aucune séduction, juste de la camaraderie et un peu de nourriture, une soirée reposante ou chacun s'était extirpé en douce de son lieu de vie pour venir y assister. Ce n'est que vers 22 heures que j'ai appelé ma mère pour lui dire où j'étais, derrière elle j'entendais les miaulements du chat électronique d'Emile, ça m'a rendue triste, il devait s'ennuyer.
Je ne mentirais pas si je disais que parfois j'ai été sensible à de subtiles marques de désir comme par exemple dans les propos alcoolisés de A., et quand j'allais aux toilettes pour faire pipi je voyais bien ma tête dans la mosaïque de miroir, c'est vrai qu'il se passait quelque chose et que moi aussi je me trouvais belle, cela avait été mon jour de chance, c'est alors que j'ai décidé de ne plus jamais me maquiller en dehors de ce rose framboise.

Je suis partie avec X., A. était seul sur sa chaise, je ne sais pas à quoi il pensait exactement, j'espérais qu'il ne m'en voulait de rien, il m'a tendu sa joue et j'y ai déposé un bisou sincère, un peu plus tôt dans la soirée je lui avais dit "j'espère que tu n'es pas le genre de mec à te souvenir de ce que tu as fait la veille", je ne m'étais permise pas grand chose d'autre, je ne voulais pas être méchante mais quelque chose de mon admiration se déliait un peu, je ne sais pas très bien, j'ai ressenti ça dans le métro en rentrant. C'est à ce même moment qu'un type est sorti de la rame avec son copain qui m'avait à peine frôlé, "il est soûl, faut le pardonner", j'ai pris cette phrase à la lettre et j'ai décidé de l'appliquer à A.
Je ne suis pas habituée à voir des gens soûls, je ne connais pas grand chose à ce genre de détails de la nuit, la dernière fois que j'en ai vu un c'était à la fête de Charlotte en juin je crois, je ne sais plus du tout. Un gars avec un sac à dos m'a un peu brutalisé en me traitant de pétasse et de tout ça, il s'était plus ou moins écrasé sur moi et j'avais poussé un cri aiguë, des "au secours" comiques, je l'avais charrié sur son sac à dos. C'est surtout la gêne qu'on ressent pour la personne soûle qui est problématique. C'est une gêne qui lui dit "si tu savais comment je suis en train de te juger, j'en ai moi-même honte"

J'ai marché du pont de Levallois jusque chez moi, l'appartement était sombre et les corps de ma famille éclatées sur les lits, je me suis postée devant mon grand ordinateur, mon nouveau compagnon et j'ai commencé à rédiger, je me sentais un peu délester de tout amour pour toutes personnes. Demain il fallait que je pense à passer l'aspirateur. Ce samedi avait été incroyablement heureux.

The Doors - The Crystal Ship

vendredi 5 septembre 2008

Cela fait 7-8 ans que M. Delmas n'a pas eu une classe de terminale littéraire, M. Delmas c'est le professeur d'histoire géo que j'appréciais, que je pressentais apprécier mais que je n'avais jamais eu, puis notre prof de l'année dernière nous avait annoncé qu'on l'aurait encore en terminale, j'avais été un peu déçue de ne pouvoir jamais de ma vie adresser la parole à M. Delmas, de ne jamais me faire corriger une copie par lui. Et puis le jour de la rentrée, lors de la distribution des emplois du temps, sous Histoire/géo il y avait écrit son nom. Cela surprenait tout le monde. J'aurai donc des bonnes notes en histoire géo cette année.

C'est alors que le cours magistral se dote d'un charme nouveau, d'une ambiance bizarre, compliquée. Il y a un corps à regarder, un corps maigre, une vie à s'imaginer (sa compagne, sa bibliothèque), un visage à fixer et dont le regard refait incessamment le tour de la classe pour tomber et retomber jusqu'à vous avec la même opacité, seule la bouche remue. Je me suis demandé s'il avait déceler quelque chose dans mes yeux à moi, s'il pensait encore à cette fille qui l'appréciait en première littéraire et dont on lui avait parlé, s'il y mobilisait des forces secrètes pour la reconnaître, procédant par élimination, des forces de celles que personne ne soupçonne, des jeux inavoués qu'on accomplit en amitié, par solidarité avec nous même.

J'avais comme idée très sérieuse celle de consacrer une feuille simple à toutes les informations que je pourrais collectionner à son sujet pendant les cours, il est très bavard concernant sa vie privée, rien qu'en deux cours on a pu apprendre des informations, des informations comme des épaules découvertes qui donnent envie de plus. Même si je n'aime pas les professeurs qui tentent de faire ami-ami avec leurs élèves j'aurai souffert d'une distance qu'il aurait préétabli entre lui et ses élèves, moi en l'occurence. Souffert dans le sens où la fatigue des insomnies m'aurait rendue vulnérable et parano, sensible à tout les signes.
Très bizarrement aujourd'hui pour le premier cours nous portions précisément la même chose : chemise blanche rentrée dans un pantalon noir, puis une veste noire. Ca m'a frappé, d'autant plus que la veille je n'avais pas prévu de porter ça et que vers le début du cours il a commencé à plier les manches jusqu'à ses coudes, précisément de la même manière que moi. Je sais que cela n'a aucune valeur mais j'ai aimé m'attacher à ce moment, rien que pour la beauté de la coïncidence, du phénomène magique qui se produisait devant notre classe et que j'étais la seule à décoder. J'étais sa miniature.
En tapant son nom sur Google j'ai trouvé pas mal de choses très disparates, une série d'Annabac qu'il a rédigé, une interview de lui pour la sortie de son livre d'heroic fantasy (lol), des réponses à un forum sur un débat concernant l'extrême gauche, une photo qui date un peu où il porte un perfecto, son nom sur Copains d'avant, rien de très cohérent, une incohérence qui caractérise toute vie qui commence à s'éterniser.

En dehors de ces détails il est vraiment très drôle et parle comme un garçon qui jouerait "à la guerre" pendant les récrés.

mardi 2 septembre 2008

Il y a ces nouveaux chiffres sur le réveil, ce qu'on n'a pas croisé depuis plus de deux mois, le 7 et le 8 surtout, et puis il y a cette "boule au ventre" dont on parle à la radio, l'angoisse de la rentrée, sur Europe 1 (hier sur la radio de mon réveil je suis tombée sur Europe 1, je ne peux pas visualiser les fréquences sur ce réveil) sur France Inter et dans la rue aussi, quand je marchais vers le lycée, un petit disait ça a sa nounou, "je sais pas pourquoi j'ai une boule au ventre".
A la radio ça parlait aussi de chiffres, je ne sais plus combien de millions d'élèves qui font aujourd'hui leur rentrée, on s'imaginait un mouvement de foule silencieux et caché, des enfants englués à leur lit se levant, l'image du pied qui touche le parquet, la petite danse quotidienne entre les pièces, quelque chose de nouveau qui reparaît, le quotidien comme le énième membre de la famille.

Hier en allant chez Auchan acheter des trucs à manger, des produits d'hygiène et des stylos à Emile j'ai trouvé des belles tasses à 1 euro l'unité, blanche au forme ronde, je crois que ça faisait quelque jour que j'avais une idée bien précise de tasse en tête, j'ignore pourquoi, reste que celles-ci sont très proches de celles que je me plaisais à imaginer. On possède de vieilles tasses, ça va faire peut-être une décennie qu'on les a, on ne voit pas pourquoi on en changerait, à moins qu'on les fracasse toutes par terre, on ne peut pas s'en débarrasser et c'est bien ça l'ennui, et l'envie de plus belles tasses n'est pas un argument qui tienne la route. Une tasse reste une tasse jusqu'à sa mort, cet objet un peu simplet, un peu féminin, on ne peut plus fonctionnel, à la simple vision rassurante et tant mieux si en plus de ça elle est jolie. une tasse sur un bureau, une tasse entre les paumes. La tasse, on la garde, on l'épuise, les motifs estompés, les bords cabossés, l'anse amputée, on persiste, on la garde jusqu'à qu'elle ne puisse plus remplir sa fonction, se remplir. Acheter une tasse c'est être emprisonné, c'est lui rester fidèle malgré le temps qui passe et les envies de changement.
J'en ai pris trois, je les ai soigneusement posées dans le panier vert avec le gel désincrustant et la poêlée de légumes grillés,
Ca m'a fait réfléchir à la durée de certains objets, les montres (la mienne venant de mourir, je n'en possèdais qu'une), les stylos, les élastiques pour les cheveux, les téléphones fixes, les téléphones portables, les gommes. Ces objets qu'on use et qu'on épuise ou qu'on perd avant de pouvoir le faire, j'aime cette idée d'épuisement, l'image d'un cuir ou d'un jean qui devient souple, ce sont comme des corps.
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Concernant le I-touch de Julie j'ai trouvé qu'il s'agissait là d'un vrai bijou de technologie, c'était la première fois que je (touchais?) prenais plaisir à tripoter une de ces petites machines brillantes. Je lui expliquais que je n'avais rien contre "la technologie", que je trouvais ça très bien mais que ça ne m'intéréssait pas trop, c'était très bien sur les autres, je demande encore à ce qu'on m'en prouve l'utilité, et puis quand j'ai vu que sa merveille nous avait carrément localisé au mcdo de la Défense ou mon blog sur un bout d'écran c'était comme voir évoluer un hamster dans mes mains et prendre conscience du mécanisme compliqué qui tenait dans cette petite poche de poils, c'était très amusant et je me suis demandé où pouvait bien se trouver la limite à l'émerveillement de la première fois et aussi qu'il était bien dommage de s'habituer si vite à de petits miracles comme celui-ci. En appelant mon petit frère pour savoir s'il voulait que je lui fasse à manger une fois que je rentrerai j'ai là aussi réalisé ce que j'étais en train de faire, ce geste mécanique du coup de fil qu'on passe et auquel là aussi on s'est habitué, j'aimerais encore pouvoir sans me forcer regarder le monde comme on regarde la vitrine d'une boulangerie, avec ces gros yeux de mangas.

vendredi 29 août 2008


Je ne pense pas que l'ete soit la meilleure periode du ciel pour lire Virginia Woolf, cela equivaut a manger du cassoulet sous une chaleur ecrasante, il y a des ecrivains-chocolat-chaud et les autres, les ecrivains-sorbet, je concois et visualise tres bien les premiers, un peu moins ces derniers.
Virginia Woolf, sans la connaitre j'avais le visage meconnaissable de Nicole Kidman dans The Hours, la vision d'une femme dans une longue robe molle posee comme une cape sur sa silhouette cassee par les heures d'ecriture et la lucidite, quelque chose qui se lit idealement dans une maison de repos a l'heure de la promenade, les fesses sur un banc, le plaid sur les genoux, les feuilles qui tombent des mains des arbres, les cheveux qui tombent de la tete par poignees inquietantes, un peu comme celles qu'on trouve en suspension au fond des piscines.
Et puis finalement un bon ecrivain se mange a toutes les periodes de l'annee, dans n'importe quelles positions et dans n'importe quelles tenues. (vision d'Emile qui me tend ''le petit nicolas a des ennuis'' en me disant ''tiens, mange'')
Pendant ses vacances il y a eu d'abord la lecture de Mrs Dalloway, monologue interne sans interruption qui saute de personnages en personnages, et de l'essai d''Une chambre a soi'' qui parle des femmes et du roman et de toutes les questions qui peuvent contenir ces deux mots, elle tente de comprendre les raisons d'une litterature feminine quasi inexistante pendant des siecles et explique que selon elle les conditions sine qua non a la redaction d'une oeuvre litteraire se trouve etre de quoi vivre, du temps et une chambre a soi. C'est tres agreable a raconter, encore plus a lire, c'est delicieux comme une boite de patisseries libanaises, on se promet de pouvoir arreter a tel niveau de la boite, a tel chapitre du livre, et on continue jusqu'a qu'il n'en reste plus rien.

Bon bien sur durant ces vacances il n'a pas ete que question de Virginia Woolf mais aussi de deux trois autres romans, de tele, de DVD, de bronzage, de famille, de quelques tranches manuscrites et d'un kilo en plus. Tellement de non-evenements se sont enchaines qu'a ce stade il faudrait faire un resume du resume. Je reviens dimanche, il etait temps, le clavier qwerty et TF1 qui bugue a l'heure de la quotidienne de Secret Story commencaient a serieusement m'irriter.
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''Des chiens aboient, des gens viennent interrompre le travail; il faut gagner de l'argent; la sante s'altere. De plus l'indifference bien connue du monde aggrave les difficultes et les rend plus penibles. Le monde ne demande pas aux gens d'ecrire des poemes, des romans ou des histoires; il n'a aucun besoin de ces choses. Peu lui importe que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle verifie scrupuleusement tel ou tel evenement. Et, bien entendu, il ne paye point ce dont il n'a cure. C'est pourquoi l'ecrivain, qu'il soit Keats, Flaubert ou Carlyle, est atteint de toutes les formes de desequilibre et de decouragement, et cela surtout pendant les annees fecondes de la jeunesse. Une malediction, un cri de douleur s'eleve de leurs livres d'analyses et de confession. ''Grands poetes morts dans la misere'', tel est le refrain de leur chant. Si, en depit de toutes ces difficultes, quelque chose nait, c'est miracle; et sans doute aucun livre ne vient-il au jour aussi pur et aussi acheve qu'il fut concu.''

Virginia Woolf - Une chambre a soi

pardon pour tout ce francais sans accent, promis je recommencerai pas

XTC - Making plans for Nigel



mardi 19 août 2008

on peut dire ce qu'on veut, on peut lire le contraire sur le tube : la creme solaire ne resiste pas a l'eau.

lundi 11 août 2008

le départ approche, plus que trois heures, et ça me rend un peu triste, à chaque fois que je vais au Liban je suis triste, il n'y aura pas ma soeur alors que j'ai toujours passé mes vacances au liban avec elle, je me lasse vite de la piscine et du transat mais quand elle est là je peux rester deux heures les bras croisés contre le rebord de la piscine à parler de ces amis (je les connais tous), de ce qu'on portera cet hiver, de nos cousins et des filles qui passent pieds nus devant nous.
C'est aussi elle qui se charge de faire la discussion avec les membres de ma famille, moi je n'ai jamais rien à leur dire, ils savent comment je suis, "tu préfères la france hein", je suis celle qui reste à l'hôtel, qui ne va pas passer la journée chez les cousines de ma mère, "elle est où Murielle?" sur un ton plaintif.

20 jours sans ma soeur pour debriefer les journées, pour parler sur les cousins, pour regarder inlassablement les mêmes clips sur mtv et qui finissent par constituer notre bande-son de l'été,
l'année dernière ça donnait :
Red hot chili Peppers - Hump de Bump meilleure chanson du monde
20 seconds to mars - From Yesterday clip qui nous fascinait plus qu'autre chose
The Editors - Smokers outside the hospital doors j'en ai encore des frissons
Joss Stone - Tell me what were gonna do now
Kelis - Little Star
Mark Ronson - Stop me reprise des Smiths

On regardait chaque clip au moins 5 fois par jour, le matin, puis le soir, on finissait par avoir nos passages préférés, vers la fin des vacances on a même établi une liste exhaustive des clips vus, il y en avait une trentaine. Après ces vacances je n'ai plus jamais réécouté ces chansons en dehors d'aujourd'hui.
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deux jours après avoir lu une nouvelle de raymond carver sur un homme qui pète un câble parce que son oreille est bouchée je me lève ce matin avec l'oreille droite : bouchée. Ca ne m'est jamais arrivé de toute ma vie et j'y vois là la preuve que nos lectures influent beaucoup plus qu'on ne le pense sur nos vies et notre état physique, si là l'influence est flagrante je sais qu'elle peut être beaucoup plus dissimulée, à l'avenir je veillerai à être plus attentive.

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Un homme dans le bus, il parle tout seul, ça peut arriver. j'arrive à comprendre "france de merde", puis plus fort et très distinctement, cette fois-ci contre un homme qui lui a répondu "et des merdes comme ça, ça représente la France...putain de sa race...", et au moment de descendre, c'est autre chose, il crie, hors de lui, "MOI MONSIEUR, J'AIME MON PAYS ET J'EN AI MARRE QU'IL SOIT ENVAHI, VOILA C'EST TOUT". Courbevoie, ville lumière.

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le clip d'Arthur H à la télé, immonde, je pense à une critique de l'album, "l'univers totalement barré d'Arthur H"
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je pars donc au Liban 20 jours, je reviens le 31, parfois j'aurai internet, petit bisou à tous.

dimanche 10 août 2008

j'ai revu T., il m'a rendu Novovision, au café, derrière lui il y avait un écran qui diffusait la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, il faisait nuit chez eux, j'étais seule avec lui dans le café, ça m'a fait une drôle d'impression cette cérémonie, la terre tournée vers ce stade, mon coup d'oeil distrait, je me sentais liée à tout ce qui se passait là-bas, le sentiment un peu ridicule d'être citoyenne du monde, d'une histoire collective, même si je déteste le sport et ce défilé de playmobil en bonne santé, ce sentiment ne me quitte pas.

Un peu plus tard, en fait vers 3 heures du matin, rediffusion de la cérémonie, tout les pays passent, c'est long et sans grand intérêt, je crois qu'il n'y a pas le Liban, ou peut-être que si, ils sont très forts en basket, trois pays seulement ont des sportifs pour la totalité des sports : Russie, Chine, Etats-Unis, quand s'est à leur tour de défiler leurs équipes s'étendent presque sur le tour de stade entier, alors que certains pays d'Afrique n'ont que 6 sportifs tout mignons en costume traditionnel.
J'aimerais changer de chaîne mais myriam s'est une fois de plus endormie avec la télécommande, elle m'a demandé de la réveiller au moment où la Suisse passait, elle veut voir Federer, je lui ai dit qu'elle va s'énerver si je la réveille, elle n'a pas insisté.
Au moment où la Suisse passe je dis un peu fort "myriam, myriam", je me penche un peu pour tirer sur sa couverture. j'aurai au moins essayé. Le lendemain on est dans nos lits, on vient juste d'ouvrir nos yeux, je lui dis "j'ai essayé de te réveiller" "il était là?" "ouais il était même porte-drapeau". Il n'agitait même pas le drapeau, juste il le tenait, peut-être que ça faisait trop patriote à son goût et qu'il n'avait pas besoin de ça pour se faire remarquer de tous.
tranche datant du 6 août

On est resté tellement longtemps chez l'opticien que le mec qui s'occupait de nous nous a offert le café, il nous a demandé à ma mère et à moi si on voulait boire quelque chose "thé ou café?" ma mère a dit "un café", "et mademoiselle?" ma mère a répondu pour moi "rien", je me suis retournée, trois paires de lunettes entre les doigts, comme si je tenais des flûtes à champagne, je l'ai vite repris, choquée, "un café s'il vous plaît", "ah bon un café alors". pendant qu'il préparait le café j'ai dit à ma mère "j'ai mon canderel dans mon sac", j'étais assez contente de moi, elle aussi.

j'essayais les lunettes de soleil, je commençais à saturer, à ne plus distinguer les différences entre chaque paire, c'était toujours le même écran hautain et noir. je voulais quelque chose de sobre avec des verres les plus sombres possibles, rien de trop à la mode, genre lunettes mouche, le café allait refroidir alors j'ai écourté la recherche, trop de choix, trop d'hésitations, et puis les strass sur les branches, les marques écrites en énorme et en doré et qui gâchaient tout, j'ai finalement opté pour des gucci toutes noires avec un simple G noir gravé sur les branches, pour la vue j'ai des calvin klein assez simples, plutôt rondes, monture noire, plus fines que mes wayfarer, le coin extérieur remonte un peu vers le haut, façon secrétaire 60's, ça me va.
En quittant l'opticien, soulagement dans la voix, je me souvenais avoir voulu retourner chez l'ophtalmo pour avoir des lentilles et que je me retrouvais encore avec des lunettes, l'ophtalmologue avait dit à ma mère de prendre rendez-vous le matin pour qu'elle me fasse porter des lentilles et puis que je revienne 3 heures plus tard pour voir si ça allait, j'avais trouvé ça trop chiant, ces 3 heures, je m'imaginais aller au cinéma. après il y a eu un malentendu, je n'ai pas bien compris si ma mère avait réellement pris rendez-vous, au téléphone elle hésitait entre deux jours avec la secrétaire puis en raccrochant elle ne m'avait rien dit, croyant que j'avais compris qu'un rendez-vous était fixé. on s'est un peu disputé sur ce point "mais je croyais que t'avais compris", "mais normalement quand j'ai un rendez-vous tu m'appelles le matin pour me réveiller", dans sa façon un peu légère de me gronder je comprenais que c'est elle qui avait tort et bien sûr ça ne sert à rien de lutter. il y a des personnes (pour ne pas dire tout le monde) qui n'avoueront jamais qu'ils ont tort, bon je ne vous apprends rien, mais vraiment, se battre avec eux, c'est éreintant, ça donne envie de suffoquer, parfois de pleurer, on a besoin de leur aveux.

le mec m'a donné les lunettes de soleil dans une très grande boîte, le fait qu'il me refile la paire d'exposition me choque toujours autant. Maintenant la mode est aux grosses lunettes avec des grosses branches et je sais pas si vous avez déjà vu mais les boîtiers sont de plus en plus énormes, des espèces de gros blocs encombrants, j'ai ça pour les miennes.

ensuite nous sommes allées chez darty voir un peu les lecteurs dvd portable pour moi, pour le voyage. on comparait les prix avec ceux de la fnac, j'ai mangé une pomme sur le trajet qui mène de l'opticien jusque chez darty, ça faisait longtemps que j'avais pas fait les magasins avec ma mère, elle marche plus lentement que moi et je devais toujours un peu m'arrêter pour qu'elle me rattrape. ça faisait aussi longtemps que j'avais pas mangé de pomme, je me souviens de cet automne que j'ai passé à manger des oranges, trois par jour, je m'en souviens parce qu'en même temps je parlais à gabriel sur internet et je lui disais "bon je vais manger une orange" ou alors "je mange une orange". francis ponge dit de bonnes choses sur l'orange, je taperai le passage cet hiver.

j'ai laissé ma mère au centre commercial, à 20 heures j'avais prévu d'aller voir "Belle de jour" au cinéma, c'était pour un festival au cinéma Le Latina, la première fois que j'y suis allée c'était avec Cécilia et Charlette pour "La Soledad", c'était le seul cinéma qui le diffusait encore, après j'avais dit à Cécilia "je reviendrai plus jamais là, la meuf de la caisse est trop méchante", puis finalement j'y suis retournée pour "mariage à l'italienne" et là pour "Belle de jour" qu'il rediffuse à l'occasion du festival qui se tient pendant les vacances. Toutes ces reprises d'anciens films pendant les vacances c'est tellement mais tellement agréable.
pendant que je faisais la queue une nana m'a demandé si je voulais remplir un questionnaire pour "mieux connaître les spectateurs du Latina", le monsieur devant moi à fait tomber sa malette, je la lui ai ramassée, je crois qu'il ne m'a pas dit merci. j'ai "acheté" ma place, je doutais depuis hier pour savoir si ma carte ugc allait être acceptée parce que dans le Pariscope il y avait écrit "Carte UGC Illimitée Acceptée sauf séances exceptionnelles", et je me demandais si les séances du festival faisaient parties des séances "exceptionnelles", bon ça a marché, j'étais contente. J'ai pris un crayon à papier dans mon sac et j'ai rempli le questionnaire le plus sincèrement possible.
le film était extraordinaire, ça m'a mise de bonne humeur et en sortant j'ai marché un peu dans cette ville désertée, c'était vraiment très émouvant, très apaisant, la tombée de la nuit, les oranges gourmands des lampes à sodium, les lettres du café "Sarah Bernhardt" tracées dans la nuit, le bac à sable vide devant les jardins éphémères de l'hôtel de ville, du monde devant la bouche de métro châtelet, la station est évacuée, ça m'incite à marcher encore, toujours sans limites, la solitude devient tranquillité, les couples sont mes complices, les touristes sont sages, je suis fascinée par les intérieurs des appartements allumés, je discerne des bureaux, des bibliothèques, beaucoup de tableaux accrochés au mur.
après saint-michel, les assiettes éclatées au pied des restaurants grecs.

vendredi 8 août 2008

quand je me lève tôt, je suis de bonne humeur, je suis capable de tout pour tout le monde, j'ai envie de faire des petit-déjeuners comme dans les films, avec des choses salées, des choses folles, mais personne n'en veut, quand je demande à ma soeur, encore à moitié endormie, moi sur mon lit, dans la robe de chambre, zélée, tentant de lui soutirer un "oui", elle me répond "nan ça va, chui au régime", il n'y a que Emile qui veut bien.

je lui fais deux oeufs au plat que je cuis séparément, l'un après l'autre sur la plaque à induction, et je les place sur deux tranches de pain de mie préalablement toastées sur le grille-pain le plus vieux du monde j'ai l'impression, j'essaye de faire en sorte que l'oeuf ne soit pas prêt avant le toast, j'ai demandé à Emile s'il voulait du jambon avec mais il a dit non.
deux choses me chagrinent un peu quand je lui prépare ses oeufs :
1) je suis toujours obligée d'écrabouiller en une bouillie bicolore l'oeuf au plat qui pour moi est un sommet de perfection (cette bulle jaune soleil si bien délimitée, ce blanc immaculé, comme les bonbons oeufs) pour que le toast en soit entièrement recouvert,
2) Emile aime réduire au maximum ses efforts et me demande de couper les tranches, à la fin ça ne ressemble plus à mon idée de petit-déjeuner de film, mais Emile est content et Myriam tente de déceler un moment d'inattention chez lui pour pouvoir lui chourrer un carré.
ensuite elle me regarde faire la vaisselle, frotter la poêle comme un bras qui démange et elle me dit "tu veux pas être mère au foyer?", à chaque fois elle me sort des choses comme ça, "tu veux pas rester à la maison et t'occuper de nous?" moi j'aimerais bien, j'aime ça, l'état un peu vague dans lequel me plonge le lavage d'une tasse ou d'une assiette, j'aime nettoyer, purifier des surfaces, le sol ou la table de la cuisine, le miroir de la salle de bains, la moquette, laver des abricots, cette obsession de la perfection qui naît en moi soudain, c'est dans ces conditions que le reste disparaît.

mercredi 6 août 2008


je me suis endormie vers 21h30 devant les rois mages sur tf1, je rigolais un peu, ensuite quand je décide d'enlever mes lunettes et de les poser sur ma table de chevet ça veut dire que je m'apprête à dormir, à tourner le dos à la télé, je pose ma joue sur le matelas, hop je dors.

à partir de minuit j'ai eu un sommeil agité, emile et myriam regardaient des épisodes de Scrubs sur dailymotion, il se disputait, le son était trop fort, j'avais chaud, je m'étais endormie avec mon kimono en soie rose, je l'ai enlevé, je l'ai balancé par terre, je me suis rendormie, j'ai fait des rêves, j'entendais emile et myriam.

à 2 heures réveil définitif, je me lave le visage, j'ouvre un livre (les vitamines du bonheur - raymond carver) emile et myriam regarde encore des épisodes, je leurs dit "vous pouviez quand même faire moins de bruit, moi aussi j'ai le droit de dormir, vous me traitez comme un chien, c'est pas parce que c'est moi...", ils s'en balacent de me réveiller, emile commençait à faire "ouaf ouaf" pour se moquer de moi, après on a un peu rigolé, ils ont arrêté Scrubs, on a regardé la rediffusion de secret story, emile avait mal au coeur, myriam lui a dit "faut pas que plus tard tu sois hypocondriaque", il disait "je sens mon coeur battre
- et alors?
- c'est peut-être une maladie
- t'es trop con, c'est parce que c'est la nuit que t'es comme ça, tu t'inquiètes."

je lui ai apporté une compote et un verre de lait, j'ai mangé un yaourt à la fraise, je lui ai dit

- le lait c'est rassurant hein
- ouais, ça rappelle le matin"

on a posé les verres et les pots de yaourts vides sur les tables de chevet, à 3 heures 30 les deux loustics dormaient, moi je lisais encore

"Il avait toujours une cafetière au chaud pour elle.
Elle s'asseyait dans le fauteuil du séjour, lui sur le canapé, et elle racontait sa journée. Ils tenaient leur tasse et buvaient leur café comme s'ils étaient des gens normaux, pensait Sandy."

J'ai lu la biographie de Raymond Carver, j'aime bien savoir à quel âge les écrivains meurent, j'aime bien quand c'est tragique, lui est mort à 50 ans d'un cancer, même si ça ajoutait à son écriture ça me rendait triste, il aurait encore pu écrire en 2008, à 70 ans, comme philip roth, j'ai cherché des photos de lui, j'ai été surprise par sa tête sympathique. j'ai encore lu, un moustique venait parfois jouer près de mon oreille, à la deuxième fois je me suis calfeutrée dans ma couverture, il ne restait plus que ma tête et ma main pour tenir le livre, j'ai lu sur le côté, dans mon cocon.

Vers 7 heures j'avais faim, j'ai mangé des biscottes, du beurre et de la confiture de fraise, un peu de céréales, un café, du lait, en écoutant la radio, c'était presque exactement l'heure à laquelle je déjeune habituellement, quand je vais au lycée, après je vois les copines à 8 heures, j'ai les yeux fatigués mais le regard amical. j'ai mis des tasses dans le lave-vaisselle, remplir le lave-vaisselle c'est un combat de tous les jours, c'est assez éreintant, le bac à couverts est toujours plein, celui des assiettes toujours vides, je prends cette lutte pour personnelle, c'est un défi, j'essaye de tous équilibrer : je lave les tasses et les couverts à la main et pas les assiettes.

Vers 8 heures ma mère se lève, je lui dis bon anniversaire et lui fait la bise, je ne lui ai rien acheté, je sais pas quoi lui offrir, elle a tout et moi de mon côté je manque d'argent, je vais lui acheter des fleurs et être gentille avec elle, ce soir on va au restaurant en tout cas. j'aime sa tête du matin quand elle ne se maquille pas, qu'elle n'a pas ses lentilles, elle fait 10 ans de moins, j'arrête pas de le lui dire mais elle est têtue.
elle me dit qu'elle m'a trouvé un haut chez promod, une sorte de débardeur gris, je l'essaye pendant qu'elle prend sa douche mais il ne me va pas, je le plie, je le mets sur la table du salon pour qu'elle le rende, je lui dis qu'il me va pas pour faire comme si j'y étais pour rien, que moi je l'aimais mais que ça ne suffit pas.
je lui demande si elle veut que je fasse les fournitures d'Emile aujourd'hui, elle me dit oui, elle me sort la liste, on va dans la chambre d'emile, on chuchote comme si on préparait quelque chose, "alors tu vois là y'a deux grands cahiers 24x32 grands carreaux qu'il a pas utilisé, donc tu les rayes, et des feutres on en a, des crayons de couleur aussi, et des feuilles simples et des copies doubles, là tu vois, on a que ça, on en a plein, t'en prends pas surtout"
je barre sur la feuille les choses que je ne dois pas prendre, elle me passe des bons virgin qui viennent du travail de mon père, "a ton avis 20 euros ça suffit?" ça m'a choqué, avant la rentrée ça dépassait largement 100€, là c'est 20€, tout mignon
"quoi? naan, au moins 30 quand même"

je me refais un café, je vais dans ma chambre, je le cache au cas où ma mère rentrerait, elle veut absolument pas que je boive autre part que dans la cuisine, depuis qu'on a déménagé elle me le dit et je l'ai jamais fait.

avant de partir elle me dit d'arroser les plantes "un litre pour chaque pot, prends une bouteille, je sais pas comment tu vas faire" au même moment j'étais en train de jeter la bouteille d'1,5L d'orangina light qui était dans mon sac, je l'ai nettoyé et j'ai arrosé les plantes, ma mère était déjà partie, le soleil tapait fort, le matin c'est comme si le soleil prenait la place du ciel et éclairait absolument tout, c'est le moment de la journée où il y a le plus d'espoir et de gaieté, il fait frais, on entend des travaux, on aime sa ville, quelle qu'elle soit. dans ma tête j'ai convenu d'un horaire pour sortir de chez moi, il faut que j'achète le nouveau pariscope et les fournitures et que j'aille voir l'expo china gold, c'était les objectifs que je me fixais. je pense sortir vers 13 heures. je me suis promis de me mettre à la rédaction de petites nouvelles, en lavant une tasse j'hésitais entre l'usage de la première et la troisième personne, je me suis dit "je ne sais pas inventer des histoires" tout en pensant que ça allait s'arranger avec le temps.

lundi 4 août 2008

je raisonne comme ça :
s'il faut payer un coca light 5 euros autant être le mieux placée possible et alors un seul endroit prévaut sur tout les autres : le centre pompidou et ses cafés alentours, la foule y est hétéroclite (je me lasse déjà de moi-même, de mes propos prévisibles) et dynamique, on peut s'y faire bousculer comme accoster et les cafés sont plantés là comme des rebords de piscine, on s'y raccroche avant de se noyer.

je redoutais l'arrivée du garçon de café, j'hésitais très sérieusement entre le cappucinno et le coca light, oh ça m'énervait, finalement j'ai choisi le coca light avec tout ces accessoires : citron, paille, glaçon, addition et j'ai commencé mes lectures.
Ce matin j'ai fini "Comme le feu mêlé d'aromates" de gabriel matzneff, que je vous conseille de tout mon coeur, un récit qui à certains passages prend des formes de manuel de savoir-vivre, tout ce que j'aime.
J'aime les écrivains qui vivent avec leur idée, une conviction intime et profonde qui régirait absolument toute leur vie, j'ai un besoin inassouvisable de phrases déclaratives, de "la vie c'est...", "l'écriture c'est...", "il y a deux catégories de gens dans la vie...", j'ai besoin de vérités, d'aphorismes, je ne demande que ça, que chaque livre soit une bible, je m'y laisse duper, il n'y a qu'en littérature que j'accepte encore les tromperies et les manipulations. "en littérature tout est manipulation", notre professeur de français nous le répétait à longueur de cours.

J'avais trois livres dans mon sac : "petit-déjeuner chez tiffany" dont il fallait que je finisse une des nouvelles, "les mouflettes d'atropos" de chloé delaume, récemment acheté, le début étant incompréhensible, conseillé par A., par tout un tas d'adultes depuis 3 ans, et "la cicatrice" de bruce lowery, lu en 4ème pour l'école, je me souviens en avoir pleuré pour une raison qui n'a rien à voir avec ma jeunesse de l'époque, je suis persuadée que ce livre a vieilli aussi bien que mon esprit critique flambant neuf.

j'ai fini truman capote, j'ai commencé lowery, je crois ne pas mentir en affirmant que je n'ai jamais relu un livre. je pense à julie qui a lu deux trois fois "le parfum" et je pense à moi disant à ma prof de français ou d'anglais "on a beaucoup trop de choses à lire pour se permettre de relire les livres", c'est encore ce que je pense et pourtant plus la vie de lecteur se perpétue plus l'envie d'un retour aux premiers amours se fait sentir. Je pense faire ça dans quelques mois, non, en fait en relisant "la cicatrice" c'est exactement ce que je suis en train de faire.

Il commence à pleuvoir, je suis au bord de la terrasse, au bord de la bâche, ça me mouille un peu, comme quand on marche à proximité d'un arroseur automatique, pas assez pour en recevoir des gouttes, une petite rosée qui fait rigoler, c'est toujours amusant de se mouiller tout en étant habillé sauf quand il s'agit de la pluie, la pluie c'est sérieux : les gens raisonnent comme ça et passe à côté de quelque chose.
Il pleut à côté de moi,
je ne sais pas si vous avez déjà remarqué mais vers le centre pompidou quelque chose se passe au niveau du ciel, l'espace est utilisé de telle sorte que tout à l'air plus vaste, le ciel plus haut, chaque chose est plus impressionnante, l'idée d'une jungle urbaine. ajoutez à ça ce ciel gris gallet ouvert sur du blanc.

ma mère m'avait dit qu'il me fallait des chaussures pour le liban, elle ne veut pas que je prenne une de mes paires de baskets blanches sales, "c'est la honte", moi ça m'énervait de dépenser encore, chaque jour elle se plaint un peu plus des dépenses qu'elle doit faire pour ma soeur, son voyage à new york, son école de conduite, et elle continue pourtant, elle ne se lasse jamais. je lui ai dit sans trop réfléchir, en sachant qu'il n'était pas question de les acheter "j'ai vu une belle paire de springcourt à Châtelet", je n'osais pas lui annoncer qu'elles étaient blanches avec de fines rayures noires verticales, elle m'a demandé "quelle couleur?", comme plusieurs me plaisaient j'ai répondu "oh y'en a plusieurs, des grises, j'hésite, en plus elles sont en soldes", j'avais oublié que les soldes étaient finis, alors en passant près du forum des halles je suis allée voir si les affiches "Soldes" étaient toujours accrochées, ma mère m'a dit "y'aura peut-être pas marqué soldes mais promotion". Les affiches étaient encore là, c'est après que je suis allée au café. j'étais un peu fatiguée, un peu énervée, ça me plaisait bien de m'asseoir, de me reposer, j'avais soif aussi.

Après quand je me suis levée j'étais vraiment en pleine forme, d'attaque pour mes grandes marches, j'avais mon long gilet bleu marine serré entre mes mains, tout était si peu peuplé, dans les rues un vide flagrant, comme une boîte de chocolat presque vide. un choc, et une sensation d'être une rescapée. j'imaginais les parisiens en maillot un peu partout dans le monde, ensuite ils reviennent, ils sont en forme, ils reprennent les vêtements de la ville sur leur peau salée, le réveil, le sandwich du midi, la voix de nicolas demaurand sur france inter qui chaque matin prononce de cette même voix un peu hésitante au moins une fois "nicolas sarkozy", le grand journal, les films à la télé, le changement d'heure, le sommeil, les enfants, le pain de mie, les yaourts, la presse gratuite, les écharpes, le pass navigo, le coiffeur, le dentiste.

vendredi 1 août 2008


en ouvrant la porte de mon immeuble je pensais vraiment que j'étais en train de sortir de chez moi et non pas d'entrer dans un four. Dehors, c'est bien connu, il faut qu'il fasse plus froid qu'à l'intérieur, sinon c'est que quelque chose ne va pas et alors les gens sortent en tong et le bug de l'an 2000 n'est plus très loin. Aujourd'hui j'aurai pu dire "ferme pour aérer" que tout le monde aurait trouvé ça normal, j'ai même été contrainte de sortir une robe, le jean, ce pantalon robuste et normalement bleu qu'on se permet d'associer avec n'importe quelle autre couleur, n'était pas envisageable.
j'aime beaucoup les robes mais sur les autres ou dans les films de rohmer, c'est à dire en mousseline et fleuries avec un petit gilet en laine qui tombe des épaules et que la fille ne réajuste jamais, avec si possible un immonde chouchou et un sac à dos noir pour tout bien harmoniser.

je portais une robe m'arrivant aux genoux (mon petit côté puritain) toute légère d'un beau beige crème, achetée avec ma mère l'année dernière dans un magasin lulu castagnette (oui je sais) en voie de liquidation totale. être dans une robe c'est comme être dans un tuyau de coton, on cherche à ne pas sentir le vêtement, à se sentir nue, ici le petit cordon rassurant qui me serrait la taille était là pour me rappeler que oui j'étais bel et bien habillée. aux pieds des espadrilles couleur jean retourné (c'est précisément ça), la semelle de corde de la même couleur que la robe, la besace upla. c'est la première fois que je me sentais aussi légère dans mes vêtements et je m'en félicitais, pour une fois que je ne faisais pas l'erreur de trop ou de ne pas assez m'habiller.
ensuite c'était parti pour une journée d'activités improvisées, réunir ses forces à celles du pariscope et de la carte imagine-r et voir ce que ça peut donner.

j'ai enfin réussi à m'infiltrer l'exposition richard avedon, il y a tellement de choses à dire que je préfère ne pas commencer, je pourrais résumer mes impressions à un simple "allez-y elle est vraiment bien", ça arrangera tout le monde.
Par contre, pendant l'exposition il y avait un mec, un touriste d'origine asiatique qui portait un t-shirt avec imprimé dessus et prenant la totalité de la place la couverture de l'édition anglaise de "the Catcher in the rye". ça m'a d'abord surpris de voir en lieu et place d'une photo des Clash -par exemple- une couverture de livre. Bon, au début j'ai été contente pour lui puis très vite après l'enthousiasme "oh je viens de trouver un des 50 millions d'amateurs de Salinger", je me suis dit que cette idée de t-shirt était très maladroite et même irritante pour tout lecteur de jérome david car personne n'est digne de suer sur une couverture de Salinger et surtout la littérature ne mérite pas ça. La musique est fédératrice, elle se joue en groupe et devant plusieurs personnes, bon, mais la littérature est quelque chose qui doit rester dans cette optique d'unité, un écrivain pour un livre pour un lecteur, quelque chose d'individuel, de muet (écriture comme lecture) de caché, non pas comme une honte mais comme un délicieux secret, comme de la lingerie, plaisante et fragile, c'est un moment de concentration, de recueillement, pas forcément solennel mais du moins bienfaiteur.
Mais ce t-shirt, je veux dire, qu'est-ce qu'il vient faire là, dans la rue et le métro, en boîte de nuit et aux toilettes, il ne rime à rien, il est hors sujet, c'est jeff koons à Versailles, et puis salinger qui avait atteint le degré ultime de la discrétion, il va en dire quoi? Et puis, imaginez écrit sur votre poitrine "l'insoutenable légèreté de l'être", ou encore "je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", "l'idiot", "demande à la poussière", "où-es tu?", "j'ai quinze ans et je ne veux pas mourir,"moi christiane F."... bon c'est sans fin, c'est amusant à imaginer mais juste à imaginer. A force de trop vouloir en révéler sur ses goûts et de prendre de l'avance sur ce qu'on aurait su au moyen de questions on finira par ne plus avoir de mystères pour personne. et le mystère c'est l'amour.
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Les livres se débrouillent pour nous rendre la tâche qui consiste à parler d'eux à quelqu'un la plus dure possible, il est difficile de parler d'un bouquin précis -un peu moins d'un écrivain et de son oeuvre- sans tomber dans des platitudes et des insignifiances, alors autant ne rien dire et travailler sur une liste, la plus précise possible, de ses écrivains préférés, c'est selon moi le moyen le plus simple et efficace de communiquer à autrui ses goûts et ce qu'on recherche en matière de littérature, si la personne est sensible aux mêmes choses que vous alors elle en saura les raisons et alors vous pourrez commencer sur de bonnes bases votre idylle.
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Quand une personne me dit "je viens de lire ceci" ou "celui là je l'ai lu" -parfois ce sont des lectures que je ne lui soupçonnais pas et alors là c'est encore mieux- je me plais à l'imaginer au fond de son lit à tourner les pages, à finir le livre et à le poser à côté d'elle, et ce qui se passe à l'intérieur de cette personne pendant cette lecture d'apparence sérieuse et régulière, personne ne le saura, et tout est ici, la lecture c'est un sachet de thé qui infuse dans le silence. Je pense qu'il est facile de tomber amoureux d'une personne qui lit, comme d'une personne qui dort, parce qu'il y a ce côté insondable, cette impossibilité à capter l'attention de la personne, à s'interposer entre elle et son livre, elle et l'intérieur de ses paupières. la télé : on l'éteint, la fenêtre : on en tire les rideaux, mais le livre lui, est entre les mains du lecteur et ses paupières reliées à sa peau. Alors on préfère le regarder faire et le protéger de la tendresse soudaine qu'il nous inspire.