vendredi 29 août 2008


Je ne pense pas que l'ete soit la meilleure periode du ciel pour lire Virginia Woolf, cela equivaut a manger du cassoulet sous une chaleur ecrasante, il y a des ecrivains-chocolat-chaud et les autres, les ecrivains-sorbet, je concois et visualise tres bien les premiers, un peu moins ces derniers.
Virginia Woolf, sans la connaitre j'avais le visage meconnaissable de Nicole Kidman dans The Hours, la vision d'une femme dans une longue robe molle posee comme une cape sur sa silhouette cassee par les heures d'ecriture et la lucidite, quelque chose qui se lit idealement dans une maison de repos a l'heure de la promenade, les fesses sur un banc, le plaid sur les genoux, les feuilles qui tombent des mains des arbres, les cheveux qui tombent de la tete par poignees inquietantes, un peu comme celles qu'on trouve en suspension au fond des piscines.
Et puis finalement un bon ecrivain se mange a toutes les periodes de l'annee, dans n'importe quelles positions et dans n'importe quelles tenues. (vision d'Emile qui me tend ''le petit nicolas a des ennuis'' en me disant ''tiens, mange'')
Pendant ses vacances il y a eu d'abord la lecture de Mrs Dalloway, monologue interne sans interruption qui saute de personnages en personnages, et de l'essai d''Une chambre a soi'' qui parle des femmes et du roman et de toutes les questions qui peuvent contenir ces deux mots, elle tente de comprendre les raisons d'une litterature feminine quasi inexistante pendant des siecles et explique que selon elle les conditions sine qua non a la redaction d'une oeuvre litteraire se trouve etre de quoi vivre, du temps et une chambre a soi. C'est tres agreable a raconter, encore plus a lire, c'est delicieux comme une boite de patisseries libanaises, on se promet de pouvoir arreter a tel niveau de la boite, a tel chapitre du livre, et on continue jusqu'a qu'il n'en reste plus rien.

Bon bien sur durant ces vacances il n'a pas ete que question de Virginia Woolf mais aussi de deux trois autres romans, de tele, de DVD, de bronzage, de famille, de quelques tranches manuscrites et d'un kilo en plus. Tellement de non-evenements se sont enchaines qu'a ce stade il faudrait faire un resume du resume. Je reviens dimanche, il etait temps, le clavier qwerty et TF1 qui bugue a l'heure de la quotidienne de Secret Story commencaient a serieusement m'irriter.
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''Des chiens aboient, des gens viennent interrompre le travail; il faut gagner de l'argent; la sante s'altere. De plus l'indifference bien connue du monde aggrave les difficultes et les rend plus penibles. Le monde ne demande pas aux gens d'ecrire des poemes, des romans ou des histoires; il n'a aucun besoin de ces choses. Peu lui importe que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle verifie scrupuleusement tel ou tel evenement. Et, bien entendu, il ne paye point ce dont il n'a cure. C'est pourquoi l'ecrivain, qu'il soit Keats, Flaubert ou Carlyle, est atteint de toutes les formes de desequilibre et de decouragement, et cela surtout pendant les annees fecondes de la jeunesse. Une malediction, un cri de douleur s'eleve de leurs livres d'analyses et de confession. ''Grands poetes morts dans la misere'', tel est le refrain de leur chant. Si, en depit de toutes ces difficultes, quelque chose nait, c'est miracle; et sans doute aucun livre ne vient-il au jour aussi pur et aussi acheve qu'il fut concu.''

Virginia Woolf - Une chambre a soi

pardon pour tout ce francais sans accent, promis je recommencerai pas

XTC - Making plans for Nigel



mardi 19 août 2008

on peut dire ce qu'on veut, on peut lire le contraire sur le tube : la creme solaire ne resiste pas a l'eau.

lundi 11 août 2008

le départ approche, plus que trois heures, et ça me rend un peu triste, à chaque fois que je vais au Liban je suis triste, il n'y aura pas ma soeur alors que j'ai toujours passé mes vacances au liban avec elle, je me lasse vite de la piscine et du transat mais quand elle est là je peux rester deux heures les bras croisés contre le rebord de la piscine à parler de ces amis (je les connais tous), de ce qu'on portera cet hiver, de nos cousins et des filles qui passent pieds nus devant nous.
C'est aussi elle qui se charge de faire la discussion avec les membres de ma famille, moi je n'ai jamais rien à leur dire, ils savent comment je suis, "tu préfères la france hein", je suis celle qui reste à l'hôtel, qui ne va pas passer la journée chez les cousines de ma mère, "elle est où Murielle?" sur un ton plaintif.

20 jours sans ma soeur pour debriefer les journées, pour parler sur les cousins, pour regarder inlassablement les mêmes clips sur mtv et qui finissent par constituer notre bande-son de l'été,
l'année dernière ça donnait :
Red hot chili Peppers - Hump de Bump meilleure chanson du monde
20 seconds to mars - From Yesterday clip qui nous fascinait plus qu'autre chose
The Editors - Smokers outside the hospital doors j'en ai encore des frissons
Joss Stone - Tell me what were gonna do now
Kelis - Little Star
Mark Ronson - Stop me reprise des Smiths

On regardait chaque clip au moins 5 fois par jour, le matin, puis le soir, on finissait par avoir nos passages préférés, vers la fin des vacances on a même établi une liste exhaustive des clips vus, il y en avait une trentaine. Après ces vacances je n'ai plus jamais réécouté ces chansons en dehors d'aujourd'hui.
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deux jours après avoir lu une nouvelle de raymond carver sur un homme qui pète un câble parce que son oreille est bouchée je me lève ce matin avec l'oreille droite : bouchée. Ca ne m'est jamais arrivé de toute ma vie et j'y vois là la preuve que nos lectures influent beaucoup plus qu'on ne le pense sur nos vies et notre état physique, si là l'influence est flagrante je sais qu'elle peut être beaucoup plus dissimulée, à l'avenir je veillerai à être plus attentive.

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Un homme dans le bus, il parle tout seul, ça peut arriver. j'arrive à comprendre "france de merde", puis plus fort et très distinctement, cette fois-ci contre un homme qui lui a répondu "et des merdes comme ça, ça représente la France...putain de sa race...", et au moment de descendre, c'est autre chose, il crie, hors de lui, "MOI MONSIEUR, J'AIME MON PAYS ET J'EN AI MARRE QU'IL SOIT ENVAHI, VOILA C'EST TOUT". Courbevoie, ville lumière.

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le clip d'Arthur H à la télé, immonde, je pense à une critique de l'album, "l'univers totalement barré d'Arthur H"
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je pars donc au Liban 20 jours, je reviens le 31, parfois j'aurai internet, petit bisou à tous.

dimanche 10 août 2008

j'ai revu T., il m'a rendu Novovision, au café, derrière lui il y avait un écran qui diffusait la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, il faisait nuit chez eux, j'étais seule avec lui dans le café, ça m'a fait une drôle d'impression cette cérémonie, la terre tournée vers ce stade, mon coup d'oeil distrait, je me sentais liée à tout ce qui se passait là-bas, le sentiment un peu ridicule d'être citoyenne du monde, d'une histoire collective, même si je déteste le sport et ce défilé de playmobil en bonne santé, ce sentiment ne me quitte pas.

Un peu plus tard, en fait vers 3 heures du matin, rediffusion de la cérémonie, tout les pays passent, c'est long et sans grand intérêt, je crois qu'il n'y a pas le Liban, ou peut-être que si, ils sont très forts en basket, trois pays seulement ont des sportifs pour la totalité des sports : Russie, Chine, Etats-Unis, quand s'est à leur tour de défiler leurs équipes s'étendent presque sur le tour de stade entier, alors que certains pays d'Afrique n'ont que 6 sportifs tout mignons en costume traditionnel.
J'aimerais changer de chaîne mais myriam s'est une fois de plus endormie avec la télécommande, elle m'a demandé de la réveiller au moment où la Suisse passait, elle veut voir Federer, je lui ai dit qu'elle va s'énerver si je la réveille, elle n'a pas insisté.
Au moment où la Suisse passe je dis un peu fort "myriam, myriam", je me penche un peu pour tirer sur sa couverture. j'aurai au moins essayé. Le lendemain on est dans nos lits, on vient juste d'ouvrir nos yeux, je lui dis "j'ai essayé de te réveiller" "il était là?" "ouais il était même porte-drapeau". Il n'agitait même pas le drapeau, juste il le tenait, peut-être que ça faisait trop patriote à son goût et qu'il n'avait pas besoin de ça pour se faire remarquer de tous.
tranche datant du 6 août

On est resté tellement longtemps chez l'opticien que le mec qui s'occupait de nous nous a offert le café, il nous a demandé à ma mère et à moi si on voulait boire quelque chose "thé ou café?" ma mère a dit "un café", "et mademoiselle?" ma mère a répondu pour moi "rien", je me suis retournée, trois paires de lunettes entre les doigts, comme si je tenais des flûtes à champagne, je l'ai vite repris, choquée, "un café s'il vous plaît", "ah bon un café alors". pendant qu'il préparait le café j'ai dit à ma mère "j'ai mon canderel dans mon sac", j'étais assez contente de moi, elle aussi.

j'essayais les lunettes de soleil, je commençais à saturer, à ne plus distinguer les différences entre chaque paire, c'était toujours le même écran hautain et noir. je voulais quelque chose de sobre avec des verres les plus sombres possibles, rien de trop à la mode, genre lunettes mouche, le café allait refroidir alors j'ai écourté la recherche, trop de choix, trop d'hésitations, et puis les strass sur les branches, les marques écrites en énorme et en doré et qui gâchaient tout, j'ai finalement opté pour des gucci toutes noires avec un simple G noir gravé sur les branches, pour la vue j'ai des calvin klein assez simples, plutôt rondes, monture noire, plus fines que mes wayfarer, le coin extérieur remonte un peu vers le haut, façon secrétaire 60's, ça me va.
En quittant l'opticien, soulagement dans la voix, je me souvenais avoir voulu retourner chez l'ophtalmo pour avoir des lentilles et que je me retrouvais encore avec des lunettes, l'ophtalmologue avait dit à ma mère de prendre rendez-vous le matin pour qu'elle me fasse porter des lentilles et puis que je revienne 3 heures plus tard pour voir si ça allait, j'avais trouvé ça trop chiant, ces 3 heures, je m'imaginais aller au cinéma. après il y a eu un malentendu, je n'ai pas bien compris si ma mère avait réellement pris rendez-vous, au téléphone elle hésitait entre deux jours avec la secrétaire puis en raccrochant elle ne m'avait rien dit, croyant que j'avais compris qu'un rendez-vous était fixé. on s'est un peu disputé sur ce point "mais je croyais que t'avais compris", "mais normalement quand j'ai un rendez-vous tu m'appelles le matin pour me réveiller", dans sa façon un peu légère de me gronder je comprenais que c'est elle qui avait tort et bien sûr ça ne sert à rien de lutter. il y a des personnes (pour ne pas dire tout le monde) qui n'avoueront jamais qu'ils ont tort, bon je ne vous apprends rien, mais vraiment, se battre avec eux, c'est éreintant, ça donne envie de suffoquer, parfois de pleurer, on a besoin de leur aveux.

le mec m'a donné les lunettes de soleil dans une très grande boîte, le fait qu'il me refile la paire d'exposition me choque toujours autant. Maintenant la mode est aux grosses lunettes avec des grosses branches et je sais pas si vous avez déjà vu mais les boîtiers sont de plus en plus énormes, des espèces de gros blocs encombrants, j'ai ça pour les miennes.

ensuite nous sommes allées chez darty voir un peu les lecteurs dvd portable pour moi, pour le voyage. on comparait les prix avec ceux de la fnac, j'ai mangé une pomme sur le trajet qui mène de l'opticien jusque chez darty, ça faisait longtemps que j'avais pas fait les magasins avec ma mère, elle marche plus lentement que moi et je devais toujours un peu m'arrêter pour qu'elle me rattrape. ça faisait aussi longtemps que j'avais pas mangé de pomme, je me souviens de cet automne que j'ai passé à manger des oranges, trois par jour, je m'en souviens parce qu'en même temps je parlais à gabriel sur internet et je lui disais "bon je vais manger une orange" ou alors "je mange une orange". francis ponge dit de bonnes choses sur l'orange, je taperai le passage cet hiver.

j'ai laissé ma mère au centre commercial, à 20 heures j'avais prévu d'aller voir "Belle de jour" au cinéma, c'était pour un festival au cinéma Le Latina, la première fois que j'y suis allée c'était avec Cécilia et Charlette pour "La Soledad", c'était le seul cinéma qui le diffusait encore, après j'avais dit à Cécilia "je reviendrai plus jamais là, la meuf de la caisse est trop méchante", puis finalement j'y suis retournée pour "mariage à l'italienne" et là pour "Belle de jour" qu'il rediffuse à l'occasion du festival qui se tient pendant les vacances. Toutes ces reprises d'anciens films pendant les vacances c'est tellement mais tellement agréable.
pendant que je faisais la queue une nana m'a demandé si je voulais remplir un questionnaire pour "mieux connaître les spectateurs du Latina", le monsieur devant moi à fait tomber sa malette, je la lui ai ramassée, je crois qu'il ne m'a pas dit merci. j'ai "acheté" ma place, je doutais depuis hier pour savoir si ma carte ugc allait être acceptée parce que dans le Pariscope il y avait écrit "Carte UGC Illimitée Acceptée sauf séances exceptionnelles", et je me demandais si les séances du festival faisaient parties des séances "exceptionnelles", bon ça a marché, j'étais contente. J'ai pris un crayon à papier dans mon sac et j'ai rempli le questionnaire le plus sincèrement possible.
le film était extraordinaire, ça m'a mise de bonne humeur et en sortant j'ai marché un peu dans cette ville désertée, c'était vraiment très émouvant, très apaisant, la tombée de la nuit, les oranges gourmands des lampes à sodium, les lettres du café "Sarah Bernhardt" tracées dans la nuit, le bac à sable vide devant les jardins éphémères de l'hôtel de ville, du monde devant la bouche de métro châtelet, la station est évacuée, ça m'incite à marcher encore, toujours sans limites, la solitude devient tranquillité, les couples sont mes complices, les touristes sont sages, je suis fascinée par les intérieurs des appartements allumés, je discerne des bureaux, des bibliothèques, beaucoup de tableaux accrochés au mur.
après saint-michel, les assiettes éclatées au pied des restaurants grecs.

vendredi 8 août 2008

quand je me lève tôt, je suis de bonne humeur, je suis capable de tout pour tout le monde, j'ai envie de faire des petit-déjeuners comme dans les films, avec des choses salées, des choses folles, mais personne n'en veut, quand je demande à ma soeur, encore à moitié endormie, moi sur mon lit, dans la robe de chambre, zélée, tentant de lui soutirer un "oui", elle me répond "nan ça va, chui au régime", il n'y a que Emile qui veut bien.

je lui fais deux oeufs au plat que je cuis séparément, l'un après l'autre sur la plaque à induction, et je les place sur deux tranches de pain de mie préalablement toastées sur le grille-pain le plus vieux du monde j'ai l'impression, j'essaye de faire en sorte que l'oeuf ne soit pas prêt avant le toast, j'ai demandé à Emile s'il voulait du jambon avec mais il a dit non.
deux choses me chagrinent un peu quand je lui prépare ses oeufs :
1) je suis toujours obligée d'écrabouiller en une bouillie bicolore l'oeuf au plat qui pour moi est un sommet de perfection (cette bulle jaune soleil si bien délimitée, ce blanc immaculé, comme les bonbons oeufs) pour que le toast en soit entièrement recouvert,
2) Emile aime réduire au maximum ses efforts et me demande de couper les tranches, à la fin ça ne ressemble plus à mon idée de petit-déjeuner de film, mais Emile est content et Myriam tente de déceler un moment d'inattention chez lui pour pouvoir lui chourrer un carré.
ensuite elle me regarde faire la vaisselle, frotter la poêle comme un bras qui démange et elle me dit "tu veux pas être mère au foyer?", à chaque fois elle me sort des choses comme ça, "tu veux pas rester à la maison et t'occuper de nous?" moi j'aimerais bien, j'aime ça, l'état un peu vague dans lequel me plonge le lavage d'une tasse ou d'une assiette, j'aime nettoyer, purifier des surfaces, le sol ou la table de la cuisine, le miroir de la salle de bains, la moquette, laver des abricots, cette obsession de la perfection qui naît en moi soudain, c'est dans ces conditions que le reste disparaît.

mercredi 6 août 2008


je me suis endormie vers 21h30 devant les rois mages sur tf1, je rigolais un peu, ensuite quand je décide d'enlever mes lunettes et de les poser sur ma table de chevet ça veut dire que je m'apprête à dormir, à tourner le dos à la télé, je pose ma joue sur le matelas, hop je dors.

à partir de minuit j'ai eu un sommeil agité, emile et myriam regardaient des épisodes de Scrubs sur dailymotion, il se disputait, le son était trop fort, j'avais chaud, je m'étais endormie avec mon kimono en soie rose, je l'ai enlevé, je l'ai balancé par terre, je me suis rendormie, j'ai fait des rêves, j'entendais emile et myriam.

à 2 heures réveil définitif, je me lave le visage, j'ouvre un livre (les vitamines du bonheur - raymond carver) emile et myriam regarde encore des épisodes, je leurs dit "vous pouviez quand même faire moins de bruit, moi aussi j'ai le droit de dormir, vous me traitez comme un chien, c'est pas parce que c'est moi...", ils s'en balacent de me réveiller, emile commençait à faire "ouaf ouaf" pour se moquer de moi, après on a un peu rigolé, ils ont arrêté Scrubs, on a regardé la rediffusion de secret story, emile avait mal au coeur, myriam lui a dit "faut pas que plus tard tu sois hypocondriaque", il disait "je sens mon coeur battre
- et alors?
- c'est peut-être une maladie
- t'es trop con, c'est parce que c'est la nuit que t'es comme ça, tu t'inquiètes."

je lui ai apporté une compote et un verre de lait, j'ai mangé un yaourt à la fraise, je lui ai dit

- le lait c'est rassurant hein
- ouais, ça rappelle le matin"

on a posé les verres et les pots de yaourts vides sur les tables de chevet, à 3 heures 30 les deux loustics dormaient, moi je lisais encore

"Il avait toujours une cafetière au chaud pour elle.
Elle s'asseyait dans le fauteuil du séjour, lui sur le canapé, et elle racontait sa journée. Ils tenaient leur tasse et buvaient leur café comme s'ils étaient des gens normaux, pensait Sandy."

J'ai lu la biographie de Raymond Carver, j'aime bien savoir à quel âge les écrivains meurent, j'aime bien quand c'est tragique, lui est mort à 50 ans d'un cancer, même si ça ajoutait à son écriture ça me rendait triste, il aurait encore pu écrire en 2008, à 70 ans, comme philip roth, j'ai cherché des photos de lui, j'ai été surprise par sa tête sympathique. j'ai encore lu, un moustique venait parfois jouer près de mon oreille, à la deuxième fois je me suis calfeutrée dans ma couverture, il ne restait plus que ma tête et ma main pour tenir le livre, j'ai lu sur le côté, dans mon cocon.

Vers 7 heures j'avais faim, j'ai mangé des biscottes, du beurre et de la confiture de fraise, un peu de céréales, un café, du lait, en écoutant la radio, c'était presque exactement l'heure à laquelle je déjeune habituellement, quand je vais au lycée, après je vois les copines à 8 heures, j'ai les yeux fatigués mais le regard amical. j'ai mis des tasses dans le lave-vaisselle, remplir le lave-vaisselle c'est un combat de tous les jours, c'est assez éreintant, le bac à couverts est toujours plein, celui des assiettes toujours vides, je prends cette lutte pour personnelle, c'est un défi, j'essaye de tous équilibrer : je lave les tasses et les couverts à la main et pas les assiettes.

Vers 8 heures ma mère se lève, je lui dis bon anniversaire et lui fait la bise, je ne lui ai rien acheté, je sais pas quoi lui offrir, elle a tout et moi de mon côté je manque d'argent, je vais lui acheter des fleurs et être gentille avec elle, ce soir on va au restaurant en tout cas. j'aime sa tête du matin quand elle ne se maquille pas, qu'elle n'a pas ses lentilles, elle fait 10 ans de moins, j'arrête pas de le lui dire mais elle est têtue.
elle me dit qu'elle m'a trouvé un haut chez promod, une sorte de débardeur gris, je l'essaye pendant qu'elle prend sa douche mais il ne me va pas, je le plie, je le mets sur la table du salon pour qu'elle le rende, je lui dis qu'il me va pas pour faire comme si j'y étais pour rien, que moi je l'aimais mais que ça ne suffit pas.
je lui demande si elle veut que je fasse les fournitures d'Emile aujourd'hui, elle me dit oui, elle me sort la liste, on va dans la chambre d'emile, on chuchote comme si on préparait quelque chose, "alors tu vois là y'a deux grands cahiers 24x32 grands carreaux qu'il a pas utilisé, donc tu les rayes, et des feutres on en a, des crayons de couleur aussi, et des feuilles simples et des copies doubles, là tu vois, on a que ça, on en a plein, t'en prends pas surtout"
je barre sur la feuille les choses que je ne dois pas prendre, elle me passe des bons virgin qui viennent du travail de mon père, "a ton avis 20 euros ça suffit?" ça m'a choqué, avant la rentrée ça dépassait largement 100€, là c'est 20€, tout mignon
"quoi? naan, au moins 30 quand même"

je me refais un café, je vais dans ma chambre, je le cache au cas où ma mère rentrerait, elle veut absolument pas que je boive autre part que dans la cuisine, depuis qu'on a déménagé elle me le dit et je l'ai jamais fait.

avant de partir elle me dit d'arroser les plantes "un litre pour chaque pot, prends une bouteille, je sais pas comment tu vas faire" au même moment j'étais en train de jeter la bouteille d'1,5L d'orangina light qui était dans mon sac, je l'ai nettoyé et j'ai arrosé les plantes, ma mère était déjà partie, le soleil tapait fort, le matin c'est comme si le soleil prenait la place du ciel et éclairait absolument tout, c'est le moment de la journée où il y a le plus d'espoir et de gaieté, il fait frais, on entend des travaux, on aime sa ville, quelle qu'elle soit. dans ma tête j'ai convenu d'un horaire pour sortir de chez moi, il faut que j'achète le nouveau pariscope et les fournitures et que j'aille voir l'expo china gold, c'était les objectifs que je me fixais. je pense sortir vers 13 heures. je me suis promis de me mettre à la rédaction de petites nouvelles, en lavant une tasse j'hésitais entre l'usage de la première et la troisième personne, je me suis dit "je ne sais pas inventer des histoires" tout en pensant que ça allait s'arranger avec le temps.

lundi 4 août 2008

je raisonne comme ça :
s'il faut payer un coca light 5 euros autant être le mieux placée possible et alors un seul endroit prévaut sur tout les autres : le centre pompidou et ses cafés alentours, la foule y est hétéroclite (je me lasse déjà de moi-même, de mes propos prévisibles) et dynamique, on peut s'y faire bousculer comme accoster et les cafés sont plantés là comme des rebords de piscine, on s'y raccroche avant de se noyer.

je redoutais l'arrivée du garçon de café, j'hésitais très sérieusement entre le cappucinno et le coca light, oh ça m'énervait, finalement j'ai choisi le coca light avec tout ces accessoires : citron, paille, glaçon, addition et j'ai commencé mes lectures.
Ce matin j'ai fini "Comme le feu mêlé d'aromates" de gabriel matzneff, que je vous conseille de tout mon coeur, un récit qui à certains passages prend des formes de manuel de savoir-vivre, tout ce que j'aime.
J'aime les écrivains qui vivent avec leur idée, une conviction intime et profonde qui régirait absolument toute leur vie, j'ai un besoin inassouvisable de phrases déclaratives, de "la vie c'est...", "l'écriture c'est...", "il y a deux catégories de gens dans la vie...", j'ai besoin de vérités, d'aphorismes, je ne demande que ça, que chaque livre soit une bible, je m'y laisse duper, il n'y a qu'en littérature que j'accepte encore les tromperies et les manipulations. "en littérature tout est manipulation", notre professeur de français nous le répétait à longueur de cours.

J'avais trois livres dans mon sac : "petit-déjeuner chez tiffany" dont il fallait que je finisse une des nouvelles, "les mouflettes d'atropos" de chloé delaume, récemment acheté, le début étant incompréhensible, conseillé par A., par tout un tas d'adultes depuis 3 ans, et "la cicatrice" de bruce lowery, lu en 4ème pour l'école, je me souviens en avoir pleuré pour une raison qui n'a rien à voir avec ma jeunesse de l'époque, je suis persuadée que ce livre a vieilli aussi bien que mon esprit critique flambant neuf.

j'ai fini truman capote, j'ai commencé lowery, je crois ne pas mentir en affirmant que je n'ai jamais relu un livre. je pense à julie qui a lu deux trois fois "le parfum" et je pense à moi disant à ma prof de français ou d'anglais "on a beaucoup trop de choses à lire pour se permettre de relire les livres", c'est encore ce que je pense et pourtant plus la vie de lecteur se perpétue plus l'envie d'un retour aux premiers amours se fait sentir. Je pense faire ça dans quelques mois, non, en fait en relisant "la cicatrice" c'est exactement ce que je suis en train de faire.

Il commence à pleuvoir, je suis au bord de la terrasse, au bord de la bâche, ça me mouille un peu, comme quand on marche à proximité d'un arroseur automatique, pas assez pour en recevoir des gouttes, une petite rosée qui fait rigoler, c'est toujours amusant de se mouiller tout en étant habillé sauf quand il s'agit de la pluie, la pluie c'est sérieux : les gens raisonnent comme ça et passe à côté de quelque chose.
Il pleut à côté de moi,
je ne sais pas si vous avez déjà remarqué mais vers le centre pompidou quelque chose se passe au niveau du ciel, l'espace est utilisé de telle sorte que tout à l'air plus vaste, le ciel plus haut, chaque chose est plus impressionnante, l'idée d'une jungle urbaine. ajoutez à ça ce ciel gris gallet ouvert sur du blanc.

ma mère m'avait dit qu'il me fallait des chaussures pour le liban, elle ne veut pas que je prenne une de mes paires de baskets blanches sales, "c'est la honte", moi ça m'énervait de dépenser encore, chaque jour elle se plaint un peu plus des dépenses qu'elle doit faire pour ma soeur, son voyage à new york, son école de conduite, et elle continue pourtant, elle ne se lasse jamais. je lui ai dit sans trop réfléchir, en sachant qu'il n'était pas question de les acheter "j'ai vu une belle paire de springcourt à Châtelet", je n'osais pas lui annoncer qu'elles étaient blanches avec de fines rayures noires verticales, elle m'a demandé "quelle couleur?", comme plusieurs me plaisaient j'ai répondu "oh y'en a plusieurs, des grises, j'hésite, en plus elles sont en soldes", j'avais oublié que les soldes étaient finis, alors en passant près du forum des halles je suis allée voir si les affiches "Soldes" étaient toujours accrochées, ma mère m'a dit "y'aura peut-être pas marqué soldes mais promotion". Les affiches étaient encore là, c'est après que je suis allée au café. j'étais un peu fatiguée, un peu énervée, ça me plaisait bien de m'asseoir, de me reposer, j'avais soif aussi.

Après quand je me suis levée j'étais vraiment en pleine forme, d'attaque pour mes grandes marches, j'avais mon long gilet bleu marine serré entre mes mains, tout était si peu peuplé, dans les rues un vide flagrant, comme une boîte de chocolat presque vide. un choc, et une sensation d'être une rescapée. j'imaginais les parisiens en maillot un peu partout dans le monde, ensuite ils reviennent, ils sont en forme, ils reprennent les vêtements de la ville sur leur peau salée, le réveil, le sandwich du midi, la voix de nicolas demaurand sur france inter qui chaque matin prononce de cette même voix un peu hésitante au moins une fois "nicolas sarkozy", le grand journal, les films à la télé, le changement d'heure, le sommeil, les enfants, le pain de mie, les yaourts, la presse gratuite, les écharpes, le pass navigo, le coiffeur, le dentiste.

vendredi 1 août 2008


en ouvrant la porte de mon immeuble je pensais vraiment que j'étais en train de sortir de chez moi et non pas d'entrer dans un four. Dehors, c'est bien connu, il faut qu'il fasse plus froid qu'à l'intérieur, sinon c'est que quelque chose ne va pas et alors les gens sortent en tong et le bug de l'an 2000 n'est plus très loin. Aujourd'hui j'aurai pu dire "ferme pour aérer" que tout le monde aurait trouvé ça normal, j'ai même été contrainte de sortir une robe, le jean, ce pantalon robuste et normalement bleu qu'on se permet d'associer avec n'importe quelle autre couleur, n'était pas envisageable.
j'aime beaucoup les robes mais sur les autres ou dans les films de rohmer, c'est à dire en mousseline et fleuries avec un petit gilet en laine qui tombe des épaules et que la fille ne réajuste jamais, avec si possible un immonde chouchou et un sac à dos noir pour tout bien harmoniser.

je portais une robe m'arrivant aux genoux (mon petit côté puritain) toute légère d'un beau beige crème, achetée avec ma mère l'année dernière dans un magasin lulu castagnette (oui je sais) en voie de liquidation totale. être dans une robe c'est comme être dans un tuyau de coton, on cherche à ne pas sentir le vêtement, à se sentir nue, ici le petit cordon rassurant qui me serrait la taille était là pour me rappeler que oui j'étais bel et bien habillée. aux pieds des espadrilles couleur jean retourné (c'est précisément ça), la semelle de corde de la même couleur que la robe, la besace upla. c'est la première fois que je me sentais aussi légère dans mes vêtements et je m'en félicitais, pour une fois que je ne faisais pas l'erreur de trop ou de ne pas assez m'habiller.
ensuite c'était parti pour une journée d'activités improvisées, réunir ses forces à celles du pariscope et de la carte imagine-r et voir ce que ça peut donner.

j'ai enfin réussi à m'infiltrer l'exposition richard avedon, il y a tellement de choses à dire que je préfère ne pas commencer, je pourrais résumer mes impressions à un simple "allez-y elle est vraiment bien", ça arrangera tout le monde.
Par contre, pendant l'exposition il y avait un mec, un touriste d'origine asiatique qui portait un t-shirt avec imprimé dessus et prenant la totalité de la place la couverture de l'édition anglaise de "the Catcher in the rye". ça m'a d'abord surpris de voir en lieu et place d'une photo des Clash -par exemple- une couverture de livre. Bon, au début j'ai été contente pour lui puis très vite après l'enthousiasme "oh je viens de trouver un des 50 millions d'amateurs de Salinger", je me suis dit que cette idée de t-shirt était très maladroite et même irritante pour tout lecteur de jérome david car personne n'est digne de suer sur une couverture de Salinger et surtout la littérature ne mérite pas ça. La musique est fédératrice, elle se joue en groupe et devant plusieurs personnes, bon, mais la littérature est quelque chose qui doit rester dans cette optique d'unité, un écrivain pour un livre pour un lecteur, quelque chose d'individuel, de muet (écriture comme lecture) de caché, non pas comme une honte mais comme un délicieux secret, comme de la lingerie, plaisante et fragile, c'est un moment de concentration, de recueillement, pas forcément solennel mais du moins bienfaiteur.
Mais ce t-shirt, je veux dire, qu'est-ce qu'il vient faire là, dans la rue et le métro, en boîte de nuit et aux toilettes, il ne rime à rien, il est hors sujet, c'est jeff koons à Versailles, et puis salinger qui avait atteint le degré ultime de la discrétion, il va en dire quoi? Et puis, imaginez écrit sur votre poitrine "l'insoutenable légèreté de l'être", ou encore "je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", "l'idiot", "demande à la poussière", "où-es tu?", "j'ai quinze ans et je ne veux pas mourir,"moi christiane F."... bon c'est sans fin, c'est amusant à imaginer mais juste à imaginer. A force de trop vouloir en révéler sur ses goûts et de prendre de l'avance sur ce qu'on aurait su au moyen de questions on finira par ne plus avoir de mystères pour personne. et le mystère c'est l'amour.
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Les livres se débrouillent pour nous rendre la tâche qui consiste à parler d'eux à quelqu'un la plus dure possible, il est difficile de parler d'un bouquin précis -un peu moins d'un écrivain et de son oeuvre- sans tomber dans des platitudes et des insignifiances, alors autant ne rien dire et travailler sur une liste, la plus précise possible, de ses écrivains préférés, c'est selon moi le moyen le plus simple et efficace de communiquer à autrui ses goûts et ce qu'on recherche en matière de littérature, si la personne est sensible aux mêmes choses que vous alors elle en saura les raisons et alors vous pourrez commencer sur de bonnes bases votre idylle.
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Quand une personne me dit "je viens de lire ceci" ou "celui là je l'ai lu" -parfois ce sont des lectures que je ne lui soupçonnais pas et alors là c'est encore mieux- je me plais à l'imaginer au fond de son lit à tourner les pages, à finir le livre et à le poser à côté d'elle, et ce qui se passe à l'intérieur de cette personne pendant cette lecture d'apparence sérieuse et régulière, personne ne le saura, et tout est ici, la lecture c'est un sachet de thé qui infuse dans le silence. Je pense qu'il est facile de tomber amoureux d'une personne qui lit, comme d'une personne qui dort, parce qu'il y a ce côté insondable, cette impossibilité à capter l'attention de la personne, à s'interposer entre elle et son livre, elle et l'intérieur de ses paupières. la télé : on l'éteint, la fenêtre : on en tire les rideaux, mais le livre lui, est entre les mains du lecteur et ses paupières reliées à sa peau. Alors on préfère le regarder faire et le protéger de la tendresse soudaine qu'il nous inspire.

mercredi 30 juillet 2008



quand je sors toute la journée, quand je ne reviens que sur les coups de 22 heures, je me sens bien, je ne suis pas déprimée, je suis de bonne humeur et l'essentiel est là. la vie n'est peut-être pas une aventure mais elle reste quelque chose de vivable, presque à la hauteur de ses promesses, de ses trois lettres qu'on célèbre autant que celles de l'amour.
j'apprends à apprivoiser ma solitude, pas besoin de calcul pour me rendre compte que dans une vie il y a peut-être 50% de sommeil mais aussi, à mon avis, 70% de solitude, enfin ça varie mais à vue de nez je dirais que 70% serait mon chiffre, un peu comme les 70% de la surface de la terre recouvert d'eau, la solitude est donc un océan, calme, triste, émouvant et inspirateur.

il y a beaucoup à faire sur paris, il suffit d'un minimum d'organisation, d'un pariscope et on peut se débrouiller. mais ça reste du murielle, c'est à dire qu'on ne sort pas avant 15 heures, qu'on ne sait pas trop ce qu'on fait à l'avance, qu'on descend du métro quand on en a assez, beaucoup de marche, des dépenses une fois sur deux pour ne pas tout liquider en trois jours, un carnet de notes qui ne s'est jamais autant noircit, et puis pas plus d'une activité par jour pour là encore ne pas tout liquider en trois jours.
hier Miroslav Tichy à beaubourg, la queue ne m'en a même pas dissuadé. j'ai pour principe de ne jamais faire la queue à partir du moment où ce n'est pas indispensable, c'est comme ça que quatre fois dans le mois je suis allée au jeu de paume voir comment se portait l'expo richard avedon et quatre fois j'ai fini à la fête foraine des tuileries, toute cette chaine humaine pour 270 photos, attendre que la personne devant nous passe à l'autre photographie pour qu'on puisse passer à l'autre, ce rythme implicite que se fixe les visiteurs, non ça vraiment ça m'embête.
pour miroslav c'était relax même si parfois on a frôlé la chorégraphie "t'attends que je finisse pour venir mater", et puis c'était court, trente minutes grand maximum même en prenant tout son temps. j'ai aussi fait l'expérience des photos prises avec le portable, même si le moyen paraît barbare et un peu trop de notre temps, ça m'a quand même bien servi et la qualité n'est pas trop dégueulasse.

ces promenades sont l'occasion de se rendre compte de la beauté de toute une partie du monde chaque jour offerte à mes/nos yeux, et quand ce n'est pas de la beauté les choses restent tout de même émouvantes de vérité, de réalisme.
se sentir connecté, suivre ce qui se passe, dans les musées, les salles de cinéma, les nouveautés en matière de livres de poche et les travaux sur les lignes de train, connaître tout ça me donne le sentiment d'appartenir au monde, de ne plus être exclue. Avec les villes (et même avec énormément de chose) ça a toujours été mon problème, l'impression que rien n'était fait pour moi, ni les parcs ni les terrasses de café, ni les strapontins dans les métros, l'étiquette visiteuse tatouée sur le front, ma place nulle part et l'impression que tout le monde le savait. maintenant ça va, je commence à comprendre comment les choses marchent, j'arrive à commander un cappuccino dans une sandwicherie, à sympathiser avec des vendeuses, je me sens au coeur de la ville et de la vie ("dans ville il y a vie. Monoprix"), je suis la badaude curieuse qui regarde avidement les restes d'une scène d'accident de scooter sur le trottoir d'en face, la sensation que la ville et ses services me sont dus.

Il y a quelques semaines j'étais tombée sur un de mes innombrables journaux intimes, avant les blogs j'écrivais sur du vrai papier, ça disait quelque chose d'intéréssant,
ça disait comme quoi quand je marchais dans la rue j'actionnais un bouton "invisible" et que j'arrivais à me sentir parfaitement invisible aux regards de la rue et de ses passants, je crois que le secret est là, pour être tout à fait à l'aise dans une ville il faut savoir se sentir invisible. J'ai toujours eu trop conscience du mobilier urbain, des espaces intimes que pouvaient cacher les façades haussmanniennes, de l'hostilité inhérente à toutes grandes villes, des passants qui comme moi se débrouillent pour balayer tout le monde du regard et faire le tri entre les personnes qui leur plaisent et les autres. beaucoup trop de choses qui se passent en même temps, beaucoup trop de choses soumises au hasard, beaucoup d'espèces qui tentent tant bien que mal de cohabiter ensemble : voitures, piétons, vélos, camions, chiens, bus, taxis, pigeons, scooter, motos, arbres. tout ça relève du miracle, la ville est un miracle, l'énergie à l'état pur, je pense à la place privilégiée qu'elle a au cinéma.
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le métro est une fête,
je repense au mec qui était devant moi sur l'interminable tapis roulant du métro Chatelet
cheveux brun en bataille
chemise noire aux manches retroussées (même matière et portée comme A.)
pantalon de couleur bleu de travail (paraît-il que c'est à la mode)
moleskine à l'élastique ouvert dans sa main droite, prêt à écrire quelque chose
c'est surtout le moleskine qui m'a convaincu que ce type me plaisait, je n'ai même pas vu son visage, je ne pourrais jamais, même un tout petit peu, m'approcher en imagination de la réalité de son visage. quant au reste, "histoire impossible" et "amour perdu à jamais" on finit par s'y accomoder comme s'il s'agissait de règles douloureuses.
les mots qui me viennent à l'esprit sont que le métro est une suite de tentatives, d'avortements et d'intimidations, que tout y est sous pression, que tout le monde se plait ou se hait viscéralement sur des bases assez discutables mais humaines. être enfermé avec des inconnus et trimballé à travers paris relève de l'aventure seulement plus personne n'en a conscience et la loi du plus fort a une fois de plus triomphé : le métro ne sera donc plus une aventure mais une salle d'attente mobile et le lieu de toutes les impatiences et de toutes les fatigues.

dimanche 27 juillet 2008

La traversée de l'été - Truman Capote

j'avais pourtant dans la tête une phrase d'A., peut-être lui ne se souvient-il pas d'une seule chose que j'ai pu dire mais moi je me souviens de tout comme de mon film préféré.
je lui montrais mes ongles, coupés à ras (souvenez-vous des ces ongles que je coupe à ras) il me disait que c'était pas bien, qu'il fallait les laisser pousser, que les ongles et les cheveux ça faisaient partis des attributs de la femme qu'il fallait justement mettre en valeur.
c'est ce genre de phrases qui à mon avis peut le résumer, si possible insérer de la beauté dans tout ce qui nous entoure, des fleurs dans tous les interstices, j'aime bien l'idée que le laid lui soit insupportable, exaspérant.

la dernière fois on avait parlé de lui avec P., je lui ai dit que j'imaginais A. fonctionnant comme Houellebecq, totalement déçu des gens, rempli d'amour mais beaucoup trop déçu, j'irai ici plus loin en disant que c'est ce dégoût et cette déception qui sont à l'origine de l'acte créateur, la musique pour A., et quelle musique..., et de l'écriture pour Michel, et quelle écriture...
Une déception, mais quelque chose de fort, d'assez violent, parce qu'au fond nous sommes tous comme ça, "déçu par les gens", c'est comme tout, tout le monde peut se proclamer "timide" et "gourmand" et "généreux" comme "égoïste", mais pas "maladivement timide" ou "maladivement égoïste", c'est ce maladivement qui fait la différence, nous sommes tout de façon modérée. Maladivement déçu.

donc une déception énorme, quelque chose d'aussi amer que le café libanais. P. m'avait alors répondu que Houellebecq était comme ça mais pas A., et puis après, trou noir, impossible de me souvenir ce qu'il m'avait dit sur A., pourtant j'étais d'accord mais ça m'échappe et je veux savoir parce qu'il y avait sûrement là une clé. Donc A. n'est pas "déçu des gens", il est autre chose, je redemanderai à P.

si ça ne tenait qu'à moi au lieu des initiales je divulguerais le nom, le prénom et le numéro de téléphone ainsi que la photo des personnes que je cite.

alors il m'avait dit ça, sur "les cheveux et les ongles", ça m'avait tellement marqué qu'à plusieurs reprises j'avais laissé s'épanouir mes ongles, ça montait vraiment très haut, il ne les a jamais vus. j'ai des doigts pas mal pour ces choses de filles, mes mains ont quelque chose d'assez noble, mais cette noblesse s'arrête au poignée, après c'est une autre histoire beaucoup plus compliquée qui commence.
les ongles longs, les cheveux qui commençaient à le devenir, milieu du dos sans même lever la tête pour tricher.
et puis en rentrant de ma séance, "Mariage à l'italienne", j'avais cette idée en tête, obsédante comme à chaque fois que j'ai envie de le faire. 10 minutes plus tard j'étais devant ma mère, les cheveux raides d'eau, brossés en arrière, tombant sur la robe de chambre bleu, le peigne et les "ciseaux qui coupent bien" entre les mains.
Ma mère déteste me couper les cheveux, elle a toujours l'impression qu'il s'agit d'un truc qui prendra des heures et à chaque fois ça prend deux minutes, "nan je suis fatiguée, on fera ça demain, à chaque fois quand tu veux quelque chose on doit le faire tout de suite, à la minute",
et à chaque fois je suis obligée de menacer "bon bah je vais me faire ma frange toute seule, ça va être bien", "je vais demander à Emile de me les couper", des choses comme ça, je le dis et je suis capable de le faire et si elle n'obtempérait pas à un moment j'aurai actuellement la tête de, je sais pas, disons Edward aux mains d'argent ou robert smith, nan encore mieux, du chanteur de human league


"je suis chiante hein?"
"trop", ponctué d'un rire qui voulait dire "tu me saoûles ma fille"

"enlève ta robe de chambre parce que là je vais te rater", puis toujours les vieilles querelles,

"fais le plus court possible,
"ah nan nan nan, je coupe un peu"
" c'est dommage quand même, de couper"
"ouais mais tu sais comment je suis je regrette jamais quand j'ai envie de couper"

c'est vrai ça, je regrette jamais, la dernière fois j'avais mis des années à avoir une longueur façon Pocahontas, et puis un jour, un vrai jour comme les autres, j'ai vu ma tête, j'ai tout détruit.

petite ruse des épaules discrètement levées pour qu'elle coupe beaucoup sans s'en rendre compte

je me retrouve avec un carré m'arrivant à l'épaule, assez courts pour que les pointes puissent se reposer dessus.
mes cheveux commençaient à devenir très secs, très fatigués, le lissage tous les jours c'était plus possible, ça n'avait pas de forme, c'était mort, affaisé. déjà que le mental l'est assez, le physique ne doit pas suivre, le physique doit être kikoolol.

"après je devrais aller chez le coiffeur quand tu pourras plus me les couper"
"pourquoi je pourrais plus te les couper?"
"quand je serai grande quoi"
"mais t'es grande là"
"ah ouais c'est vrai...en fait tu pourras toujours me les couper"

après j'ai appelé ma soeur, hier encore on parlait masque pour cheveux, je lui ai dit "pour que tu sois pas trop choquée, je viens de me couper les cheveux très courts", derrière le bruit de ses amis, le chahut. "haaaan, t'es folle, ils étaient trop beaux". si je les écoutais ces deux folles j'aurais des cheveux jusque par terre et serais encore avec Baptiste.
les cheveux longs c'était bien beau mais il n'y avait même plus A. pour me les embrasser, il n'y a personne pour me faire distraitement des tresses, non décidément, tout ce que je pourrais enlever de mon corps je l'enlèverai.
improvisation

le café peut se diviser en trois parties, en trois couches, inégales et de différentes couleurs, comme celle d'un napolitain - entre nous ça fait des années que j'en ai pas mangé. L'intérieur du café, "l'intérieur" qui s'oppose à la terrasse, quand tu vas au café avec une personne, ce grand moment de liberté où aucune discussion n'a commencé, aucune commande et même pas le choix de la place, là il te demande où tu lui demandes "en terrasse ou à l'extérieur?" ou alors "dehors ou dedans?", selon vos humeurs et celle du ciel, selon le grain de ta peau (se montrer à la lumière du jour avec ce bouton...), si tu t'apprêtes à lui faire une confidence qui aurait alors besoin d'une ambiance tamisée ou de joyeux commérages murmurés à voix haute et dont chaque passant en emportera un bout, (tu peux imaginer qu'un peu plus loin les passants se réunissent pour recoller les bouts de phrases récoltées et ainsi reformer la phrase entière).

Donc l'intérieur, séparé de la terrasse par la baie vitrée, puis la terrasse, quelques tables, souvent deux chaises pour une table comme il y a deux yeux pour un nez; les chaises regardent la table. certains passants cessent leur marche linéaire et se glissent devant une table, l'espace est souvent exigu, il faut parfois faire se lever des gens, bouger des tables, des choses comme ça.
on y commande un café ou ses variantes, ou alors un soda, quelque chose avec de la fumée ou quelque chose avec des bulles.
finalement les cafés sont comme les hôtels, le décor change mais on n'y trouve toujours les mêmes choses, ils sont hors du pays, au milieu du monde, ce sont des points de repères pour chaque homme : je ne sais pas ce que vend cette boutique, de quoi sont remplis ces appartements mais je sais ce qu'on trouve dans ce café, et que j'y suis la bienvenue.

puis le trottoir, une longue bande de chewing-gum gris déroulée aux pieds des clients en terrasse, le tapis rouge, la croisette banalisée, on passe, on se dandine, on se pavane, on se presse, on se trouve bien habillé et les clients-en-terrasse, photographes sans appareil, assistent et retiennent tout cela, emportant un visage, un vêtement, une coupe de cheveux à essayer, "tiens ce sac est beau", "tiens cette fille est belle" une mèche blonde derrière une oreille, une braguette ouverte, des pieds négligés, une odeur de parfum, de vrais parfums qui durent, les chanel et les guerlain, ceux qui savent tellement bien suivre les femmes avec un petit temps de décalage, un chien invisible.

on ne parle pas de ce qui se passe sur les terrasses de café, tout ça appartient beaucoup trop au hasard, au choix spontané du client(choix de la table, de la commande, le fil de la discussion), choix impossible à prévoir et à mesurer, alors on laisse faire, on nie tout, tout ce qui se passe tous les jours dans toutes les villes du monde alors qu'il s'agit d'un véritable phénomène de société.

les trois couches du napolitain, les clients de l'intérieur regardent la terrasse qui regarde le passant qui regarde ses pieds.

jeudi 24 juillet 2008

Je me lève une première fois sur les coups de 10 heures, je ne programme même plus de réveil sur mon portable, je fais ça déjà toute l'année, depuis seulement quelques jours je m'autorise une liberté totale concernant l'emploi de mon temps et la répartition de mon sommeil.
Ensuite ne sachant pas quoi faire de mieux je me glisse dans mon lit, j'y retrouve la bonne sensation d'être allongée, les membres engourdis, l'immense journée encore entre mes mains comme une manette de nintendo moite à force d'être tenue. Là je me laisse envoûter par une fatigue de fin de matinée, sentant encore les céréales et le café au fond du ventre. Je replonge dans mon sommeil comme on se replonge dans une lecture.

Il est dans les 14 heures quand je me lève pour la deuxième fois, la joue humide (je suis désolée de vous dire ça mais je bave beaucoup en ce moment), le soleil en désordre dans la chambre, sur le visage mais pas dans le cou, sur le bureau mais pas sur l'armoire, mon corps prendre racine sur le matelas, lourd et engourdi, c'est précisément à ce moment-là, après avoir réalisé qui j'étais, où j'étais et à quelle période de l'année nous étions tous que l'envie me prend de tirer chacun de mes membres comme des crackers de Noël. l'appartement est vide, blanc de silence, personne ne me juge, ne me reproche mon levé tardif.

Je commence par la douche, gel douche à la menthe, frictions de la fleur de douche, frictions de la serviette, t-shirt propre, bas de pyjama, robe de chambre comme j'aime, bien serrée au niveau des hanches, pour ne pas qu'elle lâche à la façon d'une queue de cheval de fin de journée d'abord bien en haut de la tête et qui s'affaisserait peu à peu, ou alors une serviette attachée autour du corps et qui lâcherait d'un coup.
Puis le trio vitamines C, coca light et café, flemme de découvrir de nouveaux groupes, de vieux cd qui tournent très vite et qui font de la musique, aujourd'hui les cure, interpol et les smiths, l'ordinateur tout chaud sur les cuisses, les forums, les mails, le blog. Un coup d'oeil par la fenêtre, le soleil qui griffe de façon irrégulière la rue et les immeubles, les passants qui marchent comme dans un mauvais film en 3D qui mettrait en scène un projet de réaménagement de la ville.

P. me propose qu'on aille se boire une grenadine, la grenadine où autre chose, ici la grenadine connote le goût sucré de l'insouciance, des vacances et de la jeunesse, il veut que j'accepte, il vent bien sa proposition. Ça fait tellement de temps qu'on a envie de se voir, à chaque fois il se passait quelque chose : la pluie, ma mère qui vomissait, trop tard, trop tôt, ça semblait compliqué et aujourd'hui on a rusé pour que ça se fasse le plus discrètement possible pour ne pas qu'un autre désistement nous rattrape.
Un polo bleu marine, un jean, les Repetto lamées rouge que ma soeur ne porte plus, une veste rouge vif taille 42 acheté 7€ en soldes il y a quelques années chez h&m. à Eastbourne un mec dont j'étais un peu amoureuse m'avait dit "c'est quoi cette imitation de perfecto?" ça m'avait choqué qu'il soit aussi méchant, surtout qu'elle ne ressemble en rien à un perfecto, les perfecto c'est tout hideux, immettable, la mienne à la classe, la matières est molle, je retrousse les manches. le cabas en nylon bleu marine, plein à craquer pour une raison que j'ignore un peu, le nylon allège considérablement le poids d'un sac.

je prends le train direction saint lazare, on approche des 30°C, je me souviens de la sensation que me procure un 30°C dans l'air, j'arrive à m'y faire, je me décide à mettre mes lunettes de soleil, j'enlève mes wayfarer et j'enfile des ray-ban pilote que j'ai depuis 4 ans et que je n'ai porté qu'une dizaine de fois dans ma vie, sur ma terrasse, au bord d'une piscine pour la lecture et pour pouvoir juger un peu du corps des nanas en maillot sans se faire prendre.

"les avrils ne m'ont jamais dit grand-chose. Les automnes semblent la vraie saison des commencements, les vrais printemps. Ainsi pensais-je, assis avec Holly sur les barreaux du porche de l'embarcadère. Je pensais à l'avenir et parlais du passé, car Holly voulait tout savoir de mon enfance"

le métro, je n'ai toujours pas retenu la correspondance à faire pour me rendre à rambuteau

"Elle tomba à genoux, tâtonnant sous le lit. Quand elle eut trouvé ce qu'elle voulait, une paire de souliers de lézard, elle se mit en quête d'une blouse, d'une ceinture. Il y avait de quoi s'émerveiller de voir qu'émergeant d'un tel fouillis elle pût réussir à donner son impression habituelle de soin, de perfection sereine, comme si elle sortait de la main des esclaves de Cléopâtre."

je suis à arts et métiers, quelque chose qu'avec le recul je juge encore incroyable s'est produit.
j'attendais le métro sur le quai, le livre à la main, le métro d'en face arrive, je lève la tête pour une raison que j'ignore, je regarde les passagers pour une raison que j'ignore, mon regard accroche un corps dans un polo vert salle de bain, le visage est difficilement reconnaissable de si loin, mon cerveau travaille plus que d'habitude, cherche dans sa base de données. C'est X.
un incompréhensible magnétisme le fait 1) me regarder, 2) me reconnaître
une soudaine lueur traverse son visage qui était d'une neutralité dans les traits propre à tout passager, à tout passant.
le choc de l'imprévu, il me fait de larges coucous de sa main aux doigts écartées, je les lui renvois avec un sourire qui devait être timide, embarrassé par le hasard, mais c'était beau et maintenant j'y repense encore avec de la joie dans le coeur, tomber par hasard sur une connaissance, j'aime tellement ça, surtout quand il s'agit de X. Sur le trajet qui mène du métro Rambuteau au gros pot doré qui se trouve devant Beaubourg je sautillais en tapotant un texto à X. pour lui dire ce que je lui aurai dit si j'avais pu lui parler
"trop coul le polo. figure toi que je suis en chemin pour voir ta copine P. bisou"
brièveté mêlée d'humour, bien joué cocotte.

16h50, P. est assis au pied du pot, je ne l'ai jamais vu ni en photo ni en dessin mais je le reconnais, je ne veux pas trop m'étaler sur ce qu'il s'est dit, dans ces cas-là c'est dur de ne pas faire appel à un microphone. Disons que nous étions à l'aise et nos discussions étaient longues et intéressantes, je portais mes lunettes de soleil, ça masquait mes yeux et ma timidité, nous étions dans le café près de la fontaine rigolote à côté de beaubourg, au soleil et bien isolé du reste, au début je trouvais que je disais de la merde, après ça allait, j'étais en confiance, j'arrivais à avoir des idées, à rebondir sur ce qu'il disait, je n'avais pas le cerveau trop paralysé.
Au cours des heures passées à ses côtés il a dû repéré mon manque de confiance en moi pourtant bien dissimulé parce qu'il m'a dit tout à l'heure dans un message privé d'avoir confiance en moi. C'est un brillant interlocuteur, aux acquiescements protecteurs, aux réflexions importantes, les sujets de conversation étaient illimités, globalement nous ne nous connaissions pas et une évidente liberté de paroles émanait de ceci, mais d'un autre côté nous nous connaissions assez pour parler de beaucoup de choses que nous avions en commun. le cinéma, la littérature, nos goûts respectifs, le forum et les personnes que nous avions rencontrées en vrai, internet, mes études et les siennes, les musées et les expositions du moment, la musique, les magazines, les notations de film et les journalistes, tout ces sujets plutôt communs mais abordés sur un ton neuf et différent de celui que je peux avoir avec mes copines, avec d'autres personnes. On en parle, on ne calcule pas, on épuise le sujet, on racle le pot de yaourt, et on passe à autre chose ou alors on passe à autre chose et on l'épuise après, on revient dessus.

Il était quoi, 19 heures quand nous étions déjà dans un autre café, des breakdancers avaient envahi le silence et l'espace près de la fontaine, on ne s'entendait plus, un public s'était formé et du coca light j'étais naturellement passé au cappucino, je commande rarement autre chose, je n'ai qu'à me demander si je veux du froid ou du chaud pour trancher. On se lève pour partir, là encore, paf, je croise B. avec deux de ses amis, A. et C., il habite pas loin d'ici, je fais la bise à tout le monde, présentations mutuelles, il me dit qu'il est trop content de me revoir, ça me choque, non ça m'interpelle, disons que j'ai retenu et que ça m'a touché.
vous croyez être oubliée et abandonnée et puis une journée comme celle-ci se déroule comme de la barbe à papa sur un bâton, divinement bien. les heures se parsèment de rencontres imprévues, de gentillesse, de bienveillance et d'amitié dans les regards et les paroles. vous n'êtes peut-être pas à la hauteur, vous foirez certaines répliques mais vous êtes touché au coeur. Il me dit qu'il a justement lu mon blog aujourd'hui, il a dit un truc assez drôle "j'ai vu plein de livres", rapport à la photo en bas. je lui dis de passer une bonne soirée, il me dit qu'on peut plus trop se voir à cause de b., je lui dis qu'on s'en fiche, j'avais pas la tête à penser à autre chose qu'à ce que je voulais.

on marche vers le métro, j'avais pour projet d'aller voir "Ariane" en plein air à la Villette avec ma soeur mais comme souvent le déroulement des évènements a pris des directions insoupçonnées et j'ai vécu ce genre de moment où la soirée était encore étalée devant moi comme un long et épais tapis rouge qu'il fallait traverser, je jouissais intérieurement de ce que je m'apprêtais à vivre, P. appelait X, on allait manger ensemble et on allait même chez lui, P. le lui a annoncé de façon assez drôle, "tu t'imagines bien que j'emmène avec moi la propriétaire de ce portable"

direction belleville, la marche et le bus, je ne vois rien passé, je ne me souviens de rien, je sais juste que je parlais encore de salinger, qu'on parlait de la mémoire, ", "j'aurai voulu avoir une mémoire de bâtard, te citer des passages entiers, avoir les moyens d'être une intellectuelle", "j'ai l'impression que notre mémoire nous prédestine à quelque chose", "tu crois qu'ils les retiennent comme ça? nan ils les récitent 50 fois", "moi j'apprenais des passages entiers de racine" "et tu t'en souviens?" "alors là...", "d'un roman on en retient qu'un arrière-goût", "mais exactement", "c'est sûr que t'aimes pas salinger", "pourquoi à ton avis j'aime pas salinger?" "parce que c'est trop dans les sentiments, dans le ressenti mais tu vois salinger c'est un peu comme dostoievski il fait genre il te balance une remarque comme ça et toi tu te prends une grosse vérité dans la gueule mine de rien", "moi ce que j'aime dans salinger c'est la solitude adolescente, parce que tu vois y'a quelque chose de stylé, un enfant solitaire t'as envie de le prendre dans tes bras, y'a encore de l'espoir devant lui, alors qu'un adulte solitaire te dégoûte", "je vois rien sans mes lunettes, j'ai la vue d'un grand-père", "t'as combien?", "je sais pas, je retiens pas, mais par exemple là je vois pas ce qu'il y a marqué sur le panneau là", il baisse ses lunettes, "ouais moi non plus", "celui là non plus", "ouais pareil", "celui là non plus", "pareil, on a la même vue de merde", "avant je me disais que j'aimerais porter mes lunettes toute ma vie et puis maintenant je trouve qu'elle me dénature le visage", "oui c'est vrai, bah moi tu vois j'avais une super paire et puis la dernière fois j'étais tout content, j'étais en train d'ouvrir une bouteille de champagne (rire de "j'ai déjà compris la chute") le bouchon m'explose les verres", "t'as eu mal?", "nan mais j'ai flippé", "des bouts de verre qui te rentre dans les yeux", "ouais voilà, mais nan j'ai pas eu mal".

miroir dans le hall, je ne porte pas mes lunettes, j'ai oublié de les remettre et je suis mieux comme ça, l'ascenseur, je n'ai pas trop peur, je n'ai pas le temps d'être excitée, intimidée, il ne se passera rien.
T. nous ouvre, je lui fais la bise, "t'as vu c'était fou de se rencontrer dans le métro, ça arrive pas dans la vraie vie ça", la débile qui entre en scène. l'appartement est vaste, vieux parquet, moulures, tout est neuf, les murs blancs, les grandes fenêtres, l'énorme bibliothèque, tous les livres à lui, neufs et bien rangés, sa copine arrive vers nous, je lui fais la bise, j'ai retenu son "ravie", elle doit me connaître un peu, elle porte une robe grise gap à bretelles avec des rayures plus foncées, elle a son ventre rempli d'un bébé, les cheveux carrés, courts et raides, des lunettes sur le nez. X est en tongs muji, jean retroussé en bas, le polo, d'ici je peux voir le logo ralph lauren de couleur parme, et ses cheveux ont poussés, il est bien beau, reposé, un peu comme moi. Ca changeait de ces après-midi où je le retrouvais après les cours, mon corps et mon visage sans sommeil, sans repos, les traits morts, la fatigue et le métro, mon polo bleu marine lacoste et mon cardigan rouge en laine bouillie, mon manteau gris et mon écharpe bariolée de motifs de noël, le mur recouvert d'un miroir à saint-germain-des-près, le box dans lequel on était assis à montparnasse, je lui avais dit "on dirait tu sais les boxes dans les livres américains où les personnages commandent du café noir et des assiettes de frites", j'avais adoré dire ça et c'était tellement sincère parce que ça existait, chez kerouac ou bukowski ou quelqu'un d'autre. c'était pendant les soldes d'hiver, il s'était acheté une nouvelle besace en cuir assez stricte et moi aussi, la upla grise, il l'avait bien aimé et ça m'avait flatté.
On est resté chez lui jusqu'à environ 23 heures, on a feuilleté son livre "les 1001 films à avoir vus avant de mourir", on a regardé sherlock holmes sans le son sur paris première, on a écouté des vinyls, il les faisait défiler entre ses doigts, il en sortait quelques uns, il nous montrait les pochettes et on réagissait, "aaaah ouaiis", "c'est quoi?"
je crois qu'il prenait surtout des choses qui étaient censées me plaire parce que tout était bien : public image limited, talking heads, les smiths, trois des smiths, young marble giants, kraftwerk, les cure, "pornography" que lui-même m'a offert et que j'écoutais dans ma chambre tout à l'heure. j'ai réfléchi : est-ce qu'on avait déjà parlé de mes goûts musicaux? je lui ai déjà parlé de young marble giants?
on a écouté pas mal de trucs, je parlais peu, en marchant vers chez lui je m'étais promis de bien me tenir, de ne pas dire de bêtises, de ne pas parler s'il fallait passer par là pour ne pas faire de gaffe. Il y a des moments, ça m'arrive souvent quand je suis en classe et là ça me l'a refait, où je m'imagine sortir une énorme connerie, un truc super grave, une insulte qui changerait totalement l'opinion qu'on peut avoir de moi, quelque chose de gratuit, d'injustifié et d'indélébile, un aveu, et puis je suis presque à deux doigts de le faire mais pour rien au monde je ne franchirai le pas, la frontière ténue qui sépare l'intention de la catastrophe, mais j'ai déjà honte de moi, de penser des choses pareilles.

"le canapé c'est un muji", "ouais je me disais...je l'avais repéré...tes tongs aussi" "ouais", "mon polo c'est un muji", je le pince des deux doigts pour le désigner, "ah bon?"

je rigole beaucoup parce que T. est très drôle, qu'il nous fait un peu son spectacle et que nous sommes conquis, l'ambiance est conviviale et détendue, discussions de grands, paquets de biscuits apéritifs à quatre compartiments dont un seul est éventré, bières vides, les enfants imaginaires qui montent un plan pour pouvoir faire dormir chez eux les enfants des invités, je n'ai rien bu, rien mangé,
je n'ai pas faim. c'est comme ça que ça se passe quand je suis entourée de gens et que je suis un peu sous pression,
je n'ai pas faim, mon dernier repas était mon bol de céréales à 10 heures et il est 22h.

Je ne me sentais pas particulièrement exclue quand ils abordaient des thèmes pour lesquels même en cherchant très bien je n'aurai rien trouvé à dire, eux-mêmes peut-être en parlant pensaient-ils à moi, à écourter la conversation. Moi ça allait, j'écoutais et j'ai conscience depuis longtemps qu'on ne peut pas être de toutes les conversations et qu'il y a pire dans la vie que d'écouter les autres parler pendant 10 minutes, c'était curieux toutes ces histoires d'appartement, cela équivaut à nos conversations interminables sur les sujets et résultats du bac.

23 heures, on descend de l'appartement, X a troqué son polo contre une chemise, une veste et ses baskets marrons, il a enfilé sa chemise dans la salle de bains. il est habillé comme P., sa copine a gardé autour de son cou un foulard noir à pois qu'elle tripotait tout le long des conversations, elle a enfilé un gilet et son sac, des sandales dorées, je crois que ma soeur a les mêmes.
J'ai hésité avant de lui redemander mon Novövision, ça ne me dérangeait pas de le lui laisser encore, je savais qu'il était en sécurité ici, que la vie était longue. j'ai réussi à vaincre la gêne que j'ai toujours eu à réclamer des choses qui m'appartiennent, j'avais le besoin peut-être de m'éclipser tout à fait de la vie de T., de prendre mes affaires avec moi et de le laisser tranquille, j'avais l'impression là encore de gêner, aussi je me disais qu'il avait été forcé d'accepter ma présence ce soir, que s'il avait eu le choix il aurait refusé que je vienne, "ça me gêne qu'elle vienne". reprendre le livre ça voulait dire ne plus avoir de prétexte pour le revoir. j'aimerais parler de certaines choses mais cette soirée est trop récente et je préfère attendre qu'un peu d'eau coule sous les ponts, que l'histoire de cette soirée se fasse lointaine, là je ne risquerai rien.
Bien sûr son récent emménagement ne lui a pas permis de retrouver le livre, il cherchait et je lui disais "nan mais laisse tomber c'est pas grave".
en sortant, dans un soupir amical il me fait "alala petit vernis rouge...", comme si j'étais la cause de plein de choses, de soucis, qu'on revenait de loin, qu'il me pardonnait. je lui réponds "t'as vu j'ai mis ma veste rouge pour ça", "ouais j'ai vu".

Au restaurant chinois, le Da lat, pas loin de chez lui nous étions assis autour d'une table ronde, j'étais entre P. et la copine de T., T. était en face de moi, lors de nos premiers rendez-vous je lui disais que le face à face me gênait et je venais me glisser près de lui. J'ai mangé un bo-bun, P. aussi, T. a pris une soupe et sa copine une salade.
Discussions, mon silence, quelques phrases que je prononce, encore cette impression que mon corps dans cet endroit et entre ces gens est le résultat de quelque chose de très bizarre, je ne suis pas de trop mais plutôt de plus. A un moment T. s'est gentiment moqué de moi, ça m'a fait beaucoup rire mais quand j'y repense ce qu'il disait ressemblait assez à un reproche, à quelque chose qu'il n'aimait pas chez moi. là je pense à ça. je ressens aussi très fort son absence de sentiments pour moi, de n'importe quel sentiment je veux dire, un peu comme pour A., c'est assez flagrant et ce n'est que maintenant que je le remarque et que ça me fait un peu souffrir cette indifférence, parce que je suis jeune, on me traite comme un chat.

On se quitte vers 00h15, je marche jusqu'au métro avec P. à côté de moi, je devrais revenir sur quelque chose concernant X mais plus tard. je suis en pleine forme, aucune fatigue dans aucun endroit de mon corps, l'esprit encore clair, clair depuis longtemps, c'est ce qui m'a permis de ne pas dire de bêtises et de ne pas faire mon intéréssante. là ça pouvait aller, je n'avais pas de paroles que j'aurai pu regretter, de choses horribles sur la conscience, c'est au métro république que j'ai quitté P. avec une bise et des remarques gentilles sur la journée.

Dans le métro j'ai d'abord commencé par avoir le regard dans le vide, je sentais des pensées se diluer en moi, j'avais besoin de calme et de solitude, mettre les évènements dans l'ordre, retrouver les choses, les regards, les détails qui m'auraient échappé, la voix douce de morrissey ou aigre-douce de donovan qui se déversait dans mes oreilles pendant que T. parlait, je recherchais quelque chose qui aurait dû me sauter aux yeux.
ensuite j'ai lu,
ensuite j'ai éprouvé le besoin de commencer à écrire le compte rendu dans mon carnet, j'ai noirci de bleu environ trois pages, sans rien omettre, je rédigeais, c'est rare que je fasse ça, normalement je ne marque que les grandes idées.

j'ai marché du pont de levallois jusqu'à chez moi, hier je faisais ce trajet en tenue de sport et en courant, j'étais essoufflée et mes muscles se paralysaient, il était dans les 21 heures, j'étais complètement en sueur, habillée d'un short en pilou bleu marine, d'un sweat à capuche de la même couleur et de mes new balance. à mon retour j'ai vidé à coups de gorge une cannette de pepsi max, j'ai pris une douche agréable, je me suis enroulée dans un pyjama, le plaisir d'être plus propre que les vêtements qu'on porte, puis ma robe de chambre et j'ai parlé avec ma mère du vendeur du Printemps sur lequel ma soeur a "flashé", aujourd'hui elle est allée le revoir, elle a un peu parlé avec lui, ça lui avais pris comme ça, pour rien, ou pour le ras-le-bol d'être encore seule.
ma mère en était arrivée à dire que les garçons bien étaient difficile à trouver, qu'ils voulaient tous "la même chose", je lui ai répondu que c'était faux, que j'en connaissais plein qui étaient bien, (un peu trop même) et qu'ils sont juste bien cachés, que ce ne sont pas eux qui accostent les filles dans la rue et que Baptiste était comme ça, un "garçon bien". "je l'aimais bien Baptiste, c'est dommage, c'est rare les garçons comme ça...gentil...catholique...tu penses que tu peux te remettre avec lui?", je lui ai répondu que je ne savais pas, peut-être, "c'est pas comme s'il était mort, la vie est longue", je disais ça sans trop y croire et j'étais retournée sur mon ordinateur et devant Rois et Reine sur france 3 que Baptiste m'avait lui-même fait découvrir. un peu plus tard vers les trois heures du matin j'ai rapporté la discussion à ma soeur et elle m'a dit "je l'aimais bien baptiste". elles tiennent à faire naître du regrets en moi mais ce sentiment-là m'a presque entièrement quitté.
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mes talons claquaient sur le trottoir, et une voiture de police n'arrêtait pas de faire des tours, de passer devant moi, comme s'il y avait un couvre-feu dans cette ville de merde, comme si j'étais en route pour un trafic de drogues avec ma petite veste de minette et mes talons qui claquent, "putain mais ils sont cons...".
de façon prévisible tout le monde dormait dans la maison, je me suis déshabillée, je me suis pesée, j'avais un peu maigri avec tout ces repas ratés, j'ai pris une douche en ouvrant l'eau au minimum pour ne réveiller personne, le gel douche et le shampooing, la douche de la réconciliation, celles qui éclaircit les idées, qui éclaircit les paupières grimées de fard à paupières gris, l'eau qui glisse sur la tête. énormément de chose s'étaient passées, et il fallait tout repasser en revue à la manière d'un visionnage intempestif d'une vidéo de surveillance.
ensuite j'ai ouvert une cannette de pepsi max et je me suis mise au travail d'écriture. j'ai pensé au couple que formait X et sa copine, à sa bibliothèque et au tapis blanc qu'ils ont mis dans le salon, est-ce que P. voyait où se dirigeaient mes yeux quand je portais mes ray-ban.


New Order - leave me alone

mercredi 23 juillet 2008


à la fnac de la défense ils ont réapprovisionner leur stock de romans de bukowski, j'ai l'impression qu'ils y sont tous, ils y en a beaucoup, une grande lignée de livres de poche au nouveau design assez moche qui s'éloigne tout à fait de l'idée qu'on peut se faire d'un livre, une police dégoûtante, sûrement Arial et des illustrations piquées dans des banques d'images. La librairie de la fnac défense est très pauvre, on ne trouve rien, on ne peut pas y aller avec le projet de découvrir un nouvel auteur par un hasard programmé, non il faut savoir ce que l'on veut, si possible quelque chose de pas trop pointu.
Avant je me rendais à la fnac sans savoir par avance ce que je ramènerais, j'étais encore trop jeune pour m'aventurer plus loin que la défense et j'avais l'impression que la littérature se résumait aux rayons littérature de cette fnac, qu'il y avait devant moi quelque chose d'abouti dans lequel j'allais prendre mon temps et y extraire quelques précieux pans. Aujourd'hui j'y suis retournée par désoeuvrement, ça va faire plusieurs années qu'y réside la même femme brune un peu âgée au regard sévère de professeur de français, elle m'intimide, je n'ose même plus y passer des heures, elle doit être sympa mais avec elle le client n'est plus le roi qu'il pensait être. aujourd'hui elle conseillait une femme qui était sûrement en train de se constituer un stock pour les vacances, j'ai alors eu l'occasion d'entendre sa voix s'étirer sur de longues phrases, je retiens son "avant j'aimais beaucoup mais j'ai pas envie de la relire maintenant" à propos de Duras, et la grande pile dégoulinante de livres que la femme avait posé sur le petit tabouret d'appoint et qu'elle a soulevé avec la même application qu'on aurait pris pour porter un bébé. Contente de ses excès, elle a conclut sur quelque chose qui ressemblait à "avec ça j'ai de la lecture pour longtemps" mais qui n'était pas ça, et la libraire sévère est retourné derrière son petit guichet où son mutisme l'attendait.
J'ai toujours bien aimé tous les papiers et dossiers que les magazines consacrent aux lectures de l'été, sur internet il y a même des gens qui demandent désespérement à ce qu'on leurs prodigue des conseils de lecture, ils ne peuvent pas se débrouiller tout seuls, il ne savent pas ce qu'ils aiment, ils ont peur de réaliser à la 642eme page qu'ils se sont farcit une grosse bouse pendant tout l'été. De mon côté, je le passerai à réduire la tour de pise qui s'est formée près de mon oreiller, mon mode de fonctionnement inconscient : pour un livre lu je me félicite de ma coopération en en rachetant trois, si possible les plus volumineux, certains attendent depuis 4 ans comme le "petit déjeuner chez tiffany" que je viens de commencer; je me dis que viens toujours un moment où les besoins de l'âme concordent parfaitement avec le thème d'un vieux livre encore jamais ouvert et qu'il faut juste attendre, et tant que la lecture ne sera pas régit par des règles même pas par celles de pennac, qu'il existera autant de rapport à la lecture qu'il y a de gens sur terre et que la lecture restera ce terrain où chacun s'empare de ce qui lui semble le plus bénéfique pour lui-même dans les quantités qu'il souhaite Howard Buten continuera inlassablement de prendre la poussière sur ma table de nuit.

dimanche 20 juillet 2008

ce soir j'ai fini ma lecture d'"Un homme qui dort" de george perec, un petit livre de 140 pages qui m'a pris 3 jours, charlette l'avait acheté pendant l'année, je l'avais feuilleté pendant qu'elle et cécilia commandaient du mcdo, je trouvais ça bien, ça me faisait penser au "Je mange un oeuf" de nicolas pages, la phrase-verbe dans tous ses états, "j'achète du pain, du jambon et du dentifrice, je rentre, je me déshabille, je me lave", ça et rien d'autres sur plus de 200 pages, ce que sur la 4ème de couverture de perec ils appellent "l'expérience de l'indifférence", ce qui m'avait attiré, passant moi-même de plus en plus par des périodes d'insensibilité généralisée, mais ça ne dure pas longtemps et ça finit toujours par évoluer en dépression. Dans le livre de nicolas pages ça le faisait, malgré l'extrême facilité du procédé et la paresse qu'on peut y deviner, perec c'est autre chose, le lecteur arrive toujours à deviner l'humeur dans lequel l'écrivain éxécute un livre, chez George Perec il y a ce petit côté "Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur", quand la littérature se pare d'un L majuscule, que la lecture devient récitation d'un psaume. "l'expérience de l'indifférence", l'indifférence du roi Perec vs. les autres, la masse.

Un peu dégoutée et énervée par ma lecture de Perec, j'ai tout de suite enchaîné sur "Petit-déjeuner chez Tiffany" à la façon d'un verre de lait qui ferait passer le mauvais goût du sirop pour la toux, et là j'y ai retrouvé les joies toutes simples d'une plume salingerienne, les passages qui me font sourire, me mettent les larmes aux yeux, comme celui-ci
Je découvris en observant la coreille à rebuts devant sa porte que ses lectures habituelles consistaient en digests, dépliants de voyages et cartes astrales; qu'elle fumait une variété ésotérique de cigarettes appelée Picayunes, qu'elle se nourrissait de fromages fermiers et de toasts Melba, et que son bariolage capillaire n'était point exempt des secours de l'art. Je découvris également aux mêmes sources qu'elle recevait des lettres du front par sacs. Ces lettres étaient toujours déchirées en longueur comme pour marquer des pages. Il m'arrvait de temps à autre pour mon usage, de ramasser une de ces marques en passant. "Te souviens-tu?" ou "tu me manques" ou "il pleut" ou "je t'en prie, écris" et aussi "malheur et damnation" étaient les mots qui revenaient le plus souvent sur ces langues de papier. Ca et aussi "solitude et "amour".
"J'appris aussi qu'elle avait un chat et jouait de la guitare. Les jours où le soleil tapait dur, elle se lavait la tête, et elle et le chat, un matou, écaille et tigré, s'installaient ensemble sur l'échelle d'incendie pendant que ses cheveux séchaient au son de la guitare. Chaque fois que j'entendais la musique j'allais m'asseoir sans bruit près de ma fenêtre. Elle chantait d'une voix rauque et cassée d'adolescente qui mue. Elle connaissait tout les airs en vogue."

Juste pour revenir un peu sur Salinger,
salinger ça a toujours été ce que j'ai souhaité accomplir en écriture et aussi ce que je me sentais capable d'accomplir, les thèmes à aborder pour que ça marche : l'innocence, la réflexion anodine, les remarques anecdotiques mais lourde de sens, l'errance, la solitude juvénile, le look preppy, la nostalgie d'une vérité perdue en même temps qu'une innocence, le graffitis grossier qu'holden caulfield efface du mur de l'école de sa petite-soeur pour ne pas que les petits le lisent, et puis derrière ces trois ouvrages miraculeux un écrivain dont on ne sait rien mais dont on peut facilement imaginer un mal-être gigantesque, un refus catégorique de se baigner dans la même eau que les autres, et aussi ce refus d'être médiatisé qui confirme l'immense sincérité et pureté de salinger. A 13 ans, tout ça me grillait le cerveau, toute cette beauté c'était insoutenable.
Je compte relire Salinger, je ressens le besoin d'un retour aux sources, c'est à partir de la lecture de l'attrape-coeurs que j'ai commencé à écrire sérieusement, le premier blog ouais bon, pour le lecteur ce n'est que peu de choses mais de mon côté j'ai l'impression qu'il s'agit de revenir sur toute ma vie quand je parle de ce commencement.
Au début je plagiais gentiment salinger, disons que c'était plutôt inconscient, ce qu'on appelle de "l'intertextualité", une naïveté dans la façon de tout déballer sans trier qui m'appartenait et des "et tout" de conclusion directement empruntés à salinger, à cet âge je n'avais pas d'ambition sinon celle de recopier ce que je jugeais beau, l'innocence se plaçait là où maintenant se trouve le besoin de reconnaissance, l'envie d'avoir sa place quelque part en littérature, de survivre à quelque chose, je n'avais rien à défendre et tout à construire, aujourd'hui ma situation n'a pas tellement changé mais il faut juste se battre calmement pour ne pas se pervertir, s'user tout à fait, se souvenir de ce qui nous a façonné, sans cesse avoir en tête que la littérature et le travail d'écriture m'ont littéralement tout apporté et que rien d'autre n'a été capable de ça.