lundi 1 juin 2009


J'ai racheté les Liaisons Dangereuses, je ne supporte plus l'édition GF trop imprégnée de scolarité, d'obligation. Je l'ai pris en édition Folio pour donner l'illusion d'une belle lecture achetée pour le plaisir malgré le bandeau insultant "BAC 2009". Je vais/dois le relire avant le bac. S'il vous arrive de croiser dans le métro une fille un peu honteuse de jouer le rôle de la lycéenne en terminale littéraire relisant un livre qui n'a plus de sens à force d'avoir été acheté, manié, commenté, insulté par des lycéens, ne vous gênez pas, criez "Murielle", nous irons prendre un café, comme aime bien faire la lycéenne.

J'ai tout noté des cours sur Pascal, peut-être à cause du fait que les Pensées ont été une des grandes lectures d'adolescence de Houellebecq qui disait qu'après l'avoir lu, il ne voyait plus que des squelettes à la place des hommes. L'image m'est resté et j'ai lu Pascal comme un écrivain on ne peut plus actuel.

Tout le monde "pari" sur le duo Shakespeare/Laclos. Quant à moi j'ai le pari pascalien.

Claude Chabrol est l'un de ses réalisateurs dont je n'aime pas les films mais que je continue d'aller voir dans l'espoir qu'il me plaise un jour. C'est comme s'il s'obligeait à toujours finir ses films de façon dramatique, il veut des armes dans ces films, coûte que coûte. Si le cinéma est le lieu de la vie transfigurée dans la vie transfigurée de Chabrol il y a forcément des armes, il n'y a que de grandes morts. Il aime le drame et il ne l'abandonnerait pour rien au monde. Si on enlève les armes alors ces films ressembleraient à du Rohmer. Peut-être n'assume-t-il pas de ne filmer que ce qu'il y a de plus volumineux, trivial encombrant dans la vie : la nourriture, les vêtements, les étudiants; bref tout ce qui nourrit l'oeuvre de Rohmer, alors il s'oblige à faire en sorte que X tue Y. En allant voir les Cousins je ne m'attendais à rien d'autre qu'à cela. Le film n'y échappe pas mais passé outre la jeunesse fringuante des années 60 qu'il est toujours agréable de regarder à cause de cette élégante insolence qui n'existe plus qu'en noir et blanc, c'est pour la première fois la brillance des idées s'enchaînant comme durant un face à face avec un ami, la beauté de la morale qui m'ont foudroyée sur place.

"tu as une peau d'allumeuse", je n'ai jamais autant compris une phrase et après la séance, près des quais de Seine, j'explique ce que j'entends par "peau d'allumeuse" à Cécilia, lui donnant des exemples du lycée.
J'ai un couple en tête, l'homme et la femme ont exactement la même peau, régulière, bronzé comme de la brioche, une peau pour crème solaire, pour traces de maillot, qu'on voit souffrir en direct sous les manteaux et la grisaille. Je comprends alors que l'amour connaît une nouvelle limite, un nouveau critère : celui de la peau. J'ai le sentiment que cette vérité aveuglante d'évidence me délivre de la plus grande des illusions; on finit de voir cette vérité exprimée partout, comme si elle avait toujours été là. Je me souviens avoir pensé à propos de quelqu'un et de sa quelqu'une "ils ont la même peau" et un peu plus loin "ils vont très bien ensemble". Sans me dire que c'est parce qu'ils ont la même peau qu'ils vont si bien ensemble.

A l'expo Valadon Utrillo je découvre qu'en fait la première, Suzanne Valadon, est la mère du second, Maurice Utrillo, et que ce n'est pas le nom d'un peintre comme le laisse croire les affiches. Ce dernier est d'un ennui mortel, qui plus est d'une vie antipathique, peignant principalement des églises, des chemins, des maisons et des ciels (seule chose qu'il réussit plutôt très bien) couleur plâtre. On en veut toujours à un peintre de ne pas rendre la laideur au moins fascinante. Mais de cet ennui crasse j'observe quelque chose de plus fondamental, symptomatique de toutes expositions: par ce principe même de l'accumulation, de la "collection", l'exposition mène forcément à l'indigestion, à la sur-fréquentation de l'oeuvre. Personne n'a jamais dit qu'une exposition devait être un inventaire. Mais peut-être que l'inventaire à des vertus pédagogiques nous amenant à comparer, à prendre en compte parallèlement à ses oeuvres, la vie du peintre, ses périodes. Comparer les tableaux de Maurice Utrillo c'est se rendre compte qu'ils se ressemblent tous, maladivement. Utrillo déprimé, alcoolique, interné, fauché, jaloux de sa mère, etc. Les commentaires sont biographiques jusqu'à l'obscénité, jusqu'à ce qui ne devrait pas nous intéresser.

Peut-être qu'il nous faut une certaine quantité de tableaux pour avoir le ventre rempli, le sentiment d'avoir "consommé" le peintre.

Ce que l'on pourrait reprocher aux expositions : la scénographie faisant tout pour mettre les oeuvres en valeur (ici pénombre + spot individuel pour chaque tableau) c'est l'effet inverse qui se produit : la majesté du lieu, le cérémonial éclipsent tout à fait l'oeuvre. Il faudrait faire des expositions dans des parkings, des cuisines, des magasins de fringues, des cantines.

Devant la beauté le regard ne sait jamais par où commencer.

A la fin de l'exposition j'entends :
-" j'admire de plus en plus Utrillo et je déteste de plus en plus Valadon
-pourquoi?
- j'trouve qu'elle a fait trop de mal à son fils."

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Une hypothèse très simple peut aussi venir à l'esprit : Utrillo est un mauvais peintre. Il n'a rien compris à la modernité, et n'avait pas non plus la force d'un classique.

Par contre, c'était un excellent compagnon de boissons...(Parait-il)

Murielle a dit…

C'est en somme un petit peintre de trottoirs parisiens, et si l'exposition a un mérite c'est celui de rendre fidèlement compte de toute l'ampleur de sa médiocrité.

Par ailleurs, je suis contente de te retrouver sur ce blog.

Anonyme a dit…

Je découvre ce que tu écris petit à petit.
C'est bien.
A+

Anonyme a dit…

" 'La peau se souvient. Nous sommes des êtres de tissus, c'est pourquoi les muscles se froissent et parfois se déchirent.'
J'ai la peau qui marque facilement. Il suffit de l'effleurer. Une tâche sombre apparaît, s'étend comme l'encre sur un buvard. La mémoire des tissus, d'après l'accordeur. "

Murielle a dit…

http://www.philolog.fr/ce-quil-y-a-de-plus-profond-en-lhomme-cest-la-peau-valery/

:-)

Appas a dit…

Juste pour savoir, peu cinéphile que je suis, d'où vient l'image du billet ?

Murielle a dit…

Il s'agit des Cousins de Chabrol.