mercredi 21 janvier 2009


Jeudi


J'ai été malade le dernier jour des bac blancs, j'aime à ne pas croire à une coïncidence et voir en ma maladie comme le signe de mon corps arrivé "à bout". Les révisions d'histoire sont toujours les plus lourdes car elles ne demandent rien d'autres que de la mémoire, des gigaoctets de mémoire, garder des gorgées d'informations dans sa bouche pour les recracher le lendemain, ne pas faire céder la mémoire jusque là, garder la mémoire en état de veille, aux aguets, s'abstenir de regarder des films, s'abstenir de tout contenu étranger, cela s'apparente à une performance sportive. Vers les 23 heures un mal de tête s'infusait en moi suivi de tremblement vers les 1 heure à cause de la fatigue : sentiment délicieux de se sentir exister, dans une situation extrême, d'avoir fait les choses jusqu'au bout, pour une fois. Le lendemain : gorge morte, fatiguée à en pleurer, invitation à passer quatre heures dans une salle, ça ne pouvait pas se refuser.
Je suis sortie assez tôt de la salle, avant mes copines et un peu après tout ceux qui avait pris le parti de l'insolence : ne pas réviser, partir tôt. Ils ne sont pas inquiets, jamais ils n'ont été aussi temporellement éloignés de la correction de ces bacs blancs, devant eux s'étalent encore quelques jours de répit. Je ne sais pas ce qu'ils font de leurs après-midi, bien sûr que ça m'intéresse. Sans doute discutent-ils dans des cafés jusqu'à ne plus arriver à bien articuler les mots, ils épuisent leurs sujets préférés, médisent sur des connaissances communes, ils vont au restaurant. Pour eux c'est encore une après-midi de passée, ils se disent mais tentent de se le cacher : voilà ce pour quoi ils ont négliger l'histoire géo, pour une après-midi de pesante liberté. Je me suis levée, j'ai fait grincé la chaise comme il est convenu de faire pour annoncer à chacun que pour nous ça suffit. Un par un j'ai regardé les visages de mes copines pour savoir si ce que j'étais en train de faire été normal : elles m'ont fait les gros yeux de l'étonnement :"déjà ?!", je lisais ça sur leur visage, en toutes lettres. La prof qui nous surveillait se coupait les ongles sous le bureau, je lui ai tendu ma feuille, j'ai rangé mes stylos, mes talons claquaient à travers la salle. J'étais chez moi vers 11 heures, je pensais "je suis là avant le courrier". Je n'aime pas rentrer chez moi le matin, on sent tout un monde hostile à notre venue, les objets qui nous diraient presque "on ne s'attendait pas à ce que tu sois là si tôt, on est vraiment pas présentables". Je crois avoir mangé du pain d'épices ou du pain au lait en écoutant la radio, puis j'ai voulu dormir et j'ai difficilement trouver le sommeil. Mon lit n'avait rien de la chaleur humaine qui en temps normal le fait passer pour la prolongation de mon corps ni même cette douce fraîcheur, pareille à celle qu'on sent en posant le dos de sa main sur une fenêtre. J'ai mis la télé en sourdine avec par-dessus le dernier album d'Animal Collective, j'ai réussi à m'endormir en changeant de position, je m'endors plutôt facilement sur le ventre.
J'ai repris connaissance sur les coups de 18 heures, j'avais prévu d'aller voir La nuit du chasseur au Reflet Medicis mais des courbatures ont trouvé le temps de s'insinuer entre mes articulations et ma gorge était encombrée de cochonneries. Malade, le mot était lancé, des rituels et précautions devront être pris. J'ai préféré miser toute ma soirée sur le programme télé. Sur Arte il y avait un film de Woody Allen suivi d'un documentaire sur le roman new-yorkais, j'en oubliais mon mal.

Vendredi

Je dois rejoindre Dimitry à 19h métro Oberkampf, j'ai mangé un sandwich Auchan, je me suis racheté des boules Quiès et un baume à lèvres bizarre dans une parapharmacie et aussi un paquet de mouchoirs à 70 centimes au Relay, ils vendent toujours le même paquet avec un dégradé qui va du bleu au jaune. Comme le paquet coûte cher je fais plus attention, au début il tient bien en mains, sa prise est rassurante, il a ses 10 mouchoirs. Puis il finit par être assez aplati pour que je l'utilise comme marque-pages, il ressemble à un gant de toilettes. J'avais envie de prendre un café mais j'étais officiellement pressée, il fallait que je sois en forme, Dimitry m'invite au concert d'Animal Collective.
Au moment de sa sortie, j'avais vainement essayé de comprendre ce que l'album Feels avait à dire. Le concert était l'occasion de forcer la rencontre avec le dernier album que j'ai trouvé très émouvant, sans doute génial, j'ai même fini par éprouver le manque de certaines chansons, elles résonnaient dans ma tête aussi agréablement que des mots d'amour qu'on repense, qu'on remâche. Je me suis demandée si le concert en général concrétisait quelque chose, pourquoi l'album ne suffisait pas, où se trouvait la vérité des chansons, où elles habitaient vraiment: dans le live ou sur CD, point d'interrogation. J'étais encore un peu malade mais j'ai pour principe de ne jamais rester chez moi quand les premiers signes d'une maladie se manifeste : aller au lit c'est donner raison à la maladie, être dans de bonnes dispositions pour la recevoir intégralement alors qu'en étant en mouvement c'est comme si on lui faisait la sourde oreille. Par contre quand vient le soir il faut redoubler d'effort et assidûment se soigner pour le lendemain. Je crois que ma technique marche.
Dans le métro je me disais que vraiment c'est très agréable d'être dans les transports un vendredi en début de soirée, les choses restent vagues : on ne fait pas la distinction entre ceux qui sortent du bureau, ceux qui vont en soirée. Il y a des gens avec des valises, des gens qui reviennent des soldes, les jeunes ont de l'avance, ils sont déjà dans le monde du temps libre depuis cet après-midi. Je me disais : voilà, j'ai eu ma période visage enfoui dans mon livre, maintenant je veux tout savoir de ces personnes, parfois je souffre de ne pas en savoir plus mais cette souffrance n'est qu'un caprice et se dissipe très vite, probablement dès que je sors de la rame. Un jour viendra, ce sera plus fort que tout, j'en aurai assez, j'irai aborder quelqu'un. Dimitry fumait près de la rambarde, je lui ai souri, je crois que pour lui plus que pour un autre j'ai tendance à oublier son visage alors à chaque fois que je le vois c'est un peu la surprise. D'abord je crois que j'ai du mal à lui parler, à formuler des choses intéréssantes, tout devient compliqué, j'ai conscience de mettre des mots bout à bout, je m'éloigne. Nous avons eu beaucoup de temps pour parler, je crois que c'est surtout moi qui parlait, je pensais à cette lourde semaine que je trimballais avec moi : le vendredi on porte sa semaine sur soi, sur son visage, sur son attitude, quand on baille on baille pour la semaine qu'on a passé.
Dans la queue pour le Bataclan Dimitry m'a tendu un sac Fnac en me souhaitant un "joyeux Hanoukka tardif" : je saisis l'objet à travers le sac, très vite je sais que c'est un livre. En le sortant je reconnais la couverture jaune avec les fourmis, je pense Cécilia, je me souviens encore de la critique dans Technikart, Cécilia lit cet auteur et elle aime bien m'en parler, m'en lire des passages, Julio Cortazar. Le livre fait environ 1500 pages, c'est une édition GallimardQuatro, avec le papier lisse et la police comme il faut, un peu comme celle de mon blog. Rétrospectivement je pense que les cadeaux sont comme des objets fantastiques faisant irruption dans le quotidien. Quelque part vous êtes la victime de quelque chose qui se trame contre vous. J'étais choquée, je n'ai pas su réagir, je n'ai même pas penser à ce que j'allais faire du cadeau comme je le fais d'habitude, c'est à dire que je m'imagine en train de lire le livre, j'avais cet objet entre les mains et il semblait qu'il n'était pas à moi. Encore aujourd'hui il est là, il trône sur la table de nuit, le bureau, le lit, ma soeur le déplace, il n'a pas vraiment de place, Emile vient parfois le feuilleter, on a vraiment du mal. Je dois m'y faire, il est à moi, Dimitry me l'a donné. Je l'ai sincèrement remercié, j'étais vraiment gênée mais le pire était à venir, quant il m'a dit "je te déconseille de regarder à l'intérieur", je n'ai d'abord pas prêté attention à sa remarque, c'est en le feuilletant que j'ai vu deux places colorées coincées dans le livre. Je me suis dit "les deux places pour Animal Collective", ou alors la mienne et le reçu, souvent on prend le reçu pour une place et ça fait des fausses joies. Je regarde de plus près la deuxième place, sur le papier multicolore se découpait le nom suivant : DAVID BYRNE.
C'est important de saisir ce qui se passe dans ce genre de moment, on a l'impression de faire l'objet d'une grande blague, d'avoir sauté une étape dans la narration, on aimerait demander des explications, pourquoi cette place entre nos mains, qu'est-ce qu'elle vient faire là, quelle idée, pourquoi moi, David Byrne, merde. On avait parlé de ce concert, le prix de la place étant ce qu'il est j'avais fini par y renoncer, et puis je connais surtout les Talking Heads et pas la carrière solo de David Byrne mais j'avais le sentiment que le soir du concert l'Olympia serait the place to be. Voilà, encore une de mes idées. Chaque soir il y a des endroits où il faut être, ça arrive qu'on y soit et quand on y est on le sait. Cette idée est apparue le jour du nouvel an, avec Cécilia on venait de manger du saumon et des pâtes au Lutèce et on marchait calmement dans la rue en s'étonnant à chaque instant de passer cette fête ensemble. Tout était finalement très normal, pas d'enthousiasme particulier dans les restaurants, ni dans les rues, mais on pouvait toujours s'imaginer Paris traversé par une énergie particulière, sauf que c'était faux. Je pensais aux gens s'étant fixé pour but de s'amuser et de vivre une soirée "pas comme les autres", je me disais qu'il leur fallait simplement choisir "l'endroit qui ressemble le plus possible au centre du monde", j'ai retrouvé la phrase dans mon carnet et je suis toujours d'accord avec elle. Par exemple j'ai tous les soirs conscience que ma chambre n'est en rien le centre du monde et que j'y suis vraiment retirée. Au concert d'Animal Collective c'était déjà autre chose.
Depuis le balcon on pouvait estimer la moyenne d'âge de la fosse tournant autour de 25-30 ans. Des gens calmes, peu enclins aux pogos et qui avait pour seule fantaisie de s'autoriser à fumer pendant le concert, de lever quelques bras presque involontairement, parce qu'avec une telle musique, minérale, qui me faisaient penser à des miroirs qui se renvoient indéfiniment une sorte d'énergie pailletée, ils se devaient de faire se manifester le corps, par reconnaissance. C'était une fosse très très belle avec de beaux visages, comme pour tous les concerts chaque personne semblait faire absolument abstraction du reste de la salle, de la promiscuité, ce n'était même pas méprisant, ils étaient simplement venus seuls ou avec leurs amis et il comptait continuer comme ça. Une fosse c'est assez intéressant : c'est tout plein de gens qui sont très proches les uns des autres mais juste assez pour ne pas se toucher, ça donne un bel effet, je comprends qu'on ait envie de s'y jeter dedans. Ils ont leurs visages comme ça, tournés vers la scène, on dirait des tournesols. Il y avait derrière le groupe cinq longues tiges lumineuses, pas du tout des néons, plutôt des écrans qui pouvaient diffuser des couleurs unies ou un arc-en-ciel, c'était peu de choses mais ça rendait très bien, j'ai alors pensé au pouvoir de la couleur, à sa drôle d'influence sur nous, se voir asperger de rose acidulée cela rend joyeux comme un enfant. Il n'y avait aucune interruption entre les chansons et j'avais le menton appuyé sur le rebord, je regardais autant le public que la scène, je ne savais plus où se trouvait le spectacle. Je voyais les visages réfléchir la lumière envoyée depuis la scène : la scène était bleue, tous les visages le devenaient. C'était un drôle de phénomène, parfaitement explicable mais qui sans explication passait pour poétique. J'attendais My Girls, Dimitry, lui, Brothersport. My Girls a été joué après le rappel, en toute fin. D'abord j'avais eu l'impression de l'avoir oublié et de volontairement mettre du temps à me la rappeler, doucement son souvenir remontait en moi pendant l'intro, devant elle je feignais de la découvrir pour la première fois mais la surprise était réelle, j'ai touché le bras de Dimitry pour l'avertir, lui demander de se concentrer, je joue une sorte de jeu amoureux avec elle, elle me titille, je lui souris, le groupe n'a que peu d'importance, cette chanson n'est plus à eux, la musique sortait des enceintes et non de leurs machines, je me disais ça. De tout le concert je n'avais distingué le visage d'aucun des trois membres, pourtant ça vient de là, ce n'est pas seulement électronique, il m'a semblé alors que la vérité des chansons se trouvait dans les concerts.

Animal Collective - Daily Routine

11 commentaires:

BiFiBi a dit…

En fait vu que j'avais déjà vu Brothersport deux fois en live avant la sortie de l'album, et que je savais qu'elle n'apportait que du plaisir aux esgourdes, j'attendais plus Peacebone, le premier morceau de l'album mal-aimé, Strawberry Jam, et qui est également un morceau assez grandiose sur scène. Tant pis hein, je vais pas cracher dans la soupe, c'était que du bonheur.

Sinon le groupe a joué un ou deux nouveaux morceaux comme à son habitude, je sais plus trop vu que je connais pas mon Collective sur le bout des doigts (yet), ces derniers se fondaient parfaitement dans l'ensemble, c'était parfait.

Notons aussi une version fabuleuse de Fireworks (toujours du maudit Strawberry Jam), avec un pont de plus ou moins sept minutes au milieu du morceau absolument magique. D'ailleurs comme d'hab' le Collective a magistralement réinterprété tous les morceaux, apportant quelques modif' qui rendent tout morceau d'autant plus génial.

Mais c'est le fanboy transi qui parle.

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Le regard inquisiteur de ceux nous voyant sortir hâtivement de la salle est un regard finalement assez culpabilisateur, qui n'a probablement pas d'équivalence (j'ai pourtant cherché une comparaison plausible). Immédiatement le regard du fuyard se teint d'une sobre négligence mêlée à une légère arrogance, mais qui ne reste guère longtemps, l'on se dépêche de se cacher aux yeux de tous, en s'emmitouflant dans plusieurs couches de vêtement, en marchant d'un pas ni trop pressé ni trop lent, en faisant semblant d'être normal, tout en sachant parfaitement que cela est impossible, que plusieurs paires d'yeux sont obstinément fixés sur ton départ, qu'ils te maudissent de les déconcentrer alors qu'ils sont loin d'avoir fini, eux, et qu'ils n'attendent que le moment où ils pourront également susciter la jalousie des suivants en remettant un peu bruyamment leurs affaires dans la trousse, la trousse dans le sac, se lever en faisant racler la chaise contre le sol, les froufrous des vêtements, remettre la chaise en place, et se déplacer vers le professeur en faisant claquer sourdement les chaussures.

C'est une phrase bien longue pour une chose vécue de tous.

Anonyme a dit…

vécue PAR tous.

Francis Crevette a dit…

Il y a cette fille que je courtise et qui s'appelle Emilie, hier elle m'a offert un livre, c'est les écrits de Gandhi ; c'est la première fois qu'on m'offre un livre pour me mettre un rateau, il faut reconnaître que c'est hyper original ; argh mais je sais même pas pourquoi ça ne me rend pas fou de rage, les filles sont les plus fortes, je savais en venant, je m'étais juré, refuser le cadeau (car il était annoncé), dire fièrement "non je n'accepte pas ça", sauver ma dignité, et puis là paf, elle a sorti le livre au moment où elle avait déjà fait fondre mes défenses avec son émouvant regard de bébé panda, j'ai essayé de réfléchir, bon sang mais où est le piège, voyons voir Gandhi je n'avais pas prévu ça, alors bon bref j'ai dit merci, et puis je suis parti ; c'était pourtant facile à comprendre, toutes les filles vous le diront, elles aiment beaucoup Gandhi, énorme respect et tout, mais ne veulent pas sortir avec, elles préfèrent les mecs carnivores, et au lit n'ont que faire d'un défenseur de la non-violence ; et le pire, je ne peux pas le dire parce que ce serait trop long, mais il y avait un autre élément qui rend toute l'histoire encore plus ridicule et humiliante, quoique peut-être plus amusante, chère Murielle, mon analyse vous semble-t-elle juste, car d'un autre côté évidemment, offrir quelque chose à quelqu'un, un livre qui plus est, contient toujours une certaine charge affective voire pourquoi pas sensuelle, et puis d'autre part Gandhi c'est quand même un type formidable qui a beaucoup fait pour l'humanité ; et puis d'ailleurs c'est vrai que je suis un artiste du jeûne dans mon genre, c'est assez bien vu de sa part, c'est ça qui est pénible, elle s'intéresse beaucoup à moi mais comme instance morale et modèle de sagesse, mais vous avez vu ses jambes, c'est pas sérieux enfin quoi, j'aime beaucoup ce que vous faites, bonne journée.

ted bundy a dit…

la police de ton blog !

la nouvelle police du ton blog plutôt

Murielle a dit…

Gandhi, il ne m'intéresse pas du tout, je l'ai trop vu dans mes manuels d'anglais aux côtés d'autres portraits de personnalités, du genre Elvis et les Beatles, la prof nous demandait de les reconnaître et de parler d'eux.
Il faut donc éviter les phrases avec "les filles", à tout prix, on ne peut que dire des bêtises après ça.

BiFiBi a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Henri Plume a dit…

Chère Murielle,

Vous êtes dure avec le mahatma, c'était pas vraiment une idole du show business, s'il n'est pas non plus un écrivain. Je m'excuse, mon intervention précédente c'était en effet des "bêtises", j'étais sous le coup de l'émotion de cette histoire, c'était pas une raison pour venir faire une scène hystérique ici sous prétexte qu'on vous avait offert un bouquin aussi. Toutefois je me réserve quand même le droit de faire des phrases sur les "filles" à l'occasion ; il faut bien prendre le risque de dire des âneries parfois ; et personne ne peut renoncer à méditer une question aussi cruciale. Je n'ai pas l'intention de faire le voeu de brahmacharya, si je ne suis pas non plus Montherlant. J'ai hélas pris la mesure de la dose de stupidité que je mettais dans l'examen de cette question, et dont témoigne mon post précédent. Evidemment on ne peut à la fois vivre et méditer. Du reste ce sont là encore d'inutiles bavardages à mon sujet. Si je reviens m'exprimer ici, ce sera exclusivement pour commenter votre blog.

Bonne journée

Murielle a dit…

Henri Plume, excusez moi si j'ai été méchante et désagréable dans ma réponse, votre commentaire ne méritait pas ça.
Exprimez vous sur ce que vous voulez dans les commentaires.

Robert L'Etoile a dit…

Je vous remercie. Je vais dans ce cas me laisser aller à achever cette petite histoire.

A peu près une semaine après le jour où elle m'a donné le livre, elle me demande sur msn si je pense que nous devrions nous voir pour reparler de ce qu'il y a entre nous. J'en ai parlé à Nico et nous sommes tombés d'accord, ça ne pouvait vouloir dire qu'une tentative de rapprochement, en toute logique. Evidemment il y avait beaucoup d'improbabilité de la chose, mais qu'est-ce qui n'est pas incertain de nos jours. J'ai attendu le jour du rendez-vous dans le rêve de cette rencontre, mais je sentais déjà que ce n'était qu'un rêve. Et en effet, quand je l'ai vue elle a dit comme ça qu'il n'y avait "rien", qu'il n'y aurait "rien" ; et j'ai dit que je comprenais bien, que c'était bien normal et que ça n'avait pas d'importance. Je lui ai donné Victoria de Knut Hansum. J'ai écrit sur la première page "Pour Emilie" ; puis j'ai réfléchi et j'ai rajouté "Amicalement" ; elle a pris le livre et a lu à haute voix sur la quatrième de couverture "l'un des plus beaux romans d'amour de la littérature" et j'ai ri.

Ça fait des années que je garde ce livre pour une occasion de ce genre. A peu près à chaque fois que je rencontre quelqu'un je me redemande vaguement si ce n'est pas le moment de l'offrir.

D'ailleurs finalement je viens de relire mon exemplaire et je ne l'ai plus trouvé si beau que ça. Je me demande si je n'ai pas fait ce choix d'objet à l'époque surtout parce que le livre est très court, par une espèce de politesse, pour ne pas ennuyer. Mais bizarrement, on retrouve le thème "artiste du jeûne" du Gandhi.

Bref. Le soir même on s'est retrouvés à une soirée et je ne voyais qu'elle à un point incroyable ; je m'efforçais de ne pas la regarder et effectivement je ne la regardais pas mais je la voyais quand même ; et j'avais l'impression qu'elle me voyait aussi sans me regarder, et que nous étions en fait en train de communiquer secrètement au milieu du cercle de convives ; mais ce que nous échangions était quelque chose comme "je suis là, tout va bien" et rien de plus. A un certain point, tout cela n'a eu lieu que dans mon esprit. Un type m'a d'ailleurs fait remarquer, sur le ton d'un reproche ou plutôt d'une constatation, qu'il voyait bien que j'étais obnubilé par elle, voire que je l'importunais possiblement. Un type observateur ; tout le monde ne s'en est pas vraiment aperçu, j'espère.

Depuis cette fête je la dérange continuellement sur msn pour ne rien dire, et elle me répond avec une grande politesse et même avec sympathie. Elle m'autorise même à lui tourner un compliment pas trop appuyé de temps en temps. C'est parce que nous sommes tellement "amis", que nous comptons tellement les uns pour les autres. Mais en revanche j'ai coupé tout contact avec A, sans vraie décision de le faire d'ailleurs, du moins de mon côté ; il est certain que je ne me sens pas en état de faire le malin devant lui. Car vous voyez, il s'agit en fait depuis le début d'une espèce d'affrontement triangulaire comme on en voit un peu partout ; et moi je suis le passager, à la place du mort pour ainsi dire. C'est toujours le cas Ariane et Dionysos, et comme on sait, il est fatal qu'un tel fantasme échoue. Quelle rengaine.

Mais quand même. Il y a dans cette affaire toute la lumière du monde. Il n'y a qu'à continuer, calmement, avec une infinie patience. Car c'est ce qu'Elle a choisi ; je suis bien obligé de m'incliner. D'ailleurs, malgré la menaçante proximité de tous ces vieux mythes, de tous ces paradis, qui d'ordinaire me plongent dans une exaltation extrême et vite maladive, je reste cette fois serein, ayant finalement appris plus ou moins qu'il est tout aussi vain d'espérer que de désespérer. Je vous recommande d'ailleurs de vous livrer - avec prudence - à ce genre de terrifiante vie plastique.


A vous lire,

Murielle a dit…

j'ignore ce que vous croyez avoir réussi avec ce texte. Si vous pensiez viser juste en atteignant le "secret" de mon style et l'utiliser contre moi pour vous moquer, il n'en est rien. Votre texte est très mauvais et très loin d'une quelconque vérité.
D'abord je n'ai jamais parlé de msn sur mon blog, ça fait bien longtemps que je n'y vais plus alors que tout votre texte semble reposer sur ce détail si finement trouvé, et jamais je n'utiliserai de "Nico" pour parler d'un Nicolas. Puis il y a ce genre de phrases que je fais exprès de ne pas utiliser et auxquelles vous semblez tenir.
Non vraiment, ce n'était pas la peine de se donner tant de mal,

Amicalement ?

Murielle.

Paul Saturne a dit…

Chère Murielle,

Je ne connais pas votre Nicolas, je parle du mien, que je n'appelle jamais autrement que "Nico". Ceci est bel et bien ma vie, et son aveu le plus sincère possible.

En ce qui concerne le style je n'ai pas du tout cherché à vous imiter ; je suis tout de même plus vieux que vous, ce qui, je vous le concède, n'est pas un argument absolu.

On peut en revanche sans doute dire que j'ai imité la dimension autobiographique, disons "bloguistique" au sens courant, de votre travail, mais ce uniquement parce que je suis venu afficher ma prose ici ; évidemment de manière générale vous n'avez pas le monopole de l'autobiographie.

Il est clair également que votre confusion a été rendue possible par le fait que nous menons en partie le même genre de vie, genre "lectures & procrastination" si vous voyez.

C'est le caractère "déplacé" de mon texte qui a dû vous le rendre aussi choquant. Il se pose là comme un cheveu dans la soupe. Il se donne l'air de vouloir parasiter votre blog en lui accolant un anté-blog rival. Ce n'est pas ce que je me proposais de faire, mais il est vrai que la démarche est assez étrange. Uniquement à cause d'une sympathie nécessairement unilatérale, et sans le moindre préambule, je viens m'afficher dans votre boudoir. C'est du dernier mauvais goût, on se sentirait agressé à moins.

Le reste au compte du malentendu...