vendredi 1 août 2008


en ouvrant la porte de mon immeuble je pensais vraiment que j'étais en train de sortir de chez moi et non pas d'entrer dans un four. Dehors, c'est bien connu, il faut qu'il fasse plus froid qu'à l'intérieur, sinon c'est que quelque chose ne va pas et alors les gens sortent en tong et le bug de l'an 2000 n'est plus très loin. Aujourd'hui j'aurai pu dire "ferme pour aérer" que tout le monde aurait trouvé ça normal, j'ai même été contrainte de sortir une robe, le jean, ce pantalon robuste et normalement bleu qu'on se permet d'associer avec n'importe quelle autre couleur, n'était pas envisageable.
j'aime beaucoup les robes mais sur les autres ou dans les films de rohmer, c'est à dire en mousseline et fleuries avec un petit gilet en laine qui tombe des épaules et que la fille ne réajuste jamais, avec si possible un immonde chouchou et un sac à dos noir pour tout bien harmoniser.

je portais une robe m'arrivant aux genoux (mon petit côté puritain) toute légère d'un beau beige crème, achetée avec ma mère l'année dernière dans un magasin lulu castagnette (oui je sais) en voie de liquidation totale. être dans une robe c'est comme être dans un tuyau de coton, on cherche à ne pas sentir le vêtement, à se sentir nue, ici le petit cordon rassurant qui me serrait la taille était là pour me rappeler que oui j'étais bel et bien habillée. aux pieds des espadrilles couleur jean retourné (c'est précisément ça), la semelle de corde de la même couleur que la robe, la besace upla. c'est la première fois que je me sentais aussi légère dans mes vêtements et je m'en félicitais, pour une fois que je ne faisais pas l'erreur de trop ou de ne pas assez m'habiller.
ensuite c'était parti pour une journée d'activités improvisées, réunir ses forces à celles du pariscope et de la carte imagine-r et voir ce que ça peut donner.

j'ai enfin réussi à m'infiltrer l'exposition richard avedon, il y a tellement de choses à dire que je préfère ne pas commencer, je pourrais résumer mes impressions à un simple "allez-y elle est vraiment bien", ça arrangera tout le monde.
Par contre, pendant l'exposition il y avait un mec, un touriste d'origine asiatique qui portait un t-shirt avec imprimé dessus et prenant la totalité de la place la couverture de l'édition anglaise de "the Catcher in the rye". ça m'a d'abord surpris de voir en lieu et place d'une photo des Clash -par exemple- une couverture de livre. Bon, au début j'ai été contente pour lui puis très vite après l'enthousiasme "oh je viens de trouver un des 50 millions d'amateurs de Salinger", je me suis dit que cette idée de t-shirt était très maladroite et même irritante pour tout lecteur de jérome david car personne n'est digne de suer sur une couverture de Salinger et surtout la littérature ne mérite pas ça. La musique est fédératrice, elle se joue en groupe et devant plusieurs personnes, bon, mais la littérature est quelque chose qui doit rester dans cette optique d'unité, un écrivain pour un livre pour un lecteur, quelque chose d'individuel, de muet (écriture comme lecture) de caché, non pas comme une honte mais comme un délicieux secret, comme de la lingerie, plaisante et fragile, c'est un moment de concentration, de recueillement, pas forcément solennel mais du moins bienfaiteur.
Mais ce t-shirt, je veux dire, qu'est-ce qu'il vient faire là, dans la rue et le métro, en boîte de nuit et aux toilettes, il ne rime à rien, il est hors sujet, c'est jeff koons à Versailles, et puis salinger qui avait atteint le degré ultime de la discrétion, il va en dire quoi? Et puis, imaginez écrit sur votre poitrine "l'insoutenable légèreté de l'être", ou encore "je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", "l'idiot", "demande à la poussière", "où-es tu?", "j'ai quinze ans et je ne veux pas mourir,"moi christiane F."... bon c'est sans fin, c'est amusant à imaginer mais juste à imaginer. A force de trop vouloir en révéler sur ses goûts et de prendre de l'avance sur ce qu'on aurait su au moyen de questions on finira par ne plus avoir de mystères pour personne. et le mystère c'est l'amour.
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Les livres se débrouillent pour nous rendre la tâche qui consiste à parler d'eux à quelqu'un la plus dure possible, il est difficile de parler d'un bouquin précis -un peu moins d'un écrivain et de son oeuvre- sans tomber dans des platitudes et des insignifiances, alors autant ne rien dire et travailler sur une liste, la plus précise possible, de ses écrivains préférés, c'est selon moi le moyen le plus simple et efficace de communiquer à autrui ses goûts et ce qu'on recherche en matière de littérature, si la personne est sensible aux mêmes choses que vous alors elle en saura les raisons et alors vous pourrez commencer sur de bonnes bases votre idylle.
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Quand une personne me dit "je viens de lire ceci" ou "celui là je l'ai lu" -parfois ce sont des lectures que je ne lui soupçonnais pas et alors là c'est encore mieux- je me plais à l'imaginer au fond de son lit à tourner les pages, à finir le livre et à le poser à côté d'elle, et ce qui se passe à l'intérieur de cette personne pendant cette lecture d'apparence sérieuse et régulière, personne ne le saura, et tout est ici, la lecture c'est un sachet de thé qui infuse dans le silence. Je pense qu'il est facile de tomber amoureux d'une personne qui lit, comme d'une personne qui dort, parce qu'il y a ce côté insondable, cette impossibilité à capter l'attention de la personne, à s'interposer entre elle et son livre, elle et l'intérieur de ses paupières. la télé : on l'éteint, la fenêtre : on en tire les rideaux, mais le livre lui, est entre les mains du lecteur et ses paupières reliées à sa peau. Alors on préfère le regarder faire et le protéger de la tendresse soudaine qu'il nous inspire.

5 commentaires:

charlene a dit…

à quand le caleçon Franny & Zooey

Murielle a dit…

MAIS LOL
une fesse franny, une autre zooey

pareil pour le soutif

Péa. a dit…

Ouai, fin mes paupières je peux les fermer hein. Et mon livre aussi. (Meme si je n'arrive à fermer le Roth que tu m'as preté que quand mes yeux n'arrivent plus à s'ouvrir tellement je suis fatigué.)

Marmite a dit…

Elle était très bien cette note pourtant.

Murielle a dit…

t'as vu que roth c'est le meilleur, petit con, quand je pense que j'ai failli lutter pour te le faire lire. tu m'écoeures

et sinon, merci marmite.