"Peut-être qu'au moins dans la journée il faut faire sa page : parce qu'au moins on est content d'avoir fait sa page" Hervé Guibert
"j'ai soudain senti que je m'étais rééduqué moi-même, et justement par le processus du souvenir et de l'écriture" Dostoïevski
"Ce qui est exprimé est résolu, dit sa profession de foi." Thomas Mann
"Règle d'or : laisser une image incomplète de soi..." Cioran
samedi 10 mai 2008
elle m'a dit "ah non mets le jean d'hier et pas ces baskets"
"les talons?"
"oui, et tu prends une paire de baskets pour le trajet"
les nouveaux talons de 8cm,
je lui demande de me faire la monnaie de mon billet de 50 euros.
je porte une chemise gap blanche très légère et assez longue avec des rayures rouges tellement fines que de loin la chemise paraît rose. j'ai ma veste marron en velours, mon jean uniqlo, mes talons et mon nouveau sac bleu marine hervé chapelier, dedans il y a entre autres un petit foulard beige fleuri, il y a deux jours j'ai chourré tous les beaux foulards fleuris de ma mère, elle ne les porte plus, elle n'y pense même plus.
ça va faire un paquet de temps qui s'est facilement accumulé en année, peut-être deux ans, qu'on avait pas fait un tel rassemblement, on sera quelque chose comme douze personnes, on a rendez-vous au Hide Out, le bar de la dernière fois et ce choix a été fait sans que j'intervienne, M. dit que c'est la synchronicité.
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du bout des doigts je mets du volume dans mes cheveux, défense de se mettre les cheveux derrière les oreilles pendant toute la soirée, ne pas oublier de ne jamais le faire, je dois garder une importante masse de fils marrons autour du visage car ça m'embellit. en attendant l'ascenseur je fais une check-list du minimum vital qui jalonne le chemin vers la bonne soirée : clé, portable, chewing-gum, portefeuille, carte imagine-r, livre.
mes talons me font rater mon train, je ne peux pas courir et il repart devant mon nez, alors une fois dans le train je troque mes talons contre ma paire de feiyue, c'est assez gênant d'enfiler des chaussettes devant des inconnus, surtout qu'au moment de la deuxième chaussette un mec vient s'asseoir en face de moi, mes pieds sont maculés de traînées marrons à cause des chaussures, je passe pour une fille sale.
vers 19h20 je marche vers le hide out où une bande d'adultes me regarde de loin, ça reste intimidant, certains ne m'ont encore jamais vu et je sens leur opinion se tricoter sur le moment, je fais la bise à tout le monde, voici une partie des personnes avec qui je vais passer la soirée, forcément jusqu'au dernier métro. les premiers contacts sont toujours difficiles, le temps a passé, ce qui fait que je redécouvre les personnes déjà croisées, M. est là, nous nous sommes vus il n'y a pas très longtemps seul à seul, c'est une difficulté en moins.
je passe des journées entières à discuter indirectement avec ces gens sur toutes sortes de sujet qui vont de la mort de pascal sevran au nouveau clip de justice et ça fait 3 ans que les choses se passent comme ça, je n'ai jamais arrêté, j'ai toujours voulu être là, j'ai parfois l'impression qu'ils m'ont beaucoup appris et qu'ils sont même responsables de certaines choses dans mon style d'écriture.
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P. arrive avec sa copine, il habitait encore récemment dans les dom-tom, c'est un bel homme, baraqué, bronzé, beau et vif qui nous ne ressemble pas tellement, nous les gringalets urbains, blancs et mous, il est en forme, ne se néglige pas et ça fait plaisir à voir, c'est un homme épais, vivant et épanoui qui a nagé dans la mer et marché pieds nus plus souvent que nous.
il me tend son cadeau qui ouvre le bal à une déferlante de cadeau, nos corps debouts forment un cercle intime qui s'agrandit au fur et à mesure que les gens arrivent, tout le monde me chante "joyeux anniversaire" et je suis gênée, je leurs dit d'arrêter mais une voix en entraîne une autre.
son cadeau : le petit canard vibromasseur "format travel" facilement reconnaissable, il est rose irisée et pour l'instant inoffensif car dépourvu de sa pile, il a l'oeil sournois.
j'ouvre les autres
- un petit livre usé de la collection milles et une nuit de raoul vaneigem "avertissement aux écoliers et lycéens", un mec difficilement compréhensible pour l'instant.
- un vernis bleu marine Dior, mon pseudo sur le forum est "vernis rouge" et j'avais dit à B. que ma couleur préférée était le bleu marine.
- "l'affaire N'Gustro" de J-P Manchette, un livre policier, une chose que je ne lis jamais mais les premières lignes présagent de bonnes choses.
c'est à ce moment-là, après les remerciements et la sensation touchante d'un acte d'achat qui m'a été consacré, qu'A. décide d'intervenir dans l'histoire. il porte une chemise blanche, la première et dernière fois elle était noire et dans ma tête les deux images se répondent. je ne peux m'empêcher de penser à sa chanson "never been happier" (qu'on peut écouter en fin de radio vernis numéro 2) quand je le vois, c'est comme ne pouvoir s'empêcher de penser aux beatles en voyant paul mc cartney, certaines choses sont positivement indissociables. je le présente au reste de la bande, récitant les pseudos de chacun, il sert les mains et reconnaît les gens une fois le pseudo annoncé, c'est une situation très rigolote, une des nombreuses qu'internet peut rendre possible.
je lui dis que j'ai pensé à lui et il me dit "moi aussi" en me sortant un paquet rouge Virgin quand moi je le tend un sac Fnac. il sort le coffret des Six Contes Moraux de Rohmer, je voulais lui montrer que mes paroles précédaient souvent des actes et que j'oublie rarement les choses que je promets. Les gens veulent toujours nous prêter des tas de bouquins, de cd et de dvd mais n'y pense jamais, moi j'essaye de m'en souvenir. et là en y réfléchissant je me dis que lui prêter rohmer c'est aussi devenir indissociable de ce qu'il va regarder, être associée à rohmer c'est une occasion à ne pas perdre.
son paquet est épais et renferme un coffret 3 dvd de l'abécédaire de Gilles Deleuze, et là survient encore l'histoire de ces personnes indissociables de certaines choses, je repense à Baptiste qui m'avait filé le torrent de cet Abécédaire, je n'avais pas tout écouté par faute de temps, puis je n'ai plus jamais eu le temps. avec le coffret il y a un recueil de nouvelles, "la muraille de chine" de kafka. je me souviens avoir été émue, je savais combien tout cela devait valoir et que je ne méritais pas autant et je sentais dans tous ces cadeaux la même volonté de me faire plaisir et j'y étais plus que sensible si on ajoutait le fait que je ne connaissais pas bien voire pas du tout ces personnes que j'aimais pour mes raison d'un amour sincère.
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je parle avec D., deux ans plus tôt houellebecq était déjà notre principal sujet de conversation, il me parle aussi de zemmour et de soral comme toujours, il connaît zemmour, il lui écrit des mails, il fait aussi partie d'une sorte de parti politique créé par soral, il me raconte ses problèmes de rangement, son manque de volonté qui fait qu'à partir du moment où il ne veut pas ranger il ne peut rien faire, ni chercher du travail ni rien, il a besoin d'un bureau, d'ordre, il a comme tout le monde des projets, c'est pas le genre de choses qui manque chez les gens, la différence c'est que certains se bougent le cul. je lui dis de ne pas réfléchir, de se lever un matin et de tout ranger, et puis au milieu de la conversation il m'embrasse la joue avec, je peux le sentir, beaucoup d'affection peut-être même toute son affection, et il ajoute"et au fait merci de m'avoir invité, je sors pas souvent ça me fait vraiment du bien", j'y repense souvent car c'était spontané, inattendu, ça m'a fait perdre mes moyens, je lui ai répondu qu'il faisait partie de la bande et qu'il serait invité à tout nos rassemblements, que c'était naturel. tout ces propos reflétaient un réel désespoir qui ridiculisait totalement le mien, après ça je n'avais plus le droit d'être malheureuse, ni de me plaindre.
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pendant la soirée j'ai eu le droit à une dizaine de baiser sur la joue qui m'ont tous vraiment plu, ce geste enfantin contrastait joliment avec les personnes adultes qui me les donnait. A. m'embrassait sur les cheveux, c'était bienveillant et protecteur.
je remarque que les adultes se rendent compte de l'importance, de la signification d'un vrai baiser donné sur la joue, ils savent que c'est un geste de gratitude, d'affection simple indépassable et parfois bouleversant. maintenant je pense à cécilia et julie qui parfois me prennent par surprise et m'embrassent sur la joue, elles savent que je n'aime pas trop les contacts physiques mais je commence à m'y faire.
à suivre
mercredi 7 mai 2008
04H. benjamin est fatigué, je lui demande une seule fois de rester et ensuite je n'insiste pas, il dormait sur la table, les bras croisés, les cheveux humides à cause de la danse. après notre baiser il s'est éloigné, j'aurai dû le lui donner plus tard pour qu'il reste à côté de moi, je m'en veux d'avoir cédé. je l'accompagne jusqu'à son noctilien, j'avais un peu froid et je n'avais jamais vu paris aussi calme, mes pas et ma voix aussi sonores, l'idée d'une ville me paraissait enfin simple et paris pour la première fois n'était plus quelque chose qui me dépassait, que je n'arrivais pas à cerner, tout me semblait organisé, les rues et les trottoirs, les magasins d'habits et les bars, les agences de voyage et les bureaux, c'est ici qu'apparemment les vies se déroulaient.
on parle, je suis un peu fatiguée et je ne dis pas des choses forcément intéréssantes, lui me raconte qu'il aimerait ne plus avoir à boire pour s'amuser, que quand il boit trop il se dégoute et là je deviens un peu plus grave, là je le regarde et je lui dis que c'est triste. je ne connais pas ces/ses problèmes, ils me semblent loin devant moi, peut-être plus à ma portée que je ne le pense, je n'ai jamais été saoûle et je ne bois jamais parce que je n'aime pas le goût de l'alcool, ça n'a rien à voir avec la morale, ma mère n'a jamais eu à s'inquiéter pour ça, je suis pourtant du genre à user excessivement de ce qui me fait du bien, des douches et du coca light par exemple, mais concernant l'alcool rien n'a encore commencé et j'ai toujours pensé assez naïvement qu'il suffisait de deux choses peu quotidiennes pour s'amuser : danser et "faire des rencontres", rarement autre chose.
on finit sur une note triste et il me fait la bise. je repars en courant à toute allure vers le bar.
5H. la soirée se termine comme une chanson qui finit en fondu, le son baisse progressivement jusqu'à la prochaine plage, c'est aussi déchirant que la fin d'un voyage. rodolphe loïc et les autrichiennes sont définitivement dehors, appuyés à une voiture, sarah et john aussi (il me dit qu'il s'appelle john goodman, c'est le nom d'un acteur je crois) , je suis à l'intérieur avec maurad et ses trois amis, je m'approche de lui pour pouvoir l'entendre, je lui parle de son visage qui est spécial, il me parle de son métier et de la couleur indeterminée de ses yeux, que ça pose problème au commissariat, j'imagine son visage dans la lumière de la journée, je ne le connaitrais que dans l'ombre. vers 05h30 je fais la bise aux quatre garçons du bar en ne sachant pas quoi penser, s'il faut prendre ça comme un adieu car j'ai en tête qu'on fait plus d'adieu qu'on ne le pense. rodolphe et loïc, eux ont dit adieu à leurs deux autrichiennes pendant que je parlais à sarah du drame de ne pas pouvoir communiquer tout à fait avec la fille que rodolphe embrasse et qui ne parle pas la même langue que lui, si ça se trouve ils aiment les mêmes écrivains mais ils ne le sauront jamais. leurs langues étrangères qui ne prononcent jamais le genre de même son s'embrassent quand même
on marche à cinq dans la rue, on est une bande provisoire, on parle fort en attendant de tomber sur le métro, c'est le moment tant spécial où il fait jour et où les réverbères sont encore allumés, je lance l'idée d'un petit déjeuner, on cherche un truc ouvert, je suis prête à claquer mes 10 euros pour tout le monde, je commence à avoir faim : c'est le début du recommencement des choses normales, la faim, la soif, la fatigue.je me vois bien acheter cinq croissants mais vraiment rien est ouvert alors qu'il est
6H. j'attends le métro qui reprend doucement sa fréquence normale, pour l'instant il faut encore patienter 12 minutes et j'ai le temps de prendre quelque chose dans le distributeur. une pièce de 2 euros et la liberté de choisir entre n'importe quelles cochonneries, je voulais les madeleines mais il n'y en a plus. à la place je tape le numéro du kinder bueno white, je le mange carré par carré, l'emballage fait du bruit sur le quai silencieux, c'est rudement bon, je pense aux petits enfants qui mangent ça tous les jours à l'heure du goûter avec une brique de jus de pomme, je me dis qu'il n'y a plus que la nourriture qui puisse me rappeler à mon enfance, même les dessins animés sont maintenant en trois dimensions et incompréhensibles.
un homme s'est endormi sur sa chaise et le métro arrive, j'hésite à le réveiller, il est plutôt beau mais le sommeil c'est sacré, finalement il se lève au dernier moment et je regarde ses cheveux dépassés de son siège et l'écouteur blanc dans son oreille jusqu'à Saint Lazare.
saint lazare est vide, il faut encore du temps pour que les personnes qui le peupleront se réveillent et s'habillent, les grillages des magasins fermés comme des paupières, le petit vent qui traverse les rues. je prends le train qui part tout de suite, je ne sors pas de livre, j'écris juste dans mon carnet les idées qui me sont venues et les choses qui me sont arrivées durant la soirée, benjamin qui m'offre une rose trouvée dans une poubelle, ces choses dont je n'ai pas parlé, ce sera dur de ne rien omettre et j'ai conscience du travail qui m'attend, devoir douloureusement repenser à tout.
chez moi tout le monde dormait, je passe devant les chambres, j'ai la vision de toute la famille qui dort en me faisant dos, il était un peu plus de 7 heures du matin et mon père se réveille souvent par là, je m'attendais à une confrontation, à des explications balbutiées, et pourtant tout se passe étonnament comme je l'ai souhaité sans l'espérer, j'aurai pu prendre le métro à 02h et ne rien vivre de ce que vous venez de lire.
j'entre dans ma chambre, et je pose mes affaires, il y a encore les cadeaux de ma mère sur mon lit, je mets tout par terre et j'ouvre la couverture au cas où mon père se réveillerait, je devrais alors faire semblant de dormir. je me déshabille, je prends mon temps pour me laver le visage, me démaquiller les deux yeux, je vais dans la cuisine déjeuner silencieusement debout face à la fenêtre, des biscuits et du lait tiède que je viens de sortir car il n'y en a plus dans le frigo, le ciel est blanc et le soleil rond et orange, j'ai l'illusion d'être matinale, aujourd'hui j'ai vu le jour alors je peux me permettre de dormir toute la journée. je me réveille à 14h sans savoir que ma mère n'a pas l'intention de me gronder.
dimanche 4 mai 2008
il n'a pas d'imprimante et rodolphe et loïc non plus, ils viennent avec nous. j'imprime pour tout le monde est au dernier moment il me dit que ça va craindre, qu'on risque de ne pas pouvoir rentrer, rendez-vous chez lui, on verra après ce qu'on va faire.
je marche à pied jusqu'au pont de levallois, j'ai passé ma journée dehors, il faisait vraiment chaud, je sentais la sueur sans odeur sur des zones de mon corps, j'ai d'abord marché, j'ai regardé les personnes au soleil puis je suis allée voir l'exposition de Valérie Mréjen au Jeu de Paume. le musée fermait à 19h et je n'ai pas eu le temps de faire la deuxième exposition, je devrais revenir, repayer 4 euros, c'est pas trop grave.
quand je suis revenue à la maison il y avait ma mère qui bloquait l'entrée avec une de ses valises, elle m'a faite la bise et puis elle m'a dit "waaw" en me voyant, elle m'a dit que mes cheveux étaient beaux, je sais que j'étais plutôt belle ce jour-là, j'avais pu le voir à plusieurs reprises dans mon reflet sur les vitres des voitures.
elle avait mis les cadeaux sur mon lit, je lui avais pourtant dit de ne rien m'acheter, je voulais vraiment rien des etats-unis, j'imagine toujours qu'ils n'ont rien de beaux dans les boutiques, les meufs sur mtv s'habillent toujours trop mal.
il y avait deux sacs ralph lauren que je n'ai pas aimé, 3 débardeurs de chez gap que sa tante m'offrait, un t-shirt las vegas avec lequel je ne me voyais que dormir, des pantoufles en fausse fourrure rose qui allait bien avec mon jean, je les ai tout de suite aimées.
je regarde ma mère ranger les affaires tout en mangeant un esquimau aux fruits rouges et à la glace à la vanille, ceux qu'on a acheté hier chez franprix.
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je suis chez philippe, c'est la deuxième fois que je viens chez lui, la troisième fois que je le vois. je suis la première a arriver, depuis sa pendaison de crémaillère il y a des meubles et ses livres. beaucoup de camus, de jack london (lol), un sweig, les bukowski, des mangas, les boris vian et dans sa chambre tous les john fante et "nouvelles" de salinger dans le tas.
il a une idée, il va faire un brownie et moi je vais l'aider, on sort les ingrédients, il me dit qu'il fait la vaisselle au fur et à mesure qu'elle arrive et qu'il attend pas que ça s'empile, je lui dis que c'est ce qu'il faut faire mais comme tous les garçons qui font la vaisselle il ne frotte pas assez vigoureusement et il gâche beaucoup d'eau, je lui apprends qu'il faut plutôt mettre le liquide vaiselle sur l'éponge que sur les objets, ça en gâche moins. je lui propose aussi de faire la vaisselle et il me répond "non c'est bon, mais tu peux essuyer", je lui rétorque que c'est le truc le plus nul.
on fait le brownie à partir d'une recette écrite sur un bout de carton, il en a environ 5 comme ça, elles sont appuyées contre le mur, je lui dis "oh c'est mignon, c'est ton livre de cuisine".
on fait chauffer le beurre et le chocolat, on met le sucre, les oeufs, la pincée de sel, on discute un peu de son mini-four, du fait qu'il soit végétarien.
une fille qui s'appelle sarah arrive, elle a emmené une bouteille de jus de pomme et une autre de vodka, elle reste seule au salon, elle fume par la fenêtre pendant qu'on fait le gâteau, je pense qu'elle regarde ce qui se passe à l'intérieur des autres appartements car quand j'étais venue c'était ce que j'avais fait sauf que moi c'était justement pour éviter la fumée des autres.
c'est assez calme, parfois personne ne parle mais on s'en fiche, on est ensemble, je ne les connais pas très bien mais je suis contente d'être ici, j'aimerais passer une grande soirée.
benjamin arrive, il sonne comme un épileptique, on peut vite le reconnaître. on est amis MSN depuis assez longtemps, peut-être 3 ans ou 2 ans et demi alors. ça fait aussi la deuxième fois que je le vois, il s'est coupé les cheveux, il porte une chemise à carreaux et un sweat à capuche, un jean un peu serré et des converse basses toutes noires avec des lacets blancs trop fins.
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vers 23h on sort de l'appartement, on a un peu discuté, ils ont bus des cocktails avec des dégradés de couleur, on a regardé une vidéo sur youtube qui était drôle, philippe a dit qu'il fallait laisse reposer le brownie 2 heures alors on l'a laissé se reposer pendant que nous on allait faire la fiesta, j'ai appelé ma mère, elle ne veut pas que je passe la nuit dehors, elle veut que je rentre avec le dernier métro, mais elle me le dit gentiment.
on a rejoint rodolphe et loïc dans un bar plus petit que ma cuisine à bastille. rodolphe était content de me revoir et moi aussi j'étais assez impatiente, je ne l'ai vu qu'une fois le jour du nouvel an, je ne le connaissais que depuis, je sais pas, 4 jours sur internet, j'avais oublié qu'il était beau comme ça, une petite tête vraiment adorable, des yeux un peu brillants. j'aime vraiment ce qu'il est, son indépendance et sa gentillesse.
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on va chez "Les Disquaires", j'avais entendu parler de ce bar dans Technikart. on rentre et on danse presque directement, quand je vois rodolphe ou benjamin le plus souvent je sais qu'on va danser, j'ai toujours dansé quand ils étaient là, je suis connue pour ça. au début je suis dans mon coin, je me réapproprie mes pas préférés, à un moment je sens qu'il n'y a plus grand monde sur la minuscule piste et que je suis un peu au milieu, je ne lève pas la tête, je danse avec benjamin, loïc ou rodolphe, je donne tout, j'ai très mal au corps et au coeur mais j'apprécie la douleur, je me sens en vie et des gens me regardent, par respect pour eux je continue mais je me sens vraiment à bout. parfois je m'écrase sur le mur pour reprendre mon souffle, je demande un verre d'eau au barman, tout le monde est là pour discuter et boire de l'alcool et moi je suis là pour danser et boire de l'eau, je n'ai pas encore tout compris. quand je commande mon verre d'eau j'entends un rabat-joie à côté qui dit à son copain "de l'eau...mais plus personne n'en boit aujourd'hui", il se moque un peu mais j'ai pas le temps de m'occuper de lui je dois aller danser sur les tubes des années 80.
après une de mes danses un mec qui porte un masque de nounours s'approche de moi et me parle, j'entends rien alors je lui enlève son masque, il porte des lunettes et il me demande "t'es danseuse?" je suis très flattée et je lui réponds "non c'est juste que je sors pas souvent" et il rigole un peu, je retourne sur la piste, il est dans les 01h30 du matin, je dois bientôt y aller, quitter mes amis. rodolphe me dit qu'il peut parler à ma mère, que pour une fois qu'il est là il veut que je passe la soirée avec eux, mais je suis raisonnable, je fais la bise à tout le monde, benjamin exige un bisou sur la bouche, je suis triste de partir alors je le lui donne. je prends ma veste et traverse la petite foule.
ensuite ce qui se passe c'est que je me perds, je ne trouve pas le métro ou alors je le trouve trop tard et il est déjà 02h, 02h15, je sais qu'inconsciemment je voulais le rater pour rester avec mes copains et que mon corps a obéit. je les rappelle pour qu'ils m'aident à les rejoindre, qu'ils viennent me chercher.
on se retrouve devant le passage du cheval blanc, le truc de technikart, je suis sur le trottoir d'en face, il se moque gentiment de moi, la fille qui a raté le métro et qui va se faire taper par sa mère. je lui écris un texto et je lui mens "je vais dormir chez une fille qui s'appelle sarah".
il y a rodolphe, un ami à lui, loïc, philippe, benjamin, sarah, moi et deux autrichiennes qui trainent depuis 3 jours avec rodolphe et loïc, elles parlent pas français, elles ont 17 ans et elles sont souriantes, parfois rodolphe embrasse son autrichienne dans la rue.
on marche pendant près d'une heure, je sais pas où on va, benjamin parle à tous les gens qu'ils croisent, il chante sa chanson serbe, il apprend le serbe en ce moment, il nous parle que de ce pays et on rigole.
après il fait n'importe quoi comme ci la rue était à lui, il mange des restes de mcdo qu'ils piochent dans les poubelles, des frites et des bouts de fromage tout en me tenant par l'épaule, il me dit "mais c'est gratuit, c'est gratuit" et il me parle de ce mouvement aux états unis, des gens qui mangent que des invendus ou des trucs dans les poubelles. je lui dis que j'avais vu un reportage là-dessus dans tracks, c'était y'a très longtemps, je regarde plus tracks.
je finis par lui dire que c'est moi ou les poubelles et c'est là qu'il arrête, il insiste pour m'embrasser, il me tend ses lèvres et je lui dis "non pas maintenant pas devant les autres". on marche une heure, on prend aussi le bus, je suis à côté de lui dans la lumière bienveillante du bus, autour de nous des gens vivants et éveillés, benjamin qui est très beau et qui est à côté de moi, la nuit parfaite qui nous appartient. ça doit être là qu'il a commencé à prendre mes mains et à les trouver jolies. parfois il parle des autres filles et de moi qui suis différente, je sais qu'il ne me connait pas bien et je finis par lui dire qu'il n'est pas obligé de me flatter, qu'il peut me parler normalement et il me dit "d'accord".
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on va dans un bar qui s'appelle le Hide Out, je suis souvent passée devant, c'est à Chatelet, ça fait un peu peur vu de l'extérieur. à l'intérieur tu entends de la musique souvent nulle, il y a un dancefloor très petit et très sombre au sous-sol, le sol est sale et mouillé, le son trop fort, je reste sur les tables en bois avec les verres de bière brune et blonde, il y a l'ami de benjamin, maurad. un garçon super beau que j'avais déjà vu en photo, il y a son pote à côté, personne ne m'a dit son nom mais on a parlé ensemble pendant la nuit avec deux autres garçons, j'ai oublié leurs noms mais j'étais souvent avec eux.
de notre arrivée jusqu'à environ 05h30 du matin tout s'est passé ici, soit dehors, soit sur les tables, soit sur le dancefloor, le sol pour danser. en y repensant ça avait quelque chose de magique et d'idéal, on se regardait tous, on parlait, les gens sortaient dehors pour fumer, j'arrivais toujours à en trouver un pour aller danser avec moi même si j'y suis pas allée souvent, c'était sincère et tendre, j'arrivais enfin à ne plus me poser de questions.
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il y a les hommes autour que je croise plusieurs fois dans la soirée, il y en a partout. les quelques regards que j'arrive à attirer n'attestent peut-être pas d'un désir mais d'un intérêt et de ma présence en ces lieux. voir et être vue, entendre et être entendue, et ma mère qui n'appelle pas, qui dort pendant que sa fille a les yeux ouverts dans un endroit dans lequel elle ne devrait pas et même jamais se trouver, interdit aux moins de 18 ans, comme les films pornographiques, qui est dans paris, dans l'obscurité, entourée de garçons qui ont tous plus de 20 ans. viens l'inévitable moment où je m'imagine ce matin et ce que j'aurai répondu à la personne qui m'aurait annoncé le programme de ma nuit, je pense à ma télé éteinte, à mon lit fait, à ce qu'on rate quand on est raisonnablement chez soi mais qu'on ne peut pas faire autrement. je veux alors être une clubbeuse, une meuf de la nuit, david guetta.
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depuis le début, depuis chez philippe benjamin me fixe et me sourit benoîtement comme si j'étais une demeurée. j'étais là et je ne l'ai pas vu boire tant que ça, chaque minute je lui demande s'il est bourré ou si ça va et il me répond "nan ça va". il prend un tabouret et s'assied en face de moi, il me tend sa paume et je colle la mienne dessus. il approche sa tête et je le repousse plusieurs fois, je lui dis encore "pas devant les autres, pas devant tes potes, c'est trop déplacé". j'ai passé ma soirée à dire ça, "pas devant les autres, pas maintenant".
philippe veut y aller, il me dit qu'il veut pas être décalé et se réveiller tard alors il s'en va.
10 minutes plus tard benjamin m'embrasse très doucement avec la langue, j'en ai envie autant que lui, c'est l'un des plus beaux et des plus gentils garçons que j'ai pu croisé, il est tout ce que je ne suis pas, végétarien et libre comme ça se fait plus. il ne m'aime pas et je l'embrasse pour me consoler de tout ce qui n'est pas cette soirée. philippe revient juste à ce moment là, il a eu une embrouille avec des mecs dans la rue alors benjamin part l'accompagner jusqu'au noctilien, il va faire le tour du quartier pour retrouver le mec qui a embrouillé philippe, il est trop drôle.
pendant ce temps je parle à maurad et les autres, ils sont sympas j'aimerais bien être leur amie. j'ai dû sortir ma carte d'identité pour leur prouver mon âge et puis ensuite ils ont parlé de mes lunettes qui ne me vont pas et j'ai essayé celles de ceux qui en avaient et ils étaient tous d'accord pour me dire que ça m'allait mieux, après benjamin revient et on va danser un peu sur "upside down", le stroboscope c'est vraiment de la merde, je vois benjamin qu'une fois toutes les deux demi-seconde.
ils fument dehors et je les rejoins, la nuit est doucement fraiche comme un verre de lait froid, il y a du monde dans le bar d'en face, il y a du monde partout encore à 4h du matin, ça redonne foi en la vie, tu peux aller leur parler, c'est comme un mcdo qui ne ferme jamais, tu sais que tu peux y aller quand tu veux, que tu n'es plus seul, qu'il survivra au reste. on parle avec un couple trop beau, ça fait 4 ans et demi qu'ils sont ensemble, ça m'impressionne toujours autant les couples qui durent, je trouve ça émouvant. ils me disent que j'ai un petit air de Daria mais qu'il faut pas que je le prenne mal et je leurs dis que c'est pour moi un compliment.
à suivre
samedi 3 mai 2008
2 heures après j'y suis toujours, j'ai écouté défiler une vingtaine de fois le journal d'LCI, j'ai pu remarqué qu'ils ajoutaient à chaque fois un peu plus de précision à leurs sujets, ça me paraissait incroyable, le mec qui refait sans s'arrêter la même édition à peu de changement près. je sombre lentement, je sens le halo bleuté s'immiscer, vouloir faire partie de mon endormissement, de ce qui se passera après.
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maman revient demain, on a refait des courses, c'est mon père qui nous a dit de les faire. il s'est occupé des fruits, il a acheté des pêches, des citrons, des pommes et des tomates. toutes les pêches sont déjà trop mûres, il y en a plus d'une vingtaine, on ne sait pas comment gérer la catastrophe. mon père ne s'est pas se débrouiller, c'est encore un gamin qui ne distingue pas le bien du mal et qui n'a pas compris qu'on pouvait choisir une pêche mieux qu'une autre.
je l'imagine bien mettre tout dans le sac, grossièrement, sans s'offusquer de leur coin trop mou, certaines sont percées et le jus dégouline, certaines ne sont que des poches remplies de jus.
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quand j'ai séché les fruits je me suis rendue compte que ma peau était exactement comme la surface d'un citron, avec les mêmes pores aussi apparents, presque comme des cratères. la surface légèrement brillante, cireuse, qui correspondait à ma peau grasse, oui il y avait donc bien un citron qui s'était infiltré dans l'histoire de ma conception.
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il est une heure du matin, je reçois un texto de ma mère qui me dit qu'elle sait que je suis encore réveillée et qu'elle est au duty free, elle me demande si je veux un parfum en particulier. j'en parle à ma soeur, on trouve la situation amusante. ma soeur veut le parfum "pour elle" de narciso rodriguez, elle arrivait jamais à retenir le nom, elle en inventait toujours d'autres à consonance italienne et je la corrigeais à chaque fois. moi je lui demande "miss me" de stella cadente, je crois que re-sentir ce parfum me fera du bien, me projettera dans le passé mieux que n'importe quelle chanson.
en 2nd j'ai demandé un peu au milieu du cours à ma prof de physique si son parfum était bien "miss me" de stella cadente, elle m'a dit "oui, comment tu sais?" elle était très étonnée, je sais plus ce que j'ai répondu, après elle a dû me mettre dans un coin à part de son cerveau, j'étais la fille qui connaissait son parfum, un truc dans le genre.
pareil pour la prof d'svt, j'avais repéré son "miss dior chérie", mais c'était vers la fin de l'année et ce parfum pue puis tout le monde le connaît. je sais plus ce qu'elle m'avait répondu, elle devait être amusée. comme j'avais pas de bonne note je devais bien trouver un moyen de me rattraper.
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effort de mémoire
on a acheté
des yahourts sveltesse 0% à la vanille
des tranches de blanc de poulet
4 rouleaux de sopalin
10 knacki herta
(05h53, il fait bientôt jour)
des Smacks leader price
des fitness
une bouteille de coca light
des paille d'or framboise prix futé
des biscuits tartelettes à la fraise prix futé
des compotes sans sucres ajoutés parce que tout les soirs ma mère en fait manger une à emile, on l'entend crier "MAMAN...LA COMPOTE"
6 petites bouteilles d'eau
2 boîtes de petit pois
3 esquimaux enrobage fruits rouge/ intérieur vanille
des olives noires
des olives vertes dénoyautées
de la confiture allégée d'abricot
des biscottes allégées, je crois n'avoir rien oublié. on a payé 25 euros et des miettes
on voulait des sachets de salade et du fromage blanc zéropourcent mais il y en avait plus
on voulait aussi du thon mais on le trouvait cher et le thon ça se prend pas en prix futé,
aussi je voulais des surimis mais je sais pas, j'ai abandonné.
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10 décembre 1848 : louis napoléon est élu président de la république
2 décembre 1851 : il fait un coup d'état
2 décembre 1852 : proclamation du second empire
4 septembre 1870 : effondrement du second empire / proclamation de la république
ok désolée, c'était pour me tester.
jeudi 1 mai 2008
hier j'ai vu, il y avait du sang dans les toilettes, je recommencais aussi à saigner du nez, il y avait aussi du sang sur la brosse à dents, je sais pas ce qui se passe avec mes dents, je saignais de partout, c'était drôle, j'ai pensé que j'étais bien en vie.
ensuite je n'avais pas la force de vivre la fin de la matinée et le début de l'après-midi, entre 11h et 15h, j'ai mis ally mcbeal et je me suis rendormie jusqu'à environ 14h30, ça m'a fait du bien, j'aime raté plein d'heure de la journée, je suis dans mon lit, tant que je dors je me sens bien, ensuite je me lève et je me sens lourde et sale, je sens que ma peau est lourde et il y a la douleur au ventre. je prends une douche, je nettoie tout, je change de pyjama et je mange des petits pois, je prends un médicament et je bois un cappuccino, j'écoute "la tête au carré", la chroniqueuse parle de tous les poissons qui vont bientôt disparaitre ensuite le journal et le répondeur de "là-bas si j'y suis", il n'y a aucune bonne nouvelle nulle part.
je vais dans ma chambre, je sais que je dois réviser, au début des vacances j'ai fait une liste de choses à faire, beaucoup moins de la moitié est accomplie. je cherche un cd que je n'ai pas écouté depuis longtemps, je sors "l'absente" de yann tiersen, il y a un petit papier à l'intérieur du cd avec écrit l'endroit, le prix et la date à laquelle je l'avais acheter, c'était en 2004, j'avais 13 ans et je m'en souviens très bien, c'était un mercredi d'hiver. il y a quelques années je l'avais réécouter et ça ne m'avait rien fait mais là c'était autre chose, ça concordait avec mon humeur, trois chansons de l'album sont belles à en pleurer, deux en anglais, une en français.
la parade, , les jours tristes, l'échec,
c'est un album à avoir toujours près de soi, à portée d'écoute
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on arrive à Bastille, je lui dis que quand je faisais mon stage chez Technikart je prenais tous les jours le métro ici, je lui montre où se trouve les locaux du magazine, c'est juste à la sortie, passage du cheval blanc, dans une petite impasse. Bastille ce n'est que ça pour moi, mon stage chez technikart. on demande à un garçon de café qui fume une cigarette où se trouve le café de la danse, il me dit très précisément "première à droite, première à gauche". en traversant les rues je me souviens que Bastille c'est aussi ma première rencontre avec nicolas ker, assis autour d'une table au café de la plage, nous étions à côté, je lui adresse la parole, il pouvait encore fumer à l'intérieur, il ressemblait à un sorcier avec toutes ces volutes de fumée autour de son visage, le souvenir peut-être faussé par le temps d'un sourire ironique, un peu amer qui laisse découvrir des canines pointues, son ras du cou qui m'obsédait. de tout ça il doit ne plus s'en souvenir, il ne va plus jamais y penser pendant que j'y repense devant vous.
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on est appuyé contre un mur en face du café de la plage, julie fume une cigarette, comme nicolas ker, comme tout les fumeurs. au moment de l'écriture je me souviens vaguement d'une phrase que je peine à retrouver dans "La Chute" de camus, "celui qui est là est toujours le premier", dans le contexte ça voulait dire que celui qui était là, près de nous, tout de suite, était le gagnant, était celui qui avait survécu à tous les autres, qui avait fait en sorte de ne pas venir trop tôt, de ne pas appartenir tout de suite au passé, qui durait près de nous et j'ai cette image de julie qui est à côté de moi, avec moi, et les autres ne sont plus là, nicolas ker n'est plus là, baptiste n'est plus là, le passé est perdant, en pensant à eux ils n'ont pas assez d'incidence dans ma vie alors que julie peut me mettre une claque ou m'arranger ma chemise, pour moi elle a en quelque sorte gagné, c'est la première, et inversement j'ai gagné pour elle.
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Matthieu arrive, c'est un proche ami de baptiste, il annonce la venue de ce dernier et je suis un peu excitée, comme par réflexe je peux pas m'empêcher de changer de place, de me mettre dos à lui mais il vient vers moi et je lui fais la bise, je regrette immédiatement mon geste, je n'ai toujours pas cessé d'y penser, je vais encore y penser longtemps. ça ne voulait rien dire, je ne voulais pas l'éviter, juste éviter de faire un choix entre aller lui parler et rester contre le mur, je trouvais la situation délicate.
il me dit que baptiste ne vient pas.
cette annonce me choque un peu mais j'ai vite appris que dans la vie c'était comme pour les sacs, il fallait tout prévoir, le pire du pire comme le meilleur. le pire ç'aurait été qu'il ne vienne pas, le pire c'était ça et il est arrivé. j'étais à moitié préparée, sur le coup j'ai aimé ma prudence, mon expérience de ces choses-là, je ne connais plus du tout l'enthousiasme, l'excitation aveugle, mon impatience de le revoir a été sage et non satisfaite.
avec matthieu on parle d'autre chose, on parle très vite pendant, oh je sais pas, 10 minutes, un peu moins, on est très à l'aise, on a des choses à se dire, d'abord nos acouphènes, puis l'amour, puis la première partie du concert, puis sauce blanche et les projets pour le temps qui nous reste.
on rentre dans la salle, c'est obscur et le bruit est violent, des sortes de râles. c'est le groupe Evangelista, je me suis renseignée, dans le myspace il y avait écrit "gothic", sur les photos on pouvait voir une meuf qui faisait son show, son intéressante comme ça ne se fait plus. je l'ai regardé faire et j'ai pensé que derrière la musique il n'y a que des instruments, des hommes et des sentiments, il n'y a pas satan, il n'y a pas de mystère, il n'y a pas de théâtre, il faut être soi-même, penser au public, arrêter les affectations. ce groupe c'était tout ça, 4 membres totalement tournés vers eux-même, qui daignaient jouer pour nous du bruit que personne ne réclamait. avec Julie on vanne et on ricane comme jamais depuis le balcon.
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dans les toilettes l'eau des robinets est chaude, julie m'apprend que c'est fait exprès, que c'est pour qu'on la boive pas et qu'on aille au bar.
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l'interdiction de fumer dans les lieux publics fait que nous avons le droit de sortir dehors quand on a envie. je me souviens du sévère "toute sortie est définitive" qui était collé près des portes.
nous sortons, j'ai un peu faim alors je sors mon hot-dog fait maison qui est vraiment très bon, je lui passe celui que je lui ai préparé, j'ai glissé un mot dedans "le bonheur existe, amicalement.
Murielle", c'est vraiment très bête mais ça nous fait doucement rire je crois, j'aime bien faire n'importe quoi.
Nous parlons, toujours contre le mur, on parle de tout, on a jamais autant parlé de tout que pendant cette soirée, on parle de tout tout le temps et ça nous fait du bien. je vis dans le silence, je vis la bouche fermée alors parler à Julie me fait plaisir. on rigole tout le temps, nous sommes très proches. quand je pense à notre relation à deux je la trouve drôle, je n'ai jamais compris l'amitié, l'amitié en primaire et au collège, les meilleurs amis, maintenant je la comprends, je trouve que c'est un truc finalement assez naturel, c'est ce qui doit se passer quand il n'y a ni la haine ni l'émulation, quand il y a la bienveillance et l'oubli de soi, c'est le partage le plus pur, c'est vraiment très noble et très beau.
sur nos portables nous avons le même fond d'écran, on rigolait un peu en le mettant mais finalement il m'attendrit toujours autant, c'est une photo qu'on devine prise à notre insu, ce sont d'ailleurs les meilleures photos. on dirait deux petits chats. je voulais faire une sieste et finalement je la regarde écrire dans mon agenda.
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après les hot-dog on remonte au bar, on attend que cette mascarade gothique finisse, je lui demande si elle veut boire un truc, les boissons sont vraiment abordables, ça dépasse pas 3,50€, ça me donne envie de casser mon billet de 10 euros. je lui paye une bière et moi un coca light.
la première partie finie on cherche et trouve deux places au fin fond de la salle, tout à fait dans l'angle, le truc dont personne ne veut, franchement on s'en fout et on voit plutôt bien à partir du moment où tout le monde est assis.
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le concert se passe bien, en une heure et demi, immobile et debout, on domine tout le monde et personne ne le sait, il y a ma soeur dans la salle, il y a matthieu, il y a plus que mecs que de nanas, les mecs sont beaux, avec des sweat à capuche et de beaux habits, de belles baskets, les quelques filles sont classes, tout le monde se tient bien.
Yoni le chanteur fait remarquer que la salle est très bien, c'est la première fois que j'ai aussi envie de dire qu'une salle est parfaite, derrière le groupe il y a un mur de pierre immense, le public est installé comme dans une salle de cinéma avec une petite fosse au pied de la scène. l'endroit idéal.
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on sort de la salle, dehors je croise Yann, c'est un mec que j'ai connu sur le t'chat #musique de voila il y a plus de 4 ans, c'est le contact msn éternel, je le vois me parler encore de sigur ros et de mum. je l'ai jamais vu, hier encore il me disait qu'il n'allait pas venir, aucune idée de comment il a fait pour me reconnaître, je sais qu'il n'a pas de photos récentes de moi et je sais que j'ai énormément changé, comme c'est pas permis. je lui fais la bise, je trouve que c'est une bonne surprise, je suis dans un jour où c'est le moment de me croiser par hasard mais je n'aime pas imposer mes discussions à Julie alors j'écourte la scène, je lui dis "bonne soirée", je ne le reverrais probablement jamais.
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on marche on marche, les lumières des restaurants qui se font face s'entrechoquent, se répondent, on passe sous elles et on dirait qu'il fait jour, c'est vraiment trop animé, ça nous met en joie, après je dis "ah mais demain c'est férié c'est pour ça" alors on traite un peu les gens.
On va au café Bastille, dehors près du chauffage, moment parfait, on regarde ce qu'on nous donne a regarder, les beaux gosses du concert qui prennent le métro, les couples et les minettes. Ici le café est à 3,90€, le coca dépasse la barre des 6€, ça nous rend euphorique. je sors mes pièces, je ne sais pas combien j'ai, combien je dépense, je pose les pièces sur la table ronde, je donne l'argent de poche au monsieur. je sais qu'un jour j'aurai besoin de cet argent mais je décide de ne pas y penser.
elle me dit qu'il y a un match de foot important, je lui répond que ça doit être pour ça que baptiste n'est pas venu, je lui dis qu'il aime le foot. j'ai repensé à son absence, j'ai repensé à son mail d'une phrase qui répondait au mien qui constatait qu'on serait au même concert , de son "j'ai ma place", je sentais que c'était un mensonge.
pendant qu'elle se rend aux toilettes j'en profite pour penser à A.. je vais bientôt lui faire signe, lui dire qu'on doit se revoir parce qu'il reste une image du bonheur, la moins éloignée de mon présent et que de façon assez naïve je vais tenter de revivre la journée que nous avions passé ensemble et dont je ne pense pas avoir parlé.
elle revient et elle se rasseoit, je lui montre ma lecture du moment "Generation Chaos" une histoire romancée du punk et de la new wave, un truc qui m'intéresse plus que mai 68 qui commence un peu à m'exaspérer. je vois bien les débats, je vois bien comment on exploite le filon mais même les acteurs de mai 68 commencent à trop se montrer, à trop s'attribuer les mérites, je revois le mec d'lci gueuler "ils se prennent pour les poilus de 68", je me revois sourire devant la télé.
elle me dit que quand elle a parlé de mon anniversaire à son père il lui a dit"elle aime la musique, tu devrais lui acheter un livre sur le punk qui vient de sortir", elle réalise que c'était celui-là. on hallucine trop.
ensuite, ensuite on fait des blagues sur l'addition, julie dit un truc drôle, elle dit "j'comprends qu'y'est pas la carte", on parle de l'amant de Duras, elle n'a pas aimé, je pensais pas l'aimer autant. on parle et on se répond commes les gens tout autour de nous, c'est le jeu des adultes, je me revois regarder mes parents discuter avec des amis au salon sur le canapé et les fauteuils en cuir rouge, ils parlent libanais, les jambes croisées, tantôt détendus, tantôt graves, je les trouve ennuyeux à mourir, je sais alors que je me sentais incapable de faire comme eux, ni à mon âge ni maintenant.
je me relis, je vois la place que ça prend et le temps que ça prend aussi, environ 3h30, je ne n'ai jamais consacré autant de temps à une activité, je me prends la tête dans la main, je me dis que j'écris trop, ça me choque.
mercredi 30 avril 2008
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je sais pas il devait être cinq heures, j'avais de mauvaises pensées, ça me terrorrisait alors j'ai essayé de regarder la télé, de m'amuser avec n'importe quoi, je voulais qu'une information, qu'une image, n'importe laquelle, recouvre toutes ces bêtises.
ça faisait la 8ème fois que je voyais le JT d'lci, parfois ça arrive quand je trouve pas la télécommande. j'ai finalement changé pour un documentaire sur les glaciers sur France 5, le chaîne ou les voix-off chuchotent, j'ai même écouté ce que le mec disait, j'ai regardé les glaciers fondrent, les glaciers mourirent, le mec faire des prévisions pour les centaines d'années à venir, dire que pour lui c'était comme un vieil ami auquel on disait adieu, je me suis dit que c'était n'importe quoi, toute cette propagande écologiste et à laquelle ce documentaire participait, c'est tellement pas intéréssant, ça n'apporte que du malheur et de la tristesse, personne n'a besoin de ça, à part nous rappeler notre impuissance, nous rappeler encore une fois que tout va s'effondrer, que rien ne durera, même pas la flamme du soldat inconnu, même pas les tableaux dans les musées, on cherche à savoir combien de temps il nous reste, on rêve d'un compte à rebours pour pouvoir vivre en fonction de lui.
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je me suis endormie, le lendemain c'était ally mcbeal ou comment assister à une vue par hélicoptère de new york la nuit un mercredi matin à courbevoie. il y a robert downey junior récemment arrivé dans la série, j'avais dit à ma soeur "il va se transformer en Iron Man" et on a rigolé, je le trouve trop beau.
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l'après midi
je finis par sourire devant la glace et ça me fait rire, je dis "allez allez murielle, motivation, ta vie est coul, tu vas à un concert, tu vas manger un hot-dog, y'aura julie, tu vas revoir baptiste, y'aura myriam et jocelyn, tu vas rentrer tard". je sors un cd gai, je sors le best of de Supergrass, j'écoute "kiss of life", ok ça va un peu mieux.
lundi 28 avril 2008
avant je regardais cette série à 20H50, après à 22h après à 17h, maintenant c'est à 11h. bon l'épisode était pas top parce qu'il y avait trop de chant, un peu comme l'épisode comédie musicale de buffy, c'était le seul moment de toute la série où tu pouvais entendre la vraie voix de sarah michelle gellar et de willow la lesbienne.
à 13h on descend faire les courses avec myriam, ma mère est aux etats unis depuis une semaine avec emile alors on se charge de tout, elle revient samedi si vous voulez tout savoir.
on a 100€ pour deux semaines, on a encore rien dépenser et là on va au franprix parce que le ED est trop loin, le Auchan trop grand, le monoprix trop cher et toutes les caissières sont assez méchantes. le franprix c'est le truc parfait, un mélange de sous-marques et de marques normales, tu peux trouver du jambon Madrange comme du jambon prix futé et un choix interminable de yahourt, y'en a pour tous les goûts et pour "tout les portes-monnaie", c'est vraiment respectueux. on marche silencieusement au soleil, on a une petite idée de ce qu'on va prendre mais on sait qu'on veut pas trop dépenser pour pas avoir mal au coeur et culpabiliser, parfois tu te laisses aller à l'euphorie des rayons colorés, tu prends des trucs pour toute la famille et tu es trop excité, nous on est pas comme ça, on connaît la vie.
ma soeur boudait, elle disait que le ED c'était beaucoup mieux et que le Franprix c'était cher et petit, mais les gens se font une fausse idée du franprix, peut-être que le plafond est bas mais c'est vraiment grand et tu peux même t'y perdre si t'as pas le sens de l'orientation. en entrant je lui ai dit deux choses "mais nan c'est pas cher t'as vu le logo de merde" et "regarde comment c'est grand, tu vois j'avais raison"
ça faisait un peu 30-0 pour moi.
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prendre les 10 knacki prix futé ou les 6 herta (c'est un peu comme hésiter entre une paire de Atemi et de Nike), au porc ou a la volaille, une brosse à dents dure ou medium, des canettes de coca light ou une grande bouteille,du nesquik-plus ou du banania, des nouilles à la crevette ou au poulet, des chewing gum chlorophylle ou menthol. chaque choix est décisif, aucun retour en arrière n'est toléré. la nourriture c'est pas assez important pour que tu penses à aller faire des échanges ou des remboursements, on est pas en train de s'acheter un jean.
finalement on a pris du pain de mie, des liégeois, des crème caramel , 6 saucisses herta (tkt), des corn flakes, 6 paquets de nouilles boeuf/poulet/crevette, des betteraves, des paquets de mouchoirs pour le sac ou la poche, une brosse à dents Medium comme la taille de mes t-shirt, des bâtons salés, une bouteille de coca light, des crackers en triangle et du nesquik plus, on a payé 19,57€, ça allait on était assez fière de nous.
après on a sprinté pour tout mettre dans les sacs plastique, c'était trop excitant, et on est sorti en disant "au revoir au revoir", on aurait voulu être des habituées mais maman ne nous laisse pas faire les courses alors que ça la délesterait d'une tache, peut-être la plus fatigante.
on est repassé devant le petit café qui est en bas de chez nous sauf que cette fois-ci on tenait au bout de nos phalanges des sacs et un paquet de corn-flakes coincé entre les bras de ma soeur, ça montrait qu'on avait fait un truc, les gens pouvaient en juger.
sur le trajet on parle du pouvoir d'achat, on sent qu'on se fait avoir, on se dit "pauvre maman", on pense au famille d'M6 qui ont 12 enfants et un budget plus bas que le nôtre, les prix sur le ticket de caisse nous choquent de plus en plus, c'est fini la good life, tu dois faire gaffe au lait, à l'après-shampooing, une petite noisette au creux de la paume, pas plus.
on a même pas pris les fruits parce que pour les fruits il faut aller chez ED pour les avoir au meilleur prix, on voulait des petites pommes Pink Lady et des framboises mais on ira plus tard, on ira demain, on verra, y'a toujours les yahourts aux fruits, tu peux enlever les fruits du yahourt et les laver et les mettre dans un bol et ça te fait un petit bol de cerises un peu écrasées.
en rentrant ça sentait la viande et y'avait le bruit de l'aspirateur qui est au dessus des plaques, mon père a pris sa journée, il nous fabrique de la nourriture. on range les courses assez vite, comme toujours il nous demande s'il met du maïs dans la salade, je suis la meuf de la famille qui aime le maïs, je suis connue pour ça, je dis "oh oui" et je lui ramène la boîte. ensuite je la mélange pendant qu'il est au téléphone et je confis à ma soeur "les salades de papa elles sont mieux que celle de maman, mais tu lui répètes pas" en souriant un peu.
au milieu du repas je commence à saigner du nez, depuis quelques jours ça m'arrive, peut-être à cause de la chaleur, c'est assez choquant. quand j'étais petite je faisais des hémorragies dans les restaurants, on tirait sans compter les mouchoirs des boîtes, après j'avais le droit au bout de coton dans la narine. le débat "faut-il garder la tête en arrière ou en avant", ma mère flippait à l'idée que mes narines se dilatent trop alors je devais appuyer dessus pour qu'elles se resserrent. maintenant elle me dit de ne pas trop froncer les sourcils pour ne pas avoir de rides, elle s'occupe de l'harmonie de mon visage.
dimanche 27 avril 2008
une nana passe, elle porte un short en jean très court et des bleus un peu sur les cuisses, j'aime pas trop quand les meufs dévoilent un peu trop leurs corps, tu peux porter un jean quand il fait beau, t'auras pas chaud, c'est pas ça le problème, un jean et une chemise, tu peux aussi éviter les tongs, t'es pas obligé d'imposer ton corps à tous les gens qui se trouvent par hasard sur ton passage, ça peut les complexer ou les dégouter, mais certaines personnes ne respectent rien en dehors d'elles-mêmes, elles pensent que les passants ne font que passer, mais les passants pensent.
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je dis à myriam "j'ai les dents jaunes en ce moment", elle me dit "c'est peut-être à cause du café", j'avais pensé la même chose.
en fait juste avant je venais de commander un cappuccino et elle voulait pas que je le commande parce qu'il coûte 6€. le garçon de café me ramène une grosse tasse magnifique à bordure fleurie joliment rétro, ça devait être des orchidées roses, avec en fond une bordure noire à pois blanc, avant que notre table soit débarassée j'avais vu les tasses des clients qui nous précédaient et ça m'avait donné envie d'en posséder une pendant quelques minutes, j'ai même retourné la soucoupe pour voir qui faisait ces merveilles, il y avait marqué "Yves Deshoulières" (j'ai retenu) et en dessous "Décor inaltérable". L'idée que ces fleurs soient éternelles m'a plu.
La mousse de lait débordait outrageusement de la tasse, le chocolat en poudre régulièrement dispersé sur toute la surface, on pouvait facilement imaginer le café qui attendait calmement en dessous. ma soeur a subitement fermé sa gueule. je l'ai bu sans me poser de questions, il faisait doux, j'avais une semaine de libre devant et derrière moi,
et là j'ai pensé que le bonheur n'était qu'une question d'instants isolés que la mémoire se charge de recoller entre eux pour en faire une bonne guirlande électrique à ressortir quand tu veux.
samedi 26 avril 2008
les produits viennent à moi.
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il doit être 11h ou 10h30, je me réveille tous les jours à cette heure-ci, ensuite je bois mon café avec des petits beurres, alors parfois le café est trop chaud et le petit-beurre se ramolit tellement qu'il fond et se détache du reste du biscuit encore dur et alors dans un geste précipité je prends ma cuillère et tente de le repêcher en prenant bien soin qu'il ne se désintègre pas.
au pire je le retrouve en lambeaux et sans goût au fond de la tasse.
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je me promène encore, indéfiniment, je me fixe des choses à faire pour la journée mais j'en réalise que la moitié, je suis dans paris et je tente d'éviter tous les petits mecs en orange qui viennent parler du paludisme à des gens déjà bien trop déprimés ou indifférents par habitude, et puis comme on ne peut pas leurs passer une grosse pièce pour les satifaire et qu'il faut parler compte bancaire et versement annuel ça terrorise complètement les gens. un jour un mec en bleu m'a raconté tout ce qu'il savait sur médecins sans frontières pour finalement réaliser que je lui servais à rien comme j'étais pas majeure.
vendredi 25 avril 2008
si je fais le choix de me confier à 23h, c'est qu'écrire à toujours signifier pour moi "se justifier" et c'est aussi que la nuit succédant à la soirée, je me sens comme un peu tous les soirs plus libre que d'habitude, je sais que j'ai la possibilité d'écrire (de me justifier) toute la nuit durant, sans limite de distance ni de temps, comme pour la promenade, je sais aussi que j'ai la possibilité de pouvoir tout supprimer ou ne rien publier, tout recommencer ou ne rien recommencer.ce temps et le privilège de pouvoir revenir sur ce qui a été dit en faisant disparaitre la première mauvaise version par la même occasion, je pense ne pouvoir trouver ça qu'en écriture. je ne vaux rien à l'oral et l'idée que mes paroles se perdent dans une oreille distraite me révolte. j'ai à la fois besoin que l'on m'écoute et que l'on m'aime.
écrire sur ce blog c'est aussi éviter d'écrire un mail ou même -j'y avais pensé- une lettre, au principal concerné.
j'ai rompu d'avec baptiste il y a environ 9 mois, cela faisait aussi 9 mois que nous étions ensemble, 9 mois qui pouvaient résumer à eux seuls une jeunesse et une première façon de vivre l'amour. j'ai rompu de la manière la plus brutale qui soit, raconter en détails la procédure me fait tellement mal et honte que je ne prends même plus la peine de la repenser. c'était juste brutal, assez dégueulasse et avec du recul il me semble que cet acte là fait partie du domaine des choses que j'accomplie mais qui ne me ressemblent pas, elles seraient alors régies par un truc que j'aime appeler -faute de trouver mieux- mon "esprit destructeur", cette tendance à détruire les bonnes choses de ma vie qui me semble être là depuis trop longtemps.
je ne pense pas rendre compte de cette facette un peu plus sombre de ma personnalité dans ce que j'écris alors qu'elle est moi plus que n'importe quelles autres facettes. je pense écrire des choses tristes, j'ai toujours beaucoup trop aimé la tristesse peu importe la façon qu'elle choisit pour se manifester, le regret, la nostalgie, la frustration, la lassitude, j'aime tout ses potes. Mais même si j'écris avec pour seule règle de finir sur une note grise ce n'est ni par complaisance ni par effet de style mais parce que faire autrement m'est juste impossible, écrire à toujours été pour moi un moyen de rentabiliser mes insuffisances, mes déceptions et ma mélancolie généralisée, ce qui finalement ne m'aide en rien à vivre, je le recycle ici, je transforme la merde en nourriture et c'est ce que je compte faire ce soir.
Donc pendant 9 mois je n'ai plus vécu toute seule, quand Baptiste n'était pas dans ma boîte mail il m'envoyait un SMS ou alors on s'appelait, je crois qu'il savait absolument tout de ma vie, je me souviens du chiffre 600 qui correspond au nombre de mail que j'avais reçu de sa part et encore nous n'étions pas près de la fin. J'ai donc vécu accompagnée, assez insouciante ou en tout cas d'une façon qui ne m'aurait pas permise de me laisser aller à l'état de dépression que je connais ces derniers temps. C'était une vie nickel, en y repensant et parce que je ne fais que ça en ce moment, je me vois bien vivre comme ça, avec un homme, toute ma vie.
Les premiers mois qui ont suivis la rupture j'allais vraiment très bien et je ne pensais plus du tout à lui, je me souviens lui avoir écrit sans trop de convictions qu'un jour, forcément, je regretterai tout ça mais je ne m'attendais pas à vivre l'exact négatif de la situation : lui heureux, moi très malheureuse. j'ai vite compris que j'aimais un peu trop ma solitude mais que si je voulais être heureuse -et je pense le vouloir- il fallait que je reste avec quelqu'un, que je m'éloigne le plus possible de cet esprit doucement destructeur pour ne pas obéir à des caprices que je regretterai 9 mois après. Je me suis toujours considérée comme quelqu'un de dangereux pour mon bonheur, de trop enclin à la souffrance , je suis une fille qu'on doit sauver à chaque instant et Baptiste était comme ça, il n'aimait pas me voir triste, il me motivait sans arrêt, et en y repensant je peux facilement en pleurer.
J'ai su sans demander qu'il était avec quelqu'un, j'ai appris à ne pas trop en souffrir et à ne pas trop en vouloir à la nouvelle fille, si elle était avec lui elle devait forcément avoir quelque chose et c'était maintenant à mon tour de m'en prendre plein la gueule, d'encaisser si possible en silence pour sauver l'honneur.
C'est pour ça que faire ces confidences revient à m'avouer vaincue, à prendre le risque de me faire lire par Baptiste même si je doute qu'il prenne maintenant la peine de me lire. Mais ce soir je suis rentrée du cinéma plus faible que d'habitude, je sentais mes jambes affaiblies par l'amerthume, j'ai eu du mal à me diriger vers les toilettes et j'ai donc décidé que cette nuit serait celle de la sincérité. Je n'aurai pas pu, enfin si j'aurai pu mais assez difficilement, m'endormir avec ces sentiments secrets encore en moi.
Ces derniers temps je n'ai pas cessé de penser à lui, parfois je parlais de lui à ma soeur en prenant le risque de lui faire dire "tu le kiffes encore", une fois elle me l'a sorti et je me suis sentie très mal, j'ai trouvé la vérité inacceptable. elle semblait rigoler, j'étais vraiment très sérieuse, je lui ai bien sûr répondu "nan trop pas".
J'ai fini par m'accomoder à l'idée que Baptiste finirait par être le seul garçon de ma vie, je nous vois bien ensemble, je nous vois bien manger une conserve de raviolis au boeuf, j'ai l'impression qu'il fait partie de ma famille, qu'il est aussi indispensable et irremplaçable que l'un des miens, il ignore certaines choses extrêmement inavouables à mon sujet mais je me sens prête à les lui dire. A côté de ça je me sens incapable de lui réadresser la parole, de le regarder dans les yeux sans rougir de honte car j'ai extrêmement honte de moi et peur de lui, j'ai peur qu'il me traite sérieusement de salope, qu'il me tire les cheveux.
Je pense ne rien lui demander même si secrètement je lui demande tout : le pardon, l'amour et le bonheur de nouveau, je lui demande de ne pas me croire quand je lui dis "je veux plus être avec toi" ou n'importe quelle autre variante de cette expression. Je ne lui dis pas "reviens-moi", je lui dis juste "maintenant tu sais presque tout". Il faut qu'il sache aussi que j'ai 16 ans, bientôt 17 et je n'accepte pas de faire des erreurs mais que j'en referrai des tonnes.
forcément demain je vais "désaouler" et tout regretter, le matin a tendance à me réconcilier avec moi-même. si c'est le cas, alors j'enlèverai le texte.
mercredi 23 avril 2008
un vrai artiste, un génie, se trompe rarement dans ce qu'il fait et non pas le contraire. le contraire c'est réussir à avoir quelques bonnes idées de temps en temps et ça c'est un peu tout le monde, un artiste est toujours fort, peut-être pas dans sa vie mais en tout cas dans son art. c'est ce que je me suis dit après avoir vu l'expo Man Ray à la Pinacothèque qui était légèrement sans intérêt, on était loin de l'expo Chaïm Soutine où j'avais réussi à faire s'écouler 1h30.
j'avais rendez-vous avec Cécilia après mon déjeuner en compagnie de E., on s'était retrouvé dans un restaurant japonais, la flemme de déchiffrer le menu m'avait fait prendre la même chose que lui. pendant les heures précédant le rendez-vous, il y avait toujours l'angoisse de ne rien avoir à lui dire mais si j'ai mis peu de temps à répondre à son idée d'aller boire un verre quelque part c'est que je savais qu'on allait s'amuser.
je crois que ça m'a fait du bien, la soupe aux champignons, les maki et nos discussions bien foutues. je trouve qu'on se cultive de la même façon, sans gravité, en rigolant mais sans jamais s'arrêter et j'aime beaucoup les personnes comme ça. on pensait sérieusement à se revoir parce qu'on envisageait la possibilité de se prêter des livres et des DVD, il trouve que la famille et les amis c'est le plus important et je suis d'accord avec lui, maintenant que j'ai ma bande de l'UGC je sais que j'ai besoin de ces meufs et il me faut ma famille pour qu'à chaque fois que je rentre d'une mauvaise journée on puisse enfin m'accepter comme je suis, me traiter de "connasse" 5 fois par jour et me préparer du riz avec une big tasse de café.
en attendant Cécilia à la Défense je suis partie à la recherche d'un manuel qui regrouperait toutes les matières histoire de commencer à réviser mon bac blanc, la démarche d'aller l'acheter me semblait être un premier grand pas vers la révision.
j'ai eu du mal à trouver un truc spécial 1ere L, il n'y en avait que pour les S et ça m'a un peu énervé. au passage j'ai pris un cahier de brouillon grand format que je désirais de la même couleur vert-dégueu que mon manuel mais il n'y avait plus que des jaunes, je faisais un peu la gueule entre les rayons et j'ai fini par relâcher mes traits à l'idée que mes problèmes étaient ceux d'une lycéenne lambda comme jamais. j'ai payé le tout 15€ tout en cassant intentionnellement mon billet de 50€ pour l'expo. j'ai trouvé que je raquais trop d'argent en ce moment, entre les 2 livres, le japonais et le t-shirt vintage.
Elle était déprimée et elle a fini part me dire que c'était parce qu'elle avait vu sur le site du lycée qu'elle avait eu 5/20 à son bac blanc de français, je m'attendais à une raison plus grave, un truc en rapport avec les sentiments et les humains et non pas les notes, j'ai senti que c'était le moment de jouer mon rôle d'amie et je lui ai dit qu'on devait s'en foutre des notes, qu'on était un peu au-dessus de ça, qu'on acceptait difficilement les jeux ridicules de la scolarité, qu'on aimait trop lire contrairement aux meufs de ES qui avait 16/20 et qui étaient des putes, ça me faisait penser à E. et à ses "intellectuels précaires", je lui avais répondu que je serais peut-être pas intellectuelle mais précaire mh ça ouais.
Les filles de ma bande sont toutes marquées par un profond désintérêt pour les études, moi plus que d'autres et moi avant tout le monde, contrairement à beaucoup ce n'est pas qu'une forme comme une autre de rébellion mais une réalité plus criante que les autres depuis le début de ma scolarité. j'ai eu un "avertissement de travail" pour le 2ème trimestre et quand lors du conseil les profs ont commencé à parler de moi à la 3eme personne alors que j'étais à côté en train de remplir mon rôle de déléguée, je me suis juste sentie ennuyée pour ma mère qui allait sûrement me crier dessus plusieurs jours d'affilée, chaque jour d'un ton de plus en plus bas, jusqu'à que mon échec se fasse oublier.
pendant l'expo j'ai pris des photos jusqu'à la fin alors que c'était interdit, le monsieur m'a demandé si j'en avais pris beaucoup et je lui ai dit "5" alors que j'en avais une bonne vingtaine.
la pinacothèque n'est pas un très bon musée, les salles d'exposition sont toutes sans fenêtre et aux plafonds très bas, il y a trop de vigiles et on ne peut jamais prendre de photos même de choses assez bêtes, les expositions sont très inégales, c'est un peu n'importe quoi.
dans le métro je mange une petite pomme et Cécilia me raconte qu'elle a deux maisons à la campagne mais qu'elle n'aime pas y aller parce qu'elle ne voit personne et moi je lui réponds que je l'envie, qu'une maison de campagne c'est bien ne serait-ce que pour se rendre compte qu'on aime la ville ou encore pour se cloitrer dans un endroit un peu plus spacieux qu'une chambre.
on a rejoint anaïs à la défense pour aller voir "Funny Games U.S", la bande-annonce nous avait marquées et on s'était toutes regardé avec des points d'interrogation dans les yeux, je trouvais l'affiche parfaite et j'aime bien les films d'Haneke.
pendant les bandes-annonces on mange les BN petit déjeuner de Cécilia, 84 kcal par biscuit. vers la fin du film Cécilia me dit "je pense que j'aime pas le film" et moi je dis que je l'aime. au moment d'aller chacune de notre côté je leurs promets de les tenir au courant à propos de mon idée de pique-nique. il y aura des hot-dog, des tomates, des oeufs durs, et de vrais BN à la vanille, pas les petit dejeuner.
dans le train je rédige dans ma tête une critique du film.
chez moi il y avait l'ami beau gosse de ma soeur, il va au concert de Why et s'appelle Jocelyn. j'espérais qu'il resterait pour regarder la nouvelle star avec ma soeur et qu'on aurait pu rigoler de bon coeur ensemble toute la nuit mais il est parti et a dit à ma soeur de me dire "au revoir".
en faisant la vaisselle je pouvais voir comment se portait le ciel, il était 20h dans tout le fuseau horaire, il faisait encore très beau et assez clair pour ne pas allumer les lumières des pièces dans lesquelles on se trouvait, j'avais encore très envie de sortir mais nulle part où aller et j'ai finalement trouvé des dragibus sur la table basse du salon, j'en ai mangé une dizaine.
mardi 22 avril 2008
je suis allée à l'exposition Cellar Door du Palais de Tokyo, j'ai rien compris et j'ai pas lutté comme je le fais normalement. j'ai laissé couler, j'ai simplement essayé de trouver ça beau et puis c'est pas comme si j'avais payé mon billet.
En sortant il faisait vraiment très très beau et j'ai complètement oublier de m'arrêter de marcher, et j'ai bien tenu plus de 2h,
je regardais mes pieds, springcourt gauche, springcourt droite, springcourt gauche, springcourt droite, j'ai essayé de prendre des chemins que je ne connaissais pas, la dentelle des feuilles d'arbre alternait zone d'ombre et zone ensoleillée sur l'asphalte, parfois je croisais des bancs et de vieux couples que je finissais par dépasser.
près du théâtre de chaillot j'ai vu pedro winter en pleine séance photo, il portait un t-shirt blanc avec écrit "ed banger record" en rose fluo et il avait des lunettes de soleil un peu comme des wayfarer, je ne me suis pas arrêtée, j'ai juste un peu ralenti parce que c'était marrant. j'hésitais à enlever ma veste et à me mettre en t-shirt parce que je commençais un peu à étouffer mais finalement je l'ai gardé, y'avait des manifestants "Free tibet" et des mecs qui faisait du hip-hop devant un public qui attendait d'être impressionné.
j'ai pris le risque de me faire déprimer par le Jardin du Trocadéro parce que les parcs me dépriment toujours énormément, le calme endimanché, les couples sur la pelouse, les bancs et les enfants, les marguerites et l'odeur idéale de la pelouse, le manège et les aires de jeux, toutes ces choses, ça a toujours été trop pour moi, j'ai jamais réussi à m'y habituer, j'ai toujours eu un peu envie de m'évanouir.
il y avait un petit kiosque qui vendait des boissons et des hotdogs, j'ai vu un petit mec qui mangeait le sien en attendant que le feu passe au rouge, la saucisse lisse entre deux bouts de baguette à failli m'émouvoir aux larmes, sa vue suffisait presque à me nourrir, je pouvais deviner sa saveur pique-nique tout juste sortie de l'aluminium, je me suis promis d'y retourner très vite avec une copine ou un inconnu et de m'en acheter un suivi d'un sorbet que j'achèterai un peu plus loin sous la tour eiffel, mais j'avais déjà manger un cornet à la vanille leader price chez moi et je voulais pas manger 2 glaces en un jour.
j'ai dû avaler plusieurs moucherons, ceux qui t'attendent entre deux rangées de buissons et qui te foncent dessus, alors j'ai ouvert ma canette de pepsi qui était dans ma besace pour les faire passer.
un mec essaye de me vendre ses Tour Eiffel, je lui dis "non merci" et me met à penser que la tour eiffel est à mes yeux aussi banale qu'un stylo Bic et que comme devant la neige, je tente vainement de m'émerveiller à sa vue. elle est figée dans le ciel, on dirait que même si elle se fait détruire sa marque restera là, on pourra encore la voir tellement elle est ici depuis longtemps. de près et à certains endroits on dirait qu'elle est faite de dentelle, elle me fait penser à un arbre qui aurait fusionné avec un building, un truc dans le genre.
à ses pieds, à la façon de petites fourmis multicolores, il y a les touristes, ils font la queue pour grimper dessus, ils ont des habits bizarres et des sacs remplis comme des maisons avec des chaussures de marche compliquées, certains tiennent d'énormes cornet de glace rose pour mieux patienter, moi je passe à travers eux, je me fais des bains de bouche de pepsi que je finis par avaler.
ma promenade improvisée me semblait être la meilleure chose à faire ce jour-là, une fois qu'il fera trop chaud j'éviterai de sortir de chez moi et le monde se limitera à la vue que voudra bien m'offrir ma terrasse. je me promène avant qu'il ne fasse trop jaune dans les rues, avant qu'on commence à voir les pieds, les jambes et les bras de tout le monde partout.
vers 19h j'en ai eu assez, ce n'était plus la ville-monument mais les petits commerces et le Picard, j'avais les mêmes à Courbevoie alors ça ne m'a pas plu et je suis rentrée.
cela fait deux jours de suite que je me promène dans paris sans limite de distance ni d'heure, je rentre au moment où je sens mon corps craquer.
je crois que ça me fait du bien, je ne me vois pas faire autre chose de mes vacances, je m'amuse beaucoup. hier j'ai fait un peu les boutiques, je me suis achetée un t-shirt vintage chez citadium et deux livres chez gibert, j'ai regardé les meufs qui se vendent de la rue saint-denis et les sacs très chers des galeries lafayette, j'observe une petite tranche du monde, j'ai mon opinion sur chaque endroit, chaque personne que je croise. parfois j'aimerais qu'on m'accompagne mais c'est comme sur msn, tout le monde est occupé.
samedi 19 avril 2008
Bien sûr ça marche rarement comme je le souhaite, pour en rajouter le mec descend avant moi et ça me vexe toujours un peu, s'il m'aimait vraiment il me suivrait jusqu'à que je rentre chez moi et reviendrait le lendemain et reviendrait d'ailleurs tous ces fameux jours que dieu fabrique.
alors voilà, 650 passagers qui ont aimé se plaindre toute une nuit et qui seront remboursés, moi ça me fait dire que quand on n'arrive pas à réunir les gens, avec tout ce que ça implique comme discussions et complicité naissante : il faut employer les grands moyens.
je vois dans cette nouvelle l'unique façon de réaliser mon fantasme de rassemblement, un woodstock à petite échelle, quelques CD et des knacki balls, rien de très fou
mercredi 16 avril 2008
En attendant la prof de français les filles m'ont raconté qu'en histoiregéo le prof a dit à la classe qu'il avait annoncé à M. Delmas qui est un autre prof d'histoiregéo, qu'une de ses élèves, moi-même, "l'aimait bien". Ca devait être ça et si la formule n'est pas exacte cela ne signifiait qu'une seule chose : qu'une de ses élèves était amoureuse de lui, avec tout ce qu'on peut mettre d'admiration aveugle, de chuchotements et ricanements de filles dans ce terme. J'ai appris qu'il avait été très content et que je ne l'aurai pas l'année prochaine.
Je n'ai jamais eu M. Delmas, je l'ai croisé un nombre incalculable de fois et c'est récemment que j'ai remarqué qu'il me plaisait, et que de le voir fumer devant le portail du lycée avec son manteau noir me rendait heureuse. Je sais des choses sur lui qui me plaisent, je sais que sa voix est encore adolescente, que les rares fois où il s'est adressé à notre classe il s'est toujours montré drôle et quand il m'est arrivé de saisir par hasard une bribe de conversation qu'il avait avec un de ses élèves je l'ai toujours trouvé plein d'esprit, émouvant.
On me fait souvent remarquer ma préférence pour les adultes, moi-même je le sais depuis quelques années. C'est que je n'ai aucune limite, l'âge et la profession ne m'ont jamais arrêtée dans ma quête de la présence parfaite et je revendique, à défaut de pouvoir faire autrement, ma propension à être plus souvent attirée par des adultes que par des garçons de mon âge. Les garçons de mon âge que je croise me semblent être tous des connards. Les adultes, eux, ont quelque chose de bouleversant, de superbe, un regard pourvu de gravité, une gentillesse inhérente à leur intelligence là où les garçons de mon âge ne montrent que férocité et intolérance. Les quelques fois où j'ai pu cotôyer un homme de près il m'a toujours fait découvrir en un temps record des choses sur la musique, la littérature, ma propre vie et mes sentiments et de la plus belle façon qu'il soit, avec bienveillance et (parfois) amour. Certaines rencontres sont pour moi des piliers isolés du reste sur lesquels je peux m'appuyer et exercer la plus douloureuse de mes nostalgies.
Mais je me suis habituée aux formes que pouvait prendre l'injustice dans ma vie, et rencontrer des gens qui par leurs récurrentes apparitions font partie de votre quotidien et à qui vous accorderiez volontiers plus de temps sans pouvoir le faire parce que les règles sont faites de telles sortes que parler à une personne qu'on ne connait pas est déraisonnable, malvenu et mal vu et qu'il faut laisser le hasard faire venir les gens à nous et faire avec ceux qu'on nous attribue, c'est une injustice que je n'accepterai jamais.
Ouvert comme il semble l'être et parce qu'il est adulte, M. Delmas m'aurait toléré dans sa vie et nous aurions pu nous rendre mutuellement heureux.
la journée était bizarre, je commençais à 11h, au début j'étais en retard pour prendre le train alors je suis rentrée chez moi, j'ai travaillé ma radio vernis, la deuxième fois le train avait 15 minutes de retard à cause des manifestations, je suis encore rentrée chez moi pour n'aller au lycée qu'à 14h. en attendant j'ai fini et mis en ligne ma radio vernis, j'ai bu un cappuccino que j'ai comme toujours excessivement saupoudré de nesquik, je mange la mousse avec la poudre de chocolat, c'est le meilleur moment, ensuite je bois plus sérieusement le café, c'est le moment utile, le café qui réveillera.
mon père est rentré pour manger, j'étais dans sa chambre car ma connexion wifi ne marche plus trop en ce moment et il faut rapprocher les ordinateurs de la freebox qui est dans sa chambre. je lui ai dit que je commençais à 14h, il n'a pas à savoir que j'ai raté à deux reprises l'occasion d'aller en cours, ça ne regarde que moi. ma soeur est rentrée de son école de conduite, elle m'a vu dans sa chambre et a compris, elle m'a vu rentré une première fois à la maison, je me suis levée pour lui expliquer, je lui ai demandé si elle voulait de mon sandwich, que j'avais normalement préparé pour Julie, tout en buvant des gorgées de pepsi max. la veille elle m'avait demandé de la réveiller vers 10h, à 10h je lui ai dit "myriam lève toi" et j'ai mis "Ambulance Blues" de Neil Young que j'avais écouté la veille au soir, cette chanson dure 8 minutes mais on ne les sent pas passer, elle se trouve sur l'album "On the beach". Le climax se situe au moment où neil young chante "there is nothing like a friend" avec sa voix qui chancelle sur le dernier mot. en l'écoutant je me suis demandé si c'était plutôt une chanson pour la nuit ou pour le jour et j'ai fini par faire ça pour tout un tas de chansons qui me venaient à l'esprit. on peut aussi faire ça pour des groupes
ramones - après-midi, goûter 15h 18h aussi
belle et sebastian - matin de 6 à 8h
the vines - 10h - midi
talking heads - 13h - 18h
blondie - soir mais dans une boîte et pas du tout en extérieur, à la limite dans une voiture, 21h - 02h
the smiths - à définir
*
je porte une marinière blanche à rayures rose fuschia h&m, une veste marron en velours côtelé Sisley que ma mère m'a acheté à la toute fin des soldes, quand on se promène dans les magasins sans exigences particulières et qu'on prend ce qu'on trouve et qui se trouve être miraculeusement à notre taille, c'est le moment où les mères sont au téléphone et commencent leurs phrases par des "ça te plairait...", avec cette veste ça s'était exactement passé comme ça et je m'imaginais la porter par dessus toutes mes tenues quand il ferait soleil.
Sur les jambes et les cuisses j'ai un ancien jean brut levi's avec des fils qui pendent depuis qu'on a défait l'ourlet, aux pieds mes talons compensés marrons Camper que j'ai eu pour mes 16 ans et que j'aime toujours autant, ma besace upla grise à mon épaule, avec dedans, en dehors de mes cahiers, un gilet bleu marine et une écharpe bleu marine à fleur.
Après les cours je suis allée à la fnac avec julie et marie, charlette nous a aussi accompagné comme c'était sur son trajet. la discussion s'est close sur ma décision de fermer mon blog "Ouais bon" car je suis plus à l'aise sur Tranches et tenir deux blogs qui raconte la même chose ne veut rien dire, je m'en rends bien compte. j'ai dit "enfin c'est triste parce que Ouais bon c'est depuis mes 14 ans" sans y croire vraiment, je sais que je ne m'attache pas à ce genre de détails, je suis du genre à être préparée à l'idée que tout se finit un jour.
Julie a acheté sa place pour "Why?", elle m'accompagne, c'est le 30 avril au café de la danse, j'ai passé la journée à lui dire que c'était à la Maroquinerie sans savoir pourquoi, je confondais avec le concert d'Alister auquel je n'assisterai pas.
le dernier album de Why -le seul que je connaisse pour l'instant-me semble parfait, avec une préférence pour la 1 et la 3, la 2 et la 4 je les ai trop saignées, la 7 est émouvante. Ca faisait depuis quelques temps que je n'avais pas aimé un album récent dans son intégralité, ça m'inquiétait un peu. je pense qu'il faut des livres, des films et des CD sur lesquels on puisse s'appuyer, se repérer, sur lesquels les différents âges de notre vie peuvent aisément se retrouver, presque se revivre. ce sont des choses qui rappellent des souvenirs à la mémoire de façon puissante, parfois violente mais toujours efficace.
Dans le bus du retour j'ai lu "des souris et des hommes" qui est un livre touchant. je lis un peu moins qu'avant, j'ai eu ma période de lecture intense, maintenant je suis plus portée vers la musique, les journées me semblent courtes, je n'ai pas le temps de faire ce que je veux et il m'arrive de me reconnecter sur msn, ça prend facilement 3 heures de mon temps mais ça n'est pas désagréable parce que j'ai de bonnes discussions.
*
en ce moment je me laisse pousser les ongles ou plutôt je ne me les coupe plus, depuis quelques années j'avais pris l'habitude de toujours les couper extrêmement courts pour une question d'obsession et de propreté. très souvent mes ongles coupés à ras me faisaient souffrir, maintenant ils sont quand même assez longs et je me rends compte que ce changement minuscule et discret me satisfait, m'amuse, me fait plaisir, autant qu'une nouvelle coupe, qu'une nouvelle crème pour les mains.je passe mon temps à regarder les ongles parfaits de mes deux pouces, à les montrer à tout le monde, à julie qui ne sait plus quoi me répondre, à ma soeur qui, au moment de la réveiller, à eu droit à mon pouce dans son oeil ponctué d'un "mate comme c'est beau". plus tard je leurs mettrais du vernis prune par exemple, ça sera classe, je pourrais même m'accorder le droit d'enfiler des bagues, ce serait fou.
vendredi 11 avril 2008
La chute c'est que j'ai écrit "Murielle Costil" dans le petit carnet Super Conquérant et que j'ai pas mal souri le restant de la journée, une preuve d'amour aussi flagrante, presque maladroite, c'était vraiment un cadeau de la vie.
J'ai une petite tâche rouge, enfin rose plutôt que rouge au niveau du poignet.C'était il y a deux jours, je me suis maladroitement brûlée avec ma lampe de bureau, au début ça faisait mal, maintenant il n'y a plus que la tâche, elle ressemble à celle, d'ailleurs c'est exactement la même, que possède ma mère au niveau du genou, elle l'a depuis un peu toujours et je revois encore ses jambes jaunes caractéristique du débronzage libanais et déséchées, que laisse découvrir sa chemise de nuit usée, ses pantoufles et la petite tâche.
Je pense sérieusement que ma tâche à moi disparaitra mais elle semble tellement foncée et ses contours sont si précis qu'elle pourrait bien rester là toute ma vie, ça me dérange pas trop, j'ai appris à accepter un corps maculé, un corps qui vit. J'ai déjà quelques cicatrices indélébiles avec lesquelles je vis bien : celle de l'arête de mon nez mais qui tend à disparaître bientôt et qui est le résultat d'une bataille d'agendas en 3eme, puis cette espèce de point noir incarné sur l'avant-bras, celui-ci c'est ma soeur qui me l'a offert en m'enfonçant un stylo noir dans la peau, l'encre y est restée, c'est une histoire bizarre mais belle, je suis à 0,00000001% composée d'encre.
jeudi 10 avril 2008
je ne fais plus partie du monde de la presse féminine et je suis contente de ne pas en ressentir le manque. Je remarque que les quelques plaisirs que je pouvais avoir avant, télévision et émissions connes, presse féminine et test débiles, tout ces trucs j'ai su m'en débarasser sans forcer, sans censurer mes envies, naturellement, comme on vide son armoire des vêtements qui y dépérissent, et puis on se rend compte que ce qu'il y a à la télé ou dans les magazines ce n'est pas ce qu'on espère de la vie et que certaines choses nous embêtent ou nous font souffrir à l'idée qu'elles puissent exister, les ignorer se trouve être une façon aussi efficace qu'une autre de les détruire. une vie entourée uniquement des choses que l'on aime et estime -à défaut des personnes- est possible.
mardi 8 avril 2008
dimanche 6 avril 2008
j'aimerais pouvoir avoir des rapports moins angoissants avec les choses qui m'entourent. l'argent, les vêtements, les gens que je cotois de très près comme de très très loin, mon corps, le futur, mes cheveux, mes paroles, mes lectures, mes cds, mes études, mon sommeil, mon alimentation, l'angoisse du week-end et des vacances, tout arrive à me préoccuper à un niveau que j'imagine inquiétant. il me fait un certain temps pour oublier des choses très simples et bêtes, parfois cela peut empiéter sur le début d'une séance de cinéma ou sur ma journée entière. quand je vois mes amies où d'autres personnes qui peuvent ne pas être des amis, ils semblent à l'aise avec leur argent, avec leur corps et leurs erreurs. Il semble qu'à un moment qui n'excède pas un mois tout arrive à s'oublier, alors que de mon côté je passe mon temps à ressasser mes plus petites erreurs du passé, je trempe littéralement dans mes bavures d'il y a 3 ans, je suis rarement tranquille, au lieu de m'empêcher de dormir tout ces trucs-là m'incitent à enlever mes basques et à m'allonger, oublier l'évidence que je ne serais jamais heureuse.
*
j'ai regardé les clips en pensant au drame de ne jamais comprendre tout à fait les autres, de ne pouvoir les cerner qu'à moitié. j'ai toujours pris la mauvaise habitude de croire les gens moins profonds que moi, de ne pas les croire capables d'être imprévisible et de cacher des histoires ou des pensées intéréssantes, je n'ai toujours demandé qu'à découvrir ce qui pouvait se tramer quand mes yeux - mes caméras - n'étaient pas là. Quand on a le dos tourné les gens s'arrêtent de vivre et enlèvent leurs piles, avec ma soeur on s'amusait toujours de cette idée en sachant très bien qu'elle était bien belle mais forcément fausse, que des vies d'importance égale aux notres continuaient à se dérouler. cette pensée pouvait me faire du mal.