mardi 16 février 2010



Hier, je me suis endormie sur les JO de Vancouver, j'ai encore cassé ma lampe de chevet alors je m'éclaire à la lumière de la télé. Le patinage c'est trop ringard, voilà ce que je pensais. Ma soeur regardait, je sais plus ce que je disais mais je vomissais mon cynisme à deux balles, le sport c'est nul, tout est nul, c'est souvent le rôle que je joue quand on regarde la télé. Elle me disait
certains développent leur corps et d'autres leur esprit, c'est comme ça
bah faut travailler l'esprit parce qu'on est d'abord ça.
Ensuite elle s'endort et je finis Kerouac et je me mets en position "prête à sombrer" dans mon lit, je jette un oeil à la télé sans pour autant mettre le son et j'agrippe mon regard et mon intérêt sur les figures du couple de patineurs américain. Je crois être par hasard tombée sur un couple très fort, leur chorégraphie est fluide avec ses petits moments de tension où ils s'aventurent à des figures que je n'avais encore jamais vues, des figures où la pesanteur peut bien aller se faire foutre. Même ce sport évolue et d'années en années les patineurs font la nique à ceux des décennies précédentes. Avant j'aimais bien regarder le patinage artistique, de loin les couples sont beaux jusqu'à que la caméra s'approche et que tu vois deux laiderons envoyer des baisers à la foule.
Mais ce couple sans visage, cette Blonde, ce Brun, dans des tenues qui en dehors de cet unique contexte sont ridicules, je me disais, ce couple hé bien il danse l'Amour. Les amoureux qui emmerdent les autres et qui font tout à deux.
Je rigole toute seule tellement ça m'impressionne, je n'arrive pas à décrocher mon regard et je finis par regarder le reste, je regarde la bouille rassurante et abrutie de Philippe Candeloro, égal à lui-même avec sa coupe de merde, je pense à son nom dans ma tête, CAN-DE-LO-RO, tellement étranger et si familier, le genre de célébrité dont on oublie le nom. J'imagine qu'on me demande le nom d'un patineur français et que j'ai Philippe Candeloro au bout de la langue. J'ai eu un fou rire devant une course de ski de fond, puis j'ai tourné le dos à la télé et hop, je sombrais.

Sachez donc que tard dans la nuit, vers les deux heures du matin, vous pouvez compter sur les JO de Vancouver, et que s'y intéresser relève d'une consistante expérience sociologique, un peu kistch, irréelle. Vous en sortirez en comprenant un peu mieux l'une des facettes assumées de votre monde.

Courbatures aux mollets à cause que je cours après le train tous les jours, c'est comme si de la poudre de fatigue venait se loger dans le muscle, et qu'on étirait sans jamais pouvoir le détendre, c'est d'une douleur plaisante.

Cours d'anglais, j'ai dit à la prof que je devais partir cinq minutes plus tôt parce que j'ai un cours à l'autre bout de Paris. Ce qui est en partie vrai/faux : c'est juste à l'autre bout du bâtiment mais c'est comme au cinéma, il faut exagérer pour que ça semble réaliste.
On était plus que la première fois, ce qui est rassurant pour un cours ou la prof ne fait que nous faire parler. Elle nous sort encore ces âneries du premier cours, "si tout le monde se souriait dans le métro, vous imaginez ? Sur CNN on entendrait "Evénement à Paris, tout le monde se sourit"...avez-vous dit bonjour à quelqu'un aujourd'hui ? Vos devoirs pour la semaine prochaine, sourire à quelqu'un dans la rue, et la prochaine fois on en parle." Le tout en anglais.
C'est fatigant de penser des choses pareilles, ce n'est pas comme ça qu'on règle des problèmes de tristesse, c'est d'ailleurs faux de penser que les transports sont tristes, on n'en sait absolument rien, les gens aiment porter du noir parce que c'est chic et sérieux, mais ce n'est pas forcément triste. Je ne veux pas du sourire des gens, je veux des discussions comme Kerouac pouvait en avoir avec n'importe qui dans les cafés, quelque chose qui faisait que la ville devenait électrique et les gens potentiellement reliés entre eux. Se parlant non pas par une sorte de bonhomie ridicule, un besoin pauvre de communiquer, mais comme ça, parce qu'on a pris l'habitude de parler à une personne seule, on l'insulte, on lui paye un coup, on se bagarre, on fabrique de la vie.

Au début du cours elle nous fait réciter des phrases que chacun doit lire à haute voix devant la classe, c'est pour nous entraîner à la prononciation, apparemment avec l'habitude on doit se sentir faire des progrès mais je reste intimement persuadée que cet exercice qui nous prend bien 40 minutes ne sert à rien, les voici :

1) How now brown cow
2) The rain is Spain falls mainly on the plain
3) In Hereford, Hereford, and Hampshire hurricanes hardly happen
4) Peter Piper picked a peck of pickled peppers

Ensuite on a enchaîné avec trois exposés, sujet libre.
La première est passé sur un article dans Beaux-Arts Magazine sur les oeuvres préférées des directeurs du Louvre et de Pompidou, ensuite on demande à des gens ce qu'ils pensent de ces oeuvres. L'opinion s'améliore selon qu'ils sont au courant du nom du peintre.
Plein de belles études et de beaux sondages pour prouver une fois de plus que les gens ne comprennent rien à l'art et que bouh l'abstrait ça pue, reviens Van Gogh.

La deuxième passe sur Soulages, rien compris à son exposé, "speak louder please", ses peintres préférés sont "Kandinsky, Warhol, Soulages", en gros ses préférences suivent le programme des expositions de Pompidou. Elle a 20 ans, elle étudie les arts plastiques. Elle tort des bouts de plastique pour faire des chaises ? Coupe des catalogues La Redoute pour faire des patchworks conceptuels ? Contrairement à moi j'ai l'impression qu'elle a la vie devant elle, plus que jamais. Je moisis dans mon coin, ruminant mon ressentiment pour tout, ma sympathie pour tout, ma soif de tout, mon dégoût de tout, mon besoin des autres et de personne, tout ça en même temps.

La troisième passe sur un article sur le marché de l'art. Rien compris, rien entendu, rien écouté. Je me demande juste pourquoi trois sujets sur l'art. Cet amateurisme feint pour l'art me dégoûte un peu, ce désir impur d'érudition, si seulement les jeunes avouaient main dans la main ce qu'ils ont sur le coeur, et surtout les étudiantes en histoire de l'art, disons tous bien fort que pour cent oeuvres vues une seule nous frappe au coeur, qu'on ne doit pas surestimer l'art mais oser sincèrement décrire ce qu'on ressent devant un chef-d'oeuvre, pourquoi notre rapport à l'oeuvre est d'emblée vicié par tout ce cérémonial intériorisé. Disons aussi que l'art est pour la plupart du temps inappréciable sans un peu d'explications, de théorie, d'habitude, de cours d'esthétique générale plutôt que d'histoire de l'art. Avouons que le musée parfait se trouve être Google Images ou encore les couvertures de livre.

L'histoire de l'art on s'en fiche, on achète un gros manuel, on le lit, on prend des notes, ça suffit. Karine me disait que l'ambiance dans les TD étaient un peu lourdes, que chacun voulait étaler sa culture. Il n'y a pas de rapport pur à l'art en dehors de l'intimité de sa conscience. Les discussions sur l'art sont alourdies d'un jeu social, l'art pictural a toujours été l'art de la distinction ultime, celui qu'on n'apprend pas à l'école. Il faudrait ne pouvoir en parler que pour apprendre des choses aux personnes, sinon ce n'est pas la peine, c'est lourd, mais lourd. Il faudrait pouvoir aller dans les musées en anonyme, apprécier la couleur et les formes, les madames qui sont peintes, puis repartir un peu content. Que chacun y prenne ce qu'il veut, qu'il ne se sente pas obligé de retenir les noms des oeuvres ou des peintres, qu'il essaye de comprendre mais qu'il ne se force pas à aimer, qu'il ne fasse surtout pas de licence d'histoire de l'art.
Monsieur Franck a été le seul a m'inspirer des motivations valables pour en apprendre plus sur l'art.
Je préfère chercher ce qu'il y a de beau et de parfait dans le cinéma et la littérature, plutôt que de chercher ce qui est juste à ma taille dans l'art pictural.

Oh ce soleil, les toits des bâtiments sont légèrement éclairés, comme trempés dans du jus d'orange. J'aimerais croiser une personne en manteau super classe et avec une paire de lunettes bien noires, un petit Lou Reed sûr de lui et que j'aimerais pour son arrogance. J'aimerais aussi avoir l'audace de porter des lunettes de soleil en plein hiver, juste pour le style, faire des choses juste pour le style.

Dans le train direction Saint-Nom-la-Bretêche, les filles lisent souvent des livres de Yasmina Khadra. Un jour avec un petit groupe de personnes on se chargera de lire toute cette littérature qui marche et qu'on ne lit pas, on cherchera à comprendre.

Si vous pouviez m'envoyer CINQ PHOTOS DE VOTRE CHAMBRE,
une de votre lit + commode
une de votre bibliothèque
une de votre bureau
et deux au choix
J'aimerais les publier sur mon blog, les garder pour moi, les commenter, en faire une collection, quelque chose, n'hésitez pas, faites le tous, envoyez ça anonymement ou pas à : m.joudet[at]gmail.com



Sabrina - Billy Wilder

7 commentaires:

denis a dit…

l'expo soulage est tres bien : le type même de peinture qu'il faut voir en vrai, et pas sur google ou dans un catalogue.

sinon je te trouve limite méchante avec l'étudiante aux beaux arts.

attention au sentiment tout platonicien de supériorité qu'éprouvent certain(e)s étudiant(e)s en philosophie...

et aller, un petit laforgue pour la route :

L'Art est tout, du droit divin de l'Inconscience ;

Aprés lui, le déluge ! et son moindre regard

Est le cercle infini dont la circonférence

Est partout, et le centre immoral nulle part.

Murielle a dit…

attention au sentiment de supériorité qu'éprouvent certaines étudiantes en histoire de l'art.

Je ne parle pas depuis mon statut d'étudiante en philo, je ne juge pas la licence d'histoire de l'art par comparaison avec la mienne.

Sinon je suis d'accord, Soulages en livre c'est sans intérêt.

denis a dit…

ok, c'est comme quand tu parles de "la pute" avec son gros livre.

juste une histoire de sensibilité individuelle, rien de général.

(à propos, elle lit quoi "la pute" ?)

denis a dit…

en fait je vais te dire la vérité : je n'aime pas quand tu dis du mal des gens, juste par dépit ou énervement : je trouve ça effroyablement banal, c.a.d. pas à la hauteur de ce blog.

Juliette a dit…

La pute lit Nietzsche et la sensibilité individuelle est bien plus vraie que l'informe général. Le général c'est effroyablement banal DENIS, pas à la hauteur de cette colonne de commentaires

Anonyme a dit…

Justement c'est du banal sublimé, captain obvious.

Karine Houzé a dit…

Bonsoir ma Chère Murielle,

Il est assez drôle de constater que tu aies touché deux, trois mots au sujet des étudiants en histoire de l'art...Si tu savais comme je voulais mourir jeudi : le jeudi c'est ma journée "art" et je suis toujours très contente d'y aller, peut-être parce que je suis restée avec cette image de mes cours d'art au lycée et de cet esprit bon enfant qui se dégageait de ces derniers. A la fac, c'est tout autre : l'ambiance est tout simplement gerbante...Je ne dis pas ça par critique, c'est un pur constat. Dès que je suis dans l'un ces cours j'ai envie de vomir, j'ai mal au ventre, j'ai peur, ils me font peur. C'est pour cela que dans ces cours je suis toujours au fond.
Je me pose sagement avec mon netbook et je les écoute...plus je les écoute et plus je suis malade...je ne dis pas qu'ils sont tous comme cela, il est évident que non. Je ne fais que dresser le constat d'une ambiance. Les amphi eux ça va c'est cool, tu vois ce que je veux dire ? tu peux te noyer dans la masse...tu peux être là sans être vraiment engagée. C'est en partie pour cela que j'ai séché mes cours d'art grec du premier semestre, c'était devenu invivable...mais j'allais à tous les amphi.
Quand je vais en art, je me sens comme une enfant de 4 ans complètement effrayé par ses petits camarades et tout ce que je veux c'est rentrer chez moi, me mettre sous ma couette et dormir (C'est la seule chose qui m'empêche de penser.)